Libre opinion - Deux poids, deux mesures!

On apprenait récemment que le projet de condos de 25 mètres en hauteur sur le site de la maison Redpath ne verrait pas le jour. Fort bien! En fait, on ne peut qu'applaudir au geste élégant que M. Gérald Tremblay, maire de Montréal et de l'arrondissement Ville-Marie, a su faire dans ce dossier. Nul doute que le poids du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a fait pencher la balance et permis de contrecarrer le projet en hauteur qui allait masquer les vues patrimoniales en direction du mont Royal.

En effet, le MBAM planche depuis 2007 sur son projet d'agrandissement destiné à faire revivre l'église Erskine and American tout en lui adjoignant une verrière construite au coût de 40 millions de dollars qui va offrir une vue spectaculaire vers la montagne à ses futurs visiteurs. On comprend que le projet du promoteur immobilier Amos et Michael Sochaczevski allait jeter de l'ombre sur celle-ci en lui créant de l'obstruction. Inacceptable pour le maire et son administration! Et pourtant, ce qui est inacceptable dans un cas semble ne pas l'être dans l'autre...

Ainsi en est-il par exemple du projet de Tennis-Canada, qui construit actuellement un édifice dans le parc Jarry. Celui-ci va atteindre une hauteur de 23 mètres avec l'ajout à son stade intérieur de quatre terrains de tennis en terre battue. Cela aura pour conséquence de cacher des vues patrimoniales sur le mont Royal. Et cela, dans une proportion de plus de 30 % de la portion du parc Jarry touché par la présence de cet édifice en hauteur.

La Ville de Montréal, l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension (VSP) et surtout l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM) ont retenu le rapport d'une firme d'architecte lors d'audiences publiques sur ce projet qui disait que seuls 5 % du parc Jarry seraient touchés par cet édifice en hauteur en ce qui a trait aux vues patrimoniales sur le mont Royal. Celle-ci prenait en considération comme référence tout le parc Jarry alors que l'on sait bien que c'est seulement l'espace du parc qui offre des visibilités vers le mont Royal qui sera touché.

Il faut comprendre que si vous regardez vers le nord du parc quand vous êtes au sud, le mont Royal n'existe tout simplement pas dans votre champ de vision. Donc, on a décidé d'aller de l'avant en pensant faire avaler l'hameçon aux citoyens de l'arrondissement avec ce type de rapport. Complaisance?

Je dis à monsieur le maire Tremblay et à son administration qu'ils peuvent assurément faire mieux, car les citoyens de VSP et les Montréalais méritent mieux dans ce dossier du parc Jarry. Construire dans un parc, que ce soit en hauteur ou par l'ajout de nouveaux bâtiments incompatibles avec les fondements de ce qu'est un parc, est en soi une vision passéiste de ce que peut être un parc urbain au troisième millénaire.

Malheureusement, notre arrondissement a le tort d'être le plus pauvre de Montréal et le plus multiculturel. Et il n'y a pas de grandes fortunes qui sont à demeure comme poids politique autour de l'ombre du parc Jarry, comme dans le cas de l'arrondissement Ville-Marie pour le mont Royal. Ce qui explique que l'on y construit, et cela, malgré l'adoption par cette administration municipale du plan directeur d'aménagement qui ne prévoyait pas de nouvelles constructions dans le parc Jarry.