Libre opinion - Retraite: des inégalités inquiétantes

Le débat actuel entourant la nécessité d'améliorer les revenus de retraite pour la majorité de la population passe sous silence les inégalités déjà existantes entre les femmes et les hommes à la retraite. Il faut pourtant les prendre en considération et s'appliquer à les corriger.

Disons d'abord qu'être pauvre à la retraite se conjugue principalement au féminin. Un coup d'oeil sur la situation? En 2006, le revenu moyen des femmes de 65 ans et plus représentait 62 % de celui des hommes, soit 21 909 $ par rapport à 35 404 $ (cet écart est plus grand que celui calculé pour 2000). Ces mêmes statistiques renvoyant à l'année d'imposition 2006 révèlent aussi que les revenus des femmes aînées proviennent surtout des régimes publics (Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV), Supplément de revenu garanti (SRG), Régime des rentes du Québec (RRQ) ou Régime de pension du Canada).

Moins de 50 % des femmes retirent un montant d'un régime privé de pension, d'un REER ou d'une autre forme d'épargne individuelle, comparativement à 67 % des hommes. L'écart est encore plus grand pour ce qui est des revenus de patrimoine. Cependant, si la principale source de revenu pour les femmes provient des régimes publics, elles reçoivent moins de ces régimes que les hommes. Cela est dû au fait qu'elles ont moins cotisé au RRQ, étant donné leur salaire moins élevé, en moyenne, que celui des hommes (ce qui est encore vrai aujourd'hui) et que plusieurs d'entre elles se sont absentées du marché du travail pour prendre soin des enfants ou de proches dépendants.

Autre constat: en 2008, 54 % des femmes retraitées et 44 % des hommes reçoivent le Supplément de revenu garanti réservé aux personnes à faible revenu. Une femme vivant seule et n'ayant comme seul revenu que la PSV et le Supplément de revenu garanti dispose d'un revenu annuel de moins de 15 000 $. C'est le cas de bon nombre de femmes.

La pauvreté des aînées durera plus longtemps

À cette brève description, il faut ajouter quelques éléments démographiques. Au Québec, selon des chiffres de 2007, 58 % des personnes âgées de 65 ans et plus étaient des femmes, et la proportion de femmes augmente avec l'avancée en âge: on comptait 2 femmes pour 1 homme chez les 80 ans et plus ainsi que 5 femmes centenaires pour 1 homme. Avec le phénomène de l'accroissement de l'espérance de vie des femmes, la pauvreté des aînées durera plus longtemps, de même qu'elles vivront plus longtemps seules. Toutes ces considérations nous permettent de voir la nécessité et l'urgence de se préoccuper de la sécurité économique des femmes âgées aujourd'hui et à l'avenir.

Les groupes de femmes ont déjà formulé plusieurs propositions lors des consultations sur le Régime des rentes du Québec et le Régime de pension du Canada. Trois approches complémentaires doivent être prises en compte.

  • Améliorer les régimes publics de retraite notamment parce que les mesures privées telles que les REER (ou le REER obligatoire comme le propose M. Castonguay) sont inadéquates et sont moins accessibles aux femmes qu'aux hommes comme nous l'avons vu plus haut. Il faut donc améliorer le Régime des rentes du Québec et nous appuyons la proposition de la FTQ qui demande, entre autres choses, de hausser progressivement de 25 à 50 % le taux de remplacement du revenu assuré par le RRQ et d'augmenter à 62 500 $ le plafond de revenu couvert. Bonifier également le Supplément de revenu garanti en haussant dès maintenant de 15 % les barèmes actuels et en rendant automatique l'inscription à ce supplément; le fait qu'il faille encore en faire la demande pour le recevoir est inadmissible et pénalise certains types de personnes.
  • Reconnaître, dans les régimes publics de retraite, la valeur du travail effectué par les femmes (et les hommes) auprès des enfants ou des adultes en perte d'autonomie (cela peut prendre diverses formes, dont des crédits de rentes).
  • S'appliquer sans relâche à réduire les écarts de revenu entre les femmes et les hommes pendant la vie active.

***

Gisèle Bourret - Comité des aînées de la Fédération des femmes du Québec

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8 commentaires
  • jereveouquoi - Inscrit 31 janvier 2011 07 h 21

    Si on pouvait donner un million a tous...

