Libre opinion - Une commission d'enquête est nécessaire

Depuis quelques semaines, Jean Charest répète son désir de passer à autre chose, de regarder en avant. Ce qu'on en comprend, c'est que le chef du Parti libéral voudrait bien mettre derrière lui les questions graves soulevées depuis deux ans sur la corruption et le crime organisé. Pour ce faire, le gouvernement libéral compte sur l'usure du temps et la résignation qui suscitent la montée du cynisme.

Pendant ce temps, le crime organisé s'organise, les déchiqueteuses tournent à plein régime, l'atmosphère de suspicion entache l'ensemble du monde politique et ébranle la confiance des Québécois envers leurs institutions nationales.

Dans ce contexte, le seul et unique moyen de nettoyer l'atmosphère, de mettre fin à l'omertà et à la peur, de démanteler les réseaux criminels, de démonter les systèmes de collusion et d'assainir les pratiques dans le domaine de la construction, c'est de faire toute la lumière. La seule méthode pour y arriver, c'est la tenue d'une commission d'enquête publique.

La corruption, la collusion et l'infiltration du crime organisé dans le monde de la construction sont désormais avérées, et tout laisse croire que la mafia, abritée par cette longue noirceur imposée par le gouvernement libéral, continue de s'enrichir aux dépens des Québécois. [...]

Dans le passé, des gouvernements autrement plus courageux ont réussi à assainir le climat par la tenue d'enquêtes publiques. Guy Ouellette, ancien policier et actuel député libéral soumis à la loi du silence de son parti, s'était lui-même réjoui de l'enquête publique qui avait suivi l'affaire Matticks en 1996. Cette commission a donné des résultats probants permettant une réforme en profondeur des pratiques policières au Québec.

Avant cela, dans les années 70, la Commission d'enquête sur le crime organisé, la CECO, a permis de démanteler les principaux réseaux de trafic de drogue et de jeu au Québec, et de nombreuses arrestations ont suivi. La commission Cliche a permis de mettre fin aux violents conflits intersyndicaux et provoqué la mise en tutelle de quatre sections locales de la FTQ.

Plus récemment, la commission Gomery a permis de démanteler le système de corruption établi au sein du Parti libéral et du gouvernement du Canada. De nombreuses arrestations ont suivi les travaux de la commission, faisant la démonstration, si besoin était, que les enquêtes publiques et policières peuvent très bien cohabiter et s'alimenter l'une l'autre.

Les enquêtes policières sont bien sûr nécessaires, mais elles ne permettent pas de briser la loi du silence et de démanteler en profondeur des systèmes de corruption. Par essence, elles visent des cas, des individus, des événements précis, sans nécessairement pouvoir établir des liens entre eux. Les inculpés ont le droit de garder le silence, et les plaidoyers de culpabilité permettent de garder les éléments des enquêtes policières dans l'ombre. L'unité permanente anticorruption créée récemment fera face aux mêmes écueils, sans compter les difficultés que celle-ci rencontrera à la suite de la gestion catastrophique du conflit de travail avec les procureurs de la Couronne.

Au contraire, une enquête publique a le pouvoir d'obliger des témoins à comparaître et à se mettre à table. Une enquête publique peut servir de base aux enquêtes policières, car elle permet de lever des lièvres dont les policiers pourront ensuite suivre la trace. Elle s'intéresse certes aux activités criminelles, mais aussi aux délits et aux pratiques douteuses en matière d'éthique et de financement des partis politiques.

Il faut rappeler ici que le gouvernement libéral s'est lancé dans des dépenses d'infrastructures colossales, ses dépenses d'immobilisation atteignant 15 milliards de dollars par année, du jamais-vu dans l'histoire du Québec. Certains analystes évaluent à 30 % les coûts que nous payons en trop à cause de la collusion et de la corruption.

Or, 30 % de 15 milliards, cela fait 4,5 milliards par année, 570 $ par Québécois. Combien d'argent va directement de nos poches de contribuables à celles des membres de la mafia? C'est dans l'ombre que prospèrent le crime organisé, la corruption et la collusion. La longue noirceur imposée par le gouvernement libéral de Jean Charest, qui favorise ainsi ces pratiques qui gangrènent notre société, a assez duré.

