Libre opinion - Avons-nous peur des immigrants ?

Depuis peu, j'ai la chance d'être en contact avec des immigrants de la région de Québec. Leur rencontre aura profondément changé ma vision de l'intégration des immigrants à notre société. Elle a aussi suscité chez moi indignation, ouverture, admiration, crainte, joie et tristesse.

Le court métrage Au bout du fil, réalisé par Chedly Belkhodja, relate la difficulté qu'ont les nouveaux immigrants à faire reconnaître leurs compétences dans le marché de l'emploi. Son titre, Au bout du fil, fait référence aux centres d'appels vers lesquels de nombreux immigrants se tournent, étant donné leur impossibilité de trouver un emploi dans leur domaine d'études. Cette vidéo, que j'ai découverte dans un cours d'anthropologie au cégep, m'a franchement secouée. J'étais au courant de la difficulté qu'ont les immigrants à faire reconnaître leurs diplômes et m'en indignait, mais je ne réalisais pas qu'autant de racisme — ou racisme systémique — existait toujours.

La non-reconnaissance des diplômes est révoltante, bien entendu. Mais il ne faut pas oublier qu'il existe des immigrants qualifiés aux diplômes acceptés par notre système qui ne trouvent pas d'emploi. Sont-ils victimes de racisme? Trop souvent j'imagine: oui. Sous prétexte qu'il n'a pas la tête de l'emploi ou que son accent est dérangeant, l'immigrant ne sera peut-être pas engagé. Cette situation est terrible économiquement, mais surtout humainement. On prive des personnes humaines de possibilités de réalisation et d'intégration, ce qui n'est pas sans conséquence.

Le racisme que peuvent mettre en oeuvre les Québécois est un désastre pour l'intégration des diverses cultures à la nôtre. L'exclusion mène au renforcement des communautés culturelles monochromes: le multiculturalisme se solidifie. Ce multiculturalisme, qui favorise la pluralité des cultures qui se côtoient sans se mêler, m'apparaît un frein à l'intégration. Cette entrave est étonnamment encouragée par nos gouvernements, qui subventionnent, entre autres, des écoles privées d'allégeance catholique, juive, musulmane, etc.

Mais en fin de compte, les Québécois sont-ils ouverts à l'interculturalité ou leur fait-elle trop peur? Peut-on laisser de côté le nationalisme exclusif dont nous sommes issus — l'idée de Québécois «pure laine» — pour accueillir l'Autre? Peut-être que notre situation de minorité francophone en Amérique du Nord nous a mis sur nos gardes. La pression déjà ressentie de tous côtés fait peut-être craindre aux Québécois l'existence d'une «menace» intérieure.

Mais encore: qu'est-ce qui est menacé?


Depuis la sécularisation de notre province, depuis la Révolution tranquille, depuis le dernier référendum, comment les Québécois définissent-ils leur identité? Par la langue qu'ils sont en train de perdre? Par le Carnaval, les chemises à carreaux, la Saint-Jean-Baptiste, le folklore? Je n'en sais rien. À preuve, mes parents et moi-même avons de la difficulté à définir ce qu'elle est aujourd'hui.

Si la société québécoise a réagi si fortement aux débats sur les accommodements raisonnables, ce n'est pas qu'en réaction à l'Autre. Je crois que le débat portait en fait plus sur les Québécois eux-mêmes que sur les autres cultures. Car pour être en mesure de définir nos limites, il faut d'abord que nous nous soyons entendus collectivement sur ce qu'elles représentent. L'impossibilité de définir clairement notre culture et notre système de valeurs en tant que société (de façon consensuelle) dénote une certaine instabilité. Fragile, il est possible qu'elle veuille se protéger, voire se refermer.

Au contact de cultures qui brillent souvent par leur sens de la communauté et de la solidarité, on peut prendre conscience de l'individualisme grandissant de notre société. Et ça aussi, ça peut faire peur.

La rencontre avec l'Autre, c'est pourtant une rencontre avec soi et sa culture, permettant de poser un regard neuf sur ce qui nous semble tout naturel. Pour y arriver, toutefois, les préjugés doivent tomber et l'ouverture doit être grande. À quand la véritable intégration au Québec?

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Camille Lachapelle De Serres - Étudiante au collégial en sciences humaines
27 commentaires
  • Maria Hotes - Inscrite 28 octobre 2010 01 h 25