    La vie est vraiment injuste et je trouve ca malsain que les salaire ne soit pas "a travail egal salaire egal" mais les augmentations que l'on suggere ici... ca fait combien au total? Et qui va payer encore pour nos babyboomers qui ont endette les generations avenirs?

  • Gaétan Sirois - Abonné 31 janvier 2011 11 h 38

    Enfin un article encourageant

    Je suis entièrement d'accord avec vous. Vous faites une belle démonstration de la situation des femmes retraitées. Il y a lieu de corriger une situation d'injustice causée par la désindexation des retraites dans les années 1980 et les conséquences néfastes pour les faibles revenus de retraite qui touchent les femmes qui pour la plupart n'ont pas pu atteindre 35 ans de services continu.

    Estelle Thibault

  • Claude Kamps - Inscrit 31 janvier 2011 14 h 54

    SRG RRQ = plus pauvre

    Entre une personne seule qui reçoit si elle n'a pas de revenu autre 14.232.00$ par an et un couple qui reçoit 22.942.00$
    Il y a une différence intéressante de revenu qui permet moins de pauvreté de 8.712.00$ ou
    726.00$ par mois ou
    168.00 par semaine,
    ce qui représente le panier de nourriture hebdomadaire si on fait attention...
    A ce tarif là en plus l'assurance médicament du Québec est de 0.00$ par an.

    Il faudrait au moins que la veuve ou le veuf de ce couple reçoive 100.00 de plus par semaine pour avoir un semblant de vie sans devoir calculer à chaque achat...

    A cela il faut ajouter que ceux qui reçoivent 7% de plus de pension par la RRQ par exemple ( 83.00 en plus par mois pour personne seule et 135.00 pour un couple) doivent payer l assurance médicament qui revient souvent de 60.00 à 100.00 par personne par mois plus 300 en impôt du Québec... en reçoivent finalement moins !!!

  • J. Hardy - Inscrit 31 janvier 2011 15 h 14

    Vraiment?

    Vous dites que les REER sont moins accessibles aux femmes. Si je me rappelle bien, le travail de réajustement des salaires de femmes, est achevé ou presque.

    Comment donc, une femme, qui gagne un salaire égale à un homme, puisse ne pas avoir autant accès aux REERs? Si cette même femme, choisi un emploi de rémunération inférieur, pourquoi est-ce que la collectivité devrait l'aider à cotiser, en plus de tout le reste?

    Je veux bien croire que les générations précédentes de femmes n'ont pas eu un tel luxe, la société étant à l'époque un milieu où l'un était dépendant de l'autre pour le salaire et élever les enfants.

    Cependant, si de nos jours une femme choisi un travail moins bien rémunéré, il ne semble pas juste que celle-ci soit traitée différemment sous prétexte que c'est une femme. Le fait que beaucoup de gens n'ont pas assez cotisé à leurs fonds de retraite en général relève d'un problème de société beaucoup plus important; celui qui fait en sorte que nous vivons pour la plupart au crochet du crédit.

  • perro blanco - Inscrit 31 janvier 2011 16 h 59

    Deux catégories de retraités

    Au Canada et au Québec, on a grosso modo deux types de retraités: ceux qui se paient la traite et ceux qu'on maltraite.
    Le plus malheureux et ironique, c'est que ceux qu'on maltraite votent pour ceux qui se paient la traite et les maltraitent. C'est caricaturé, mais un peu juste.
    Quant aux simplistes et ignares qui s'en prennent toujours aux Babyboomers et répètent ad nauseam le même lieu-commun, je leur conseillerais respectueusement d'aller parfaire leurs connaissances et ils cesseraient de parler à travers leur chapeau.
    Les babyboomers n'ont pas volé ce qu'ils ont acquis, ils continuent de payer des impôts s'ils ont des revenus supérieurs à la moyenne, continuent de payer taxes foncières, scolaires et de vente dans une large proportion, continuent de consommer biens et services de toutes sortes, et ils n'ont jamais bénéficié, eux, de congés parentaux, préventifs, de fécondation in vitro, de traitement de fertilité, de garderies à 7$, et ils les paient sans rechigner, sans blesser leurs bénéficiaires par leurs propos et consacrent une bonne part de leur temps au bénévolat, sans parler de leurs généreuses contributions à des fondations et à des organismes de charité de toutes sortes. Alors, un peu de respect... jeunots mal informés!