Libre opinion - Pour un meilleur équilibre en médecine

Dans sa lettre du 17 décembre 2010 adressée aux médecins spécialistes et à la population, le Dr Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), s'oppose à un rééquilibrage des revenus de pratique entre les médecins de famille et les autres spécialistes.

Or l'écart de revenus nets atteint maintenant 78 % entre la médecine familiale et les autres spécialités. Au-delà du vertige qu'il suscite, il est injustifiable, étant donné que le coût d'opportunité des études plus longues à la FMSQ n'explique qu'un écart net de 10 % et que les médecins de famille travaillent, selon les dernières données nationales, autant d'heures au service des patients que leurs collègues de la FMSQ.

Cet écart de revenus provoque des déséquilibres néfastes dans le choix de carrière pour les étudiants en médecine et dans l'allocation des ressources aux patients. D'une part, il n'y a maintenant que 37 % des étudiants qui entreprennent une carrière en médecine familiale, alors que des effectifs médicaux équilibrés nécessiteraient une proportion de 60 %, comme au milieu des années 1980. D'autre part, l'écart de revenus fait diminuer, dans les faits, le temps que le patient peut passer avec son médecin de famille, alors qu'il a plusieurs problèmes de santé à régler avec lui plutôt qu'un seul, comme c'est le cas des autres spécialistes.

Division de la communauté

Conséquemment, l'écart des revenus qui prévaut depuis quelques années est insoutenable pour l'avenir du réseau public de santé du Québec, surtout quand on sait que l'accès continu et en temps voulu au médecin de famille est garant de soins de santé plus efficaces et moins coûteux. En d'autres mots, combler l'écart équivaut à investir plus efficacement, comme c'est le cas en Europe du Nord et au Royaume-Uni.

Lors de la commission Castonguay-Venne, tant des chercheurs émérites, tels Brunelle, Lamarche et Pineault, que les directeurs de la santé publique du Québec étaient d'accord pour affirmer qu'un rééquilibrage des dépenses en santé en faveur de la première ligne de soins était nécessaire.

En dévalorisant directement la médecine familiale pour mieux protéger ses intérêts, le Dr Barrette s'attaque en fait à la santé des citoyens et provoque lui-même la division dans la communauté médicale. C'est d'autant plus dommage que les médecins spécialistes sur le terrain sont très conscients de l'apport du médecin de famille pour la santé de leurs patients et du besoin d'arriver à un rééquilibrage de la rémunération des médecins.

Les jeunes médecins spécialistes et les jeunes médecins de famille se souviennent qu'ils ont été des collègues de classe, puis de stage hospitalier, avant d'être reçus médecins dans leurs spécialités respectives. Nous partageons donc une vision plus respectueuse des compétences, des responsabilités et de la valeur de chacun de nos collègues.

L'avenir de la médecine familiale et la viabilité de notre réseau public à long terme sont en jeu. Le gouvernement et les citoyens doivent en prendre conscience. Est-il trop tard pour le Dr Barrette?
3 commentaires
  • Zan - Inscrit 21 décembre 2010 08 h 19

    Quand l'argent prime?

    Avec ses récentes interventions, monsieur Barrette nous a montré son vrai visage... un homme qui n'a comme intérêt que l'argent de ses spécialistes. Cette avidité se traduit par des interventions malheureuses envers les médecins de famille et de bizarres interventions envers les finances publiques s'improvisant économiste d'estrade. Il est dommage que la crème de la société soit représenté par un tel individu et je ne comprends pas les médecins spécialistes de le suivre une voie qui abaisse la qualité des débats en santé.

    Avant de parler santé, monsieur Barrette devrait s'occuper de la sienne, à tous les niveaux. L'intelligence cognitive mais pas émotionnelle.

  • Michele - Inscrite 21 décembre 2010 09 h 35

    Le salaire des spécilaistes, une injustice sociale

    Comment se fait-il que les médecins spécialistes soient à peu près les seuls employés du secteur public à avoir obtenu un salaire ajusté à la moyenne canadienne? Il manque de médecins de famille qui est responsable de cette pénurie? Comment peut-on accepter la privatisation des soins alors que l'on a tous contribué à former ces médecins et ces infirmières?

    Peut-être le temps est-il venu d'opérer un passage vers un socialisme responsable? De manière plus précise, que ceux qui bénéficient d'une formation quasi gratuite au Québec aient à redonner à la société québécoise.

  • MJ - Inscrite 21 décembre 2010 14 h 13

    Pourquoi pas le salariat pour les médecins?

    Le paiement à l’acte encourage la déshumanisation de la pratique médicale. Dans certains cabinets de médecins spécialistes (ophtalmologistes) du Centre-ville de Montréal, il y règne une frénésie quasiment “affairiste”. Des frais de 40$ (illégaux?) sont exigés de chaque patient avant de voir l'ophtalmo, avec la présentation de la carte d’assurance-maladie. Les patients attendent au moins une bonne demi-heure sinon plus, un grand nombre ayant obtenu la même heure de rendez-vous. Il s’avère par la suite que ces 40$ couvrent le coût des gouttes pour l’examen des yeux!