Si le premier ministre, ses ministres et ses députés veulent véritablement servir les intérêts supérieurs du Québec et des Québécois, il ne leur reste qu'une chose à faire: créer une commission d'enquête publique sur la construction et le crime organisé.

S'ils refusent encore une fois de prendre leurs responsabilités, ils devront en répondre tôt ou tard devant l'électorat. Et il y aura une commission d'enquête publique, dussions-nous attendre l'élection d'un gouvernement du Parti québécois. Si l'on veut passer à autre chose, et c'est notre souhait, il faut d'abord faire la lumière, toute la lumière.

***

Stéphane Bergeron - Député de Verchères et porte-parole de l'opposition officielle en matière de Sécurité publique

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12 commentaires
  • Marie Mance Vallée - Inscrite 21 mars 2011 06 h 57

    Une enquête est toujors nécessaire

    Souhaitons que le PQ une fois élu demandera immédiatement une enquête publique.

    Il ne fait plus de doute maintenant que le Québec est administré et gouverné par le crime organisé protégé par le PM.

  • Catherine Paquet - Abonnée 21 mars 2011 07 h 20

    Le PQ est dure de "comprenure".

    Il me semble que la Commission Gomerey, mise sur pieds par le naïf Paul Martin pour se venger de Jesn chrétien qui ne lui avait pas cédé le pouvoir assez tôt à son goût, a fait un si grand dommage au Parti libéral du Canada, qu'il devient évident qu'aucun chef de Parti, que ce soit Pauline Marois ou François Legault, ne lancera un telle Commission d'enquête sur sa propre administration.

    Vous n'avez qu'à multiplier pas 10, 20 ou 30 les allégations et accusations, sans fondement, que la Commission Bastarache n'a pas pu faire disparaître de la place publique, pour vous convaincre, qu'à moins d'être masochiste, aucun leader ne prendra plaisir à se soumette à un tel exercice.

  • Claude Archambault - Inscrit 21 mars 2011 09 h 27

    Commission d'enquête = chasse aux sorcières

    Car dans une commission d'enquête personne n'est responsable de ce qu'il avance. Tous on l'immunité et aucune recours aucune poursuite ne peu être entamé. Aussi toute sorte d'allégation peuvent être faite sans même être prouvé hors de tout doute. Des gens innocents sont éclaboussés et à cela ils ne peuvent rien faire.

  • Hubert Laurent - Abonné 21 mars 2011 11 h 46

    Commission d'enquête nécessaire

    Je l'étendrais à toute la gestion du gouvernement Charest depuis 2002: financement questionnable, contrats douteux, ventes de permis d'exploiration à 50000 fois en deçà de leur valeur, dilapitation des ressources, démembrement de la section hydrocarbure de Hydro-Québec à prix modique, fermeture d'organisations voué au développement économique du québec, migration d'employés et de dirigent vers le privé, congé d'impôt pour certains, congé de redevance pour certaines entreprise, dézonage arbitraire, le tout en échanges de faveurs, de services, (de parts?). Parmi toutes les rumeurs qui courrent et la quantité indénombrable de faits bizarres observés, Je veux en avoir le coeur net. Commencer par la construction ne serait qu'un début.

  • Bobrun - Abonné 21 mars 2011 11 h 49

    M. Charest vous étouffez la Démocratie

    Avec le refus entêté M. Charest de faire la lumière sur l'attribution des contrats dans l'Industrie de la construction et sur le financement des partis politiques c'est la Démocratie qui sombre dans les ténèbres.

    Ne pas faire la lumière contribue dangeureusement à l'effritement de la confiance des Québécois à la chose Politique. Le cynisme s'installe dans toute la société et le gouvernement se cache derrière tous les faux-fuyants qu'il peut imaginer pour fuir, une fois de plus, ses responsabilités. Assez, c'est assez. Jusqu'à quand M. Charest abuserez-vous de notre patience?

    Le Québec s'éteint. Le Peuple spiolié et désabusé se désintéresse massivement de son propre Avenir et laisse à des «petitas amis du parti» le loisir d'empocher sans vergogne de l'argent qui, nous nous en doutons, est largement partagé avec quelques bonzes bien connectés.

    Peuple du Québec reste allumé et crie ton indignation. Il est faux de croire que nous sommes incapacables de faire changer les choses. La pire chose à faire est de ne rien faire. Ensemble nous pouvons.

    Robert Lauzon
    Longueuil