    Intégration et définition identitaire

    Votre article pointe un problème réel : celui de la reconnaissance des diplômes (qui témoigne d'un écart entre les «promesses» faites aux immigrants avant leur arrivée au pays et les opportunités réelles) et celui de l'intégration en général. Il y a aussi, dans votre article, une idée qui semble pourtant problématique, à savoir celle qui voudrait que l'échec de l'intégration dépend de ce que les « Québécois » (dont vous avouez ne pas savoir sur quelles bases le définir) permettraient ou ne permettraient pas. Cependant, il faudrait dire que le problème de l'intégration n'est pas propre au Québec : nous n'avons qu'à nommer le cas de la France pour montrer que les mêmes difficultés (parfois pires!) s'y trouvent. Il ne faudrait pourtant pas conclure trop vite à un motif « culturel » qui ferait reposer le problème sur des caractéristiques personnelles, voire stéréotypées, du « Québécois pure laine », comme si tous les Québécois (ou la plupart d'entre eux) adhéraient à une vision claire et unique de ce que devrait être l'intégration. Espérons en tout cas que l'identité québécoise ne se réduise pas au portrait folklorique que vous présentez ici! D'ailleurs, je ne vois pas en quoi la difficulté (réelle) à « définir » ce qu'est la culture et l'identité québécoises prouverait qu'elle est fragile et instable. Au contraire, dans des sociétés où il y a eu non seulement des bouleversements sociaux et institutionnels majeurs (comme lors de la Révolution tranquille) et où l'immigration est de plus en plus présente, il semble normal que la société « d'accueil » elle-même cherche à se redéfinir d'après ses nouvelles institutions et ses nouveaux citoyens qui sont désormais constitutifs de la culture québécoise. Non pas, bien sûr, pour renier son histoire mais pour intégrer en elle le moment positif de son présent. Cependant, pour que cela soit possible, il faudrait qu'il y ait une intégration réelle,

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 octobre 2010 07 h 47

    A quand une véritable intégration?

    Combien de Chinois avez-vous rencontré dans votre vie au Québec qui parlaient français? (français correctement s'entend)
    Combien de Jamaicains? De Coréens? De Russes? De Tamouls? D'Afghans? De Pakistanais? De Nigériens? D'irakiens?
    Pourtant toutes ces communautés vivent ici, au Québec, sans parler notre langue. Sans rien connaitre de Julie Snyder et de Véronique Cloutier. Sans jamais avoir lu VLB ou Michel Tremblay.
    Elle est où leur intégration?

  • Rémi Bourget - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 04

    @Camille Lachapelle De Serres

    Félicitations pour votre très beau texte, tou empreint de sensibilité envers une réalité que plusieurs préfèrent ne pas voir. Pour une étudiante au collégial, vous êtes dotée d'une très belle plume!

    À voir les commentaires de certains habitués du site Le Devoir.com pour constater que vos craintes et votre indignation sont fondées. Oui, trop de gens ont encore peur des immigrants, peur de l'Autre. Oui, au Québec (comme partout ailleurs), les immigrants ont encore à affronter les écueils du racisme.

    Heureusment, des prises de position comme la vôtre permette de poser le problème et de travailler pour y trouver des solutions. Les Immigrants et les Québécois doivent travailler ensemble pour arriver à une vraie intégration.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 13

    @ R.Tremblay @ C.L. De Serres

    À lire vos propos jour après jour inspiré de xénophobie, je peux comprendre facilement si des immigrantEs tombent sur vos textes, qu'ils aient envie de se replier sur eux-mêmes.

    @ Camille

    Votre texte est rafraîchissant d,abord parce qu'il est écrit par une jeune. Une jeune qui représente l'ouverture aux autres, plutôt que la fermeture des générations précédentes, sans généraliser bien sûr.

    Mais je crois que le fait d'habiter la région de Québec fausse votre perception de l'accueil qu'on puisse offrir à nos immigrantEs. Vous habitez une région handicapée et handicapente pour les nouveaux arrivantEs. De par le phénomène des radios poubelles, son histoire, le peu de services communautaires qui leur sont offert, le comportement électoral de la population, les politiques d'embauche discriminatoire envers les nouveaux arrivantEs dans les entreprises privées, etc.
    Tant que cette ville sera fermée sur elle-même et n'ouvrira pas ses fenêtres d'ouverture sur le monde, elle demeurera un bien piètre la boratoire pour étudier les flux migratoires et les intégrations qui pourraient en résulter.

  • Paul Gagnon - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 29

    Force de l'inconscient, faiblesse de l'appartenance

    Beaucoup de naïveté, beaucoup de préjugés également, de mépris même, contre son propre peuple et sa propre culture, beaucoup de clichés enfin.

    Cela est typique des interculturels et des amoureux de l'Autre à qui l'on attribue toutes les qualités, toutes les vertus afin de pouvoir mieux dénigrés ceux avec qui on ne veut surtout pas s'identifier... les vilains de l'histoire. Pouah! Les affreux! Et dans quel vilain patois ils s’expriment!
    Mademoiselle Lachapelle et/ou de Serres, si je vous disais que vos ‘Autres’, ici à Montréal, où ils sont plus nombreux qu’à Québec et où ils sont venus depuis plus longtemps, que ces ‘Autres’, donc, ont commencé à se créer des ghettos (et ce n’est rien à côté de l’Ontario qui nous renvoie l’image de ce qui s’en vient) où la moitié d’entre eux au moins, les femmes de préférence, ne parle pas le français (ni l’anglais d’ailleurs, souvent). Voilà où nous conduisent les politiques d’immigration massives et aveugles que mènent le Québec, et le Canada, depuis des années. La ‘main invisible’ du marché des migrations va tout régler en sommes, comme par magie, sans précautions ni efforts. Quand le merveilleux est merveilleux!

    Vous parlez de problèmes de diplômes : attendez de voir ce qui s’en vient, ce ne sera pas rigolo du tout. Évidemment ce sera beaucoup moins grave à Outremont ou à Sillery…

    De toute façon on a les sushis et les soupes Campbell hallal. Quel bonheur!