Libre opinion - Réplique à Michel David : Une «pure invention malicieuse»

J'ai lu l'article du 13 janvier de votre chroniqueur Michel David intitulé «Le moindre mal». Il évoque avec autorité un article plein d'insinuations et de faussetés publié dans Le Devoir il y a quelques semaines alléguant des coups de téléphone passés jadis entre Michel Bastarache et moi-même alors que j'étais conseiller principal du premier ministre Jean Chrétien. Il ironise en écrivant que je n'en ai «évidemment conservé aucun souvenir parce que [M. Goldenberg] était bien trop fine mouche pour coller des post-it sur le dossier d'un candidat pour un poste de juge».

Je n'ai pas de souvenir de ces appels pour une raison très simple, mais une raison qui contredit malheureusement la thèse biaisée de votre chroniqueur. Les appels dont il parle sont basés sur un article farfelu du Devoir et n'ont simplement jamais eu lieu. Donc, évidemment, pas de souvenir de ma part et pas de post-it sur un dossier qui n'a jamais été dans mon bureau. C'est de la pure invention malicieuse. Je comprends que la vérité simple et directe semble difficile à accepter pour votre chroniqueur, surtout quand elle infirme les hypothèses nécessaires à la validation de l'idéologie qu'il martèle depuis des années. Mais la réputation du Devoir mérite mieux. Elle mérite toute la vérité et, au moins, elle devrait faire l'épargne du mensonge. Le fait est que M. Bastarache ne m'a jamais approché, ni directement ni indirectement, quand il a présenté sa candidature selon les normes du Barreau canadien pour devenir juge.

Il est vrai, comme le mentionne votre chroniqueur, que le juge Bastarache a gravi rapidement les échelons de la magistrature. Mais s'il prenait le temps de lire ses jugements alors qu'il était juge à la Cour d'appel du Nouveau-Brunswick et ses nombreux autres ouvrages juridiques en mettant de côté son parti pris bien connu, ce dont je doute qu'il soit capable de faire, votre chroniqueur se rendrait vite compte que la nomination du juge Bastarache à la Cour suprême n'avait rien à voir avec ses insinuations vicieuses de «l'appui du clan Chrétien» et était basée essentiellement sur sa compétence juridique.

Il est également vrai qu'en plus de ses jugements et de ses ouvrages, le fait que le juge Bastarache était bilingue, qu'il connaissait le droit civil même s'il venait d'une province de la common law et qu'il avait toujours été, comme avocat et comme écrivain, un ardent défenseur des droits des minorités francophones en dehors du Québec a aussi joué en sa faveur quand le premier ministre Chrétien l'a nommé à la Cour suprême du Canada, où il s'est d'ailleurs acquitté de ses tâches avec grande distinction. Henri Bourassa, grand défenseur du bilinguisme au Canada et des droits des minorités francophones partout dans notre pays, n'aurait jamais traité Michel Bastarache de Ponce Pilate. Le fondateur il y a cent ans du Devoir aurait aujourd'hui honte de son chroniqueur.

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Eddie Goldenberg - Ancien conseiller politique du premier ministre Jean Chrétien

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Réplique du chroniqueur


Quelle que soit leur «idéologie», tous les observateurs de la scène politique connaissent parfaitement la différence entre un «non» clair et net et le classique «je n'ai aucun souvenir», qui laisse inévitablement planer un doute, mais je prends maintenant acte du démenti de M. Goldenberg. Je ne nie aucunement la contribution de Me Bastarache à la cause des minorités francophones hors Québec, mais je ne vois pas très bien le rapport avec la commission qu'il a présidée. Quant à Henri Bourassa, il aimait que les choses soient dites clairement. Il aurait certainement été intéressant de lire ce qu'il aurait écrit du triste spectacle auquel nous avons assisté l'automne dernier. - Michel David

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