Libre opinion - Nous faire cadeau de la vie

L'année 2010 aura été l'Année internationale de la biodiversité. Ce fut également celle, en octobre dernier, du Sommet de Nagoya sur la biodiversité, qui comptait notamment, parmi ses événements majeurs, la 10e réunion de la Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique. Alors que l'année tire à sa fin, nous devons nous résoudre à constater le peu d'écho qu'ont eu ici ces événements.

Nous étions présents à Nagoya, où 193 pays ont signé un accord qualifié d'historique par la plupart des observateurs. Toutes les parties ont reconnu que l'objectif de réduction de la perte de biodiversité, fixé lors de la création de la Convention sur la diversité biologique au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, en 1992, n'a pas été atteint. Il y a cependant quelques relatives bonnes nouvelles, notamment un ralentissement majeur de la déforestation de la forêt amazonienne, l'un des plus grands réservoirs de la biodiversité sur la planète.

Cette fois, la vingtaine de cibles plus concrètes qui ont été négociées sont très encourageantes. Surtout que les pays ont également affirmé leur volonté de travailler ensemble et se sont engagés à produire, au cours des deux prochaines années, leurs propres plans d'action, inspirés du cadre international. Les parties se sont notamment entendues pour réduire de moitié la perte des habitats, augmenter les réserves naturelles mondiales de 17 % et les aires marines et côtières de 10 % d'ici 2020.

Les dernières années ont essentiellement été des années de prise de conscience, d'accumulation de données scientifiques et d'analyses qui ont favorisé une meilleure compréhension de cet enjeu vital qu'est la perte de la biodiversité. Nous savons désormais, par exemple, que 25 % à 50 % des espèces disparaîtront d'ici la fin du siècle à cause des changements climatiques, des espèces envahissantes, de la destruction et de la fragmentation des habitats, de la pollution, de la surexploitation de certaines espèces et de certains habitats et de l'accroissement constant de la population humaine.

Il est maintenant temps d'agir! Quelque 18 000 personnes, politiciens, fonctionnaires et spécialistes de la question étaient présents au Sommet de Nagoya. La plupart des gouvernements se sont engagés à agir pour la préservation de la diversité biologique mondiale. Nous sommes convaincus qu'un vaste mouvement populaire doit maintenant voir le jour, afin que l'impact des efforts officiels puisse être durable.

Il est fondamental que la population intègre à son quotidien la compréhension de ce qu'est la biodiversité. Pour cela, il faut qu'elle rétablisse des liens avec la nature, en toute simplicité. Que chacun ait l'occasion de voir la beauté de la nature, de la sentir, de la toucher, de l'écouter et bien sûr de la goûter, puisque c'est elle qui nous nourrit. Même en plein hiver, c'est possible! Même en ville. Et particulièrement à Montréal, qui est l'hôte du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique des Nations Unies depuis 1996.

La biodiversité inclut toutes les formes de vie sur Terre: mammifères, reptiles, plantes, insectes, champignons, bactéries, algues... Et les êtres humains aussi. Les espèces interagissent constamment les unes avec les autres pour tout simplement continuer d'exister. Vous comprendrez donc que notre survie dépend totalement de la diversité biologique et des ressources que nous fournit notre planète. Il faut que le respect de la nature devienne le réflexe qu'il n'aurait jamais du cesser d'être. Et que tous ceux qui l'auront compris agissent en conséquence et se fassent ensuite les porteurs du message. Avec joie.

À quelques jours des fêtes de fin d'année, nous nous invitons à prendre une pause durant notre magasinage de Noël et à nous interroger individuellement et collectivement sur le manque d'intérêt que semble susciter la nature. Peut-être déciderons-nous alors de nous faire le plus beau des cadeaux, celui de la vie; celui de créer ensemble un «espace pour la vie».