Libre opinion - Ma dernière Halloween ?

De ding, dong en ding, dong, je raffermis ma résolution. C'est la dernière année que je joue le jeu. Et plus les enfants défilent les uns après les autres jusqu'à ma porte, plus l'impatience me gagne. Pas même le temps de m'enfourner un rouleau complet de «fizz rolls» en les croquant deux par deux que je dois retourner dans le portique, afficher mon sourire de commande et distribuer une poignée de friandises à hue et à dia dans tous les seaux de plastique, taies d'oreiller et autres cabas ouverts devant moi.

Derrière les sacs, il y a des déguisements et sous eux, des mines de gamins ou de grands ados diversement embouchés. L'enthousiasme de certains n'est hélas pas communicatif. Quelques visites que je voudrais expéditives s'étirent. Une bande s'éloigne, mais une petite fille s'approche. Pas le temps de refermer la porte. Je l'attends en faisant mine de remettre de l'ordre dans mon chaudron de bonbons. Sa maman la talonne. «Allez, ma belle. Lève la tête! Dis bonjour! C'est ça. Et, qu'est-ce qu'on dit après? Mmmm?? Merci Madame! Oui. C'est bien.»

Ouf! Une pour qui l'Halloween doit paraître longue avec une leçon de politesse à chaque adresse! Avec ce genre de petite abeille, de princesse ou de fée, on se sent toujours obligé d'ajouter un mot gentil, n'importe lequel. «Oh! Une belle petite fée! Heu... Un papillon, oui, c'est ce que je voulais dire!» Le regard de la mère imbue de sa fille jusqu'à la moelle commande cette attitude, déclenche chez moi la nécessité du compliment, aussi faux soit-il. Quand on a toujours placé sa progéniture au centre de l'univers, on est peu disposé à se faire enlever ses illusions par un Copernic de service.

C'est l'inconvénient d'habiter un quartier résidentiel où tout le monde se connaît: pas moyen de se défiler. Mes enfants passent eux-mêmes dans les rues environnantes. Difficile de quêter des bonbons ailleurs si, ici, on n'ouvre pas notre porte. «De l'argent? Non, désolé, je n'y ai pas pensé», mentais-je au garçonnet qui me tend sa boîte orange au bout de son cordon. Après avoir acheté pour 70 $ de cochonneries sucrées et les avoir partagées en 130 petits sachets, je considère que j'ai assez dépensé pour cette fête hautement commerciale.

«Tu as le choix, petit, me dis-je au fond de moi. Ou tu te contentes du 0,54 $ de nananes que ton sac contient, ou je te le donne en sous la prochaine fois, mais tu te passes de chocolat. Vu!» Son coeur ne balancerait pas longtemps, j'en suis sûre. À voir le costume sommaire de certains, affublés d'une simple cape ou d'un sarrau blanc, il est clair que leur porte-à-porte n'est pas fait dans un but humanitaire, mais plutôt gourmand.

7h39. Un essaim de quatre jeunes sonne. Le dernier repartira bredouille. Je leur distribue mes trois dernières portions. J'affecte l'air contrit de celle qui devra éteindre la bougie de sa citrouille. Regardez, fais-je en leur montrant le fond de mon chaudron comme pour me faire pardonner: c'est vide! Je fais des signes de la tête. Ça ne suffit pas. Une horde de pirates, de robots et de morts-vivants arpente déjà le chemin qui mène à mon entrée. J'élève la voix. Je me transforme en sémaphore agitant les bras! Non! Non! Il n'y en a plus! Je regrette! D'un geste impuissant, je referme la porte. Adieu veaux, vaches, cochons, vampires! Je claque la seconde porte et je m'adosse à elle. Soupir d'aise. Un an de répit.
5 commentaires
  • Claude Rompré - Inscrit 29 octobre 2010 05 h 04

    Au moins Dr Zeus a de bonnes fins...

    Oh attention, c'est le Grinch qui a volé l'Halloween!

  • Michel Chayer - Inscrit 29 octobre 2010 09 h 00

    @ Madame Laverdure,


    Votre billet m’a drôlement égayé ce matin.

  • Rodrigo - Inscrit 29 octobre 2010 17 h 10

    Un rayon de soleil

    Mme Laverdure, votre texte : une vraie toile d’artiste ! Je l’ai savouré au point de le conserver dans mon dossier «textes bien fignolés».

    Merci et félicitations.

  • Hélène Pisier - Inscrite 29 octobre 2010 17 h 57

    À lire absolument...


    À lire absolument de concert avec cet autre texte :
    « Halloween. Plaie ou plaisir de l’enfance ? » (http://pages.infinit.net/histoire/gouin17.html), paru il y a rien moins que 12 ans.

    Dans Le Devoir..., bien sûr.

  • charest33 - Inscrit 4 novembre 2010 08 h 20

    Petit papillon...

    L'Halloween est normalement la Fête des Morts ! La célébration de nos défunts ! Et maintenant les enfants sont déguisés en petites féees et papillons...pour des bonbons. Ridicule. Ramenez la Fêtes des morts et le culte des ancêtres svp. Pas le costumage en n'importe quoi du 31 oct. parce que plus personne ne sait la signification de cette journée. Au Mexique la tradition de célébrer les morts continue. Ici c'est la consommation et le ras-le-bol de tout ça.