La nouvelle Inquisition

Tous les soirs, à la une, on se scandalise (et à raison) des horreurs vécues un peu partout sur la planète: des Casques bleus agressés, des raids dans la bande de Gaza, une mine qui s'effondre au Pérou, des épidémies, des pandémies...

Pendant ce temps, une maladie dangereuse ronge le peuple québécois: plutôt que de chercher des remèdes, pourquoi ne pas crucifier les victimes! Exécutons-les, toutes! De toute façon, elles doivent être contaminées... La nouvelle Inquisition made in Quebec!

Je suis moi-même affligée de cette pathologie. Je me suis lancée en politique il y a plus de 20 ans avec la certitude que je pourrais changer des choses — pas les choses, mais bien des choses... Je suis donc atteinte de cette maladie honteuse nommée la passion de la politique.

J'ai la conviction profonde que le destin m'a menée là pour les bonnes raisons et j'y suis encore pour les bonnes raisons. Mon seul problème: la démotivation! Je suis de moins en moins convaincue que le jeu en vaut la chandelle. J'ai négligé les gens qui m'entourent pour faire avancer certains dossiers importants pour la collectivité. J'ai tout donné pour que cheminent des projets, parfois même jusqu'à en oublier ma propre santé.

Avec la publicité négative faite sur le dos des élus, les allégations non fondées et les vicieuses allusions, je me demande de plus en plus ce que je fais là... Suis-je vraiment masochiste? Dois-je abandonner pour protéger mon intégrité et celle des gens qui me sont chers? Est-ce que les projets et les valeurs que je défends en valent la peine?

Un carnage

Il est facile de salir, voire détruire, ce que des hommes et des femmes ont mis des décennies à construire, au détriment de leur famille, de leur propre vie, le bien collectif prédominant leur choix. Des horaires de fous, des mains à serrer en quantité industrielle, des activités sociales à ne plus finir: autant de choses à faire qui ne nous plaisent pas toujours nécessairement, mais c'est le prix à payer pour se faire élire. Un bon candidat aux élections doit être connu, mais il ne doit connaître personne! Mieux encore, il doit oublier qu'il connaît des gens une fois qu'il est élu...

Quand on se lance en politique, on donne le droit à la population de nous juger tous les quatre ans. On laisse notre destin dans les mains de gens qui, parfois, ne le méritent pas. Tous les quatre ans, on sollicite leur appui, et à peine 30 % d'entre eux daignent se déplacer pour voter. Mais quand un journaliste mal intentionné révèle des «faits» sur les agissements d'un élu, tous s'indignent et montent aux barricades! Vous étiez où? Vous faisiez quoi? Qu'advient-il des 200 bons coups faits avant cette supposée allégation de mauvaise fréquentation? Connaissez-vous seulement la signification du mot «allégation», synonyme d'insinuation...

Pour ma part, je suis en politique par choix, et non pas par défaut. Mais mon choix est de plus en plus lourd. J'ai l'impression d'assister à un génocide sans pouvoir intervenir. On est en train d'anéantir une race d'hommes et de femmes dévoués sans être conscients du carnage... Qui sera assez suicidaire pour se lancer en politique?

Il ne faut pas se surprendre si, bientôt, avec tout le cynisme dont fait preuve la population, les élus expérimentés choisissent d'aller faire leur bonheur ailleurs. À ce moment-là, les cyniques auront les élus qu'ils méritent. À force de se moquer de leurs représentants, ils auront des clowns pour les diriger et ils l'auront bien mérité! Ce n'est qu'à ce moment que la politique municipale sera bel et bien devenue une farce monumentale...


20 commentaires
  • Jean Francois Bissonnette - Inscrit 23 novembre 2010 00 h 19

    Inquisition??? Génocide???

    Vous déraillez.
    Un peu de retenue, s.v.p..
    Nous sommes encore capables de reconnaître celles et ceux qui sont dignes de leur fonction d'élus, et cette dignité passe par un certain sens de la mesure, y compris dans le choix des mots.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 23 novembre 2010 01 h 39

    la saison de la chasse à la corruption est ouverte

    Oui, le Québec entier est parti en chasse contre la corruption. Enfin! Ce sera une période difficile pour les corrompus, mais les rares politicien nes de bonne foi, ceux qui sont la pour changer des choses et les choses, seront des héros.

    La vie vous sera plus gratifiante si vous participez avec les citoyens à ce grand ménage. Il ne s'agit pas d'une chasse aux sorcières : forte de votre plus de 20 ans en politique, quelles propositions faites-vous pour améliorer les choses, pour chasser la corruption?

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Catherine Paquet - Abonnée 23 novembre 2010 05 h 05

    Et la même chose au niveau provincial

    "Il ne faut pas se surprendre si, bientôt, avec tout le cynisme dont fait preuve la population, les élus expérimentés choisissent d'aller faire leur bonheur ailleurs. À ce moment-là, les cyniques auront les élus qu'ils méritent. À force de se moquer de leurs représentants, ils auront des clowns pour les diriger et ils l'auront bien mérité! "

  • Marc L - Abonné 23 novembre 2010 05 h 59

    Larmes de crocrodile

    Excusez-moi Madame Lamarche, mais ce que vous appelez la nouvelle inquisition, n'est que la réaction de dégoût bien légitime face à des situations qui semblent anormales. Les post-it jaunes sur les dossiers de cadidats juges sur lesquels on inscrirait les allégeances politiques, ce serait normal ? Les maires qui bénéficieraient de cadeaux suite à l'acceptation de certains contrats, c'est normal ? Les hauts fonctionnaires provinciaux qui quittent en douce le gouvernement pour se retrouver dirigeants d'entreprises œuvrant dans l'exploitation des gaz de schistes... et les libéraux qui refusent de donner un mandat normal au BAPE et refusent aussi tout moratoire alors que ce type d'exploitation en est à ses balbutiements au Québec, c'est encore normal ?

    Entre vous et moi, si Jean Charest avait accepté de déclencher la commission d'enquête réclamé par tous, il aurait au moins l'air de dire "Je veux que la lumière soit faite sur ces allégations", non à la place, il fait fi du vœu de la population et semblent défendre l'indéfendable jusqu'à ce qu'un journaliste trouve un élément incriminant de plus, Tamassi, ça vous dit quelque chose ? Si Jean Charest cesse d'avoir l'air de protéger ses squelettes dans le placard, peut-être les Québecois oseront-ils faire à nouveau confiance aux hommes et aux femmes politiques.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 23 novembre 2010 07 h 58

    Le danger d'une espèce de "Maccarthisme"

    Oui, le refus de Charest de créer une Commission d'enquête est en train de mener à une opération du genre "Maccarthisme". C'est dommage!

    Les médias vont continuer à chercher des squelettes...et ils en sortiront régulièrement.

    Tout cela parce que Charest, malgré l'unanimité dans la population du Québec, refuse de bouger en créant une Commission d'enquête.