Libre opinion - Et les autochtones de chez nous ?

Mme Michèle Dionne, votre ouvrage Missions est louable, comme votre engagement au profit de la Croix-Rouge. Les photographies sont expressives et d'autant plus prenantes que vous vous êtes attachée à mettre en valeur l'être humain, les expressions, les sourires, les regards tristes des gens qui ont souffert et qui souvent souffrent encore — elles ne nous laissent pas indifférents.

La lumière, le cadrage des photos et le sorti des couleurs sont d'une facture professionnelle. Qu'une partie des profits provenant des ventes du livre, soit 10 dollars par livre en plus de vos droits d'auteur, soit versée à la Croix-Rouge canadienne, division Québec, prouve votre désintéressement pour les gains.

Une chose est malgré tout dérangeante. Pourquoi mettre en valeur la beauté et la misère des autres alors que chez nous, chez vous, dans le Québec que votre mari gouverne, il y aurait matière à faire un livre aussi extraordinaire? Encore plus original et qui se vendrait à travers le monde. Savez-vous que si le Canada se classe en première position, selon l'indice du développement humain des Nations unies, les populations autochtones canadiennes sont reléguées au 63e rang — une position dont les conditions socioéconomiques ressemblent plutôt à celles des pays d'où proviennent vos photos. C'est une réalité inexcusable que votre entourage et vous semblez avoir oubliée.

Votre prochain livre devrait avoir comme sujet les Premières Nations d'ici. De la part de la première dame du Québec, ce serait l'occasion de sensibiliser les citoyens aux problèmes sociaux, culturels et économiques que ces peuples vivent. Lors de l'inauguration de l'une de mes expositions à l'étranger, j'ai déjà dit: «Plus on parle d'un peuple, plus il sera difficile de le faire disparaître.» Avec votre prochain livre, vous feriez aussi oeuvre utile en fixant avec votre appareil les visages de ces gens et en le diffusant auprès des Québécois qui ne se rendent jamais dans les réserves pour échanger avec les premiers habitants de notre pays.

Fréquentant les communautés depuis 40 ans pour les dessiner, je peux vous affirmer que faire le tour des «réserves» ne vous laissera pas indifférente. Les quelque 18 000 membres des Premières Nations vivant à Montréal seront aussi des sujets qui vous ramèneront à la réalité du Québec avec le manque criant de ressources communautaires et de lieux de rassemblement qui accentue le phénomène d'acculturation.

Pourquoi avoir oublié ces nations qui éprouvent des problèmes de discrimination, de racisme, d'emploi et d'autres maux autant que les peuples que vous avez visités et aimés? Pire, ces citoyens à part entière sont en perte de leurs racines. Je suis certain que les revenus des ventes de vos livres seraient les bienvenus pour plusieurs Centres d'amitié autochtones. Alors, Madame, mettez-vous à l'ouvrage, il n'est jamais trop tard pour faire le bien chez vous.


6 commentaires
  • - Inscrit 21 octobre 2010 10 h 40

    Symptome d'un grand mal?

    Effectivement, on dirait qu'on a tendance au Canada et au Québec à regarder ailleurs avec empathie pour aller aider à l'échelle internationale mais on ignore complètement ce qui se passe dans notre propre cour. J'ai vécu plusieurs années en milieu autochtone et les conditions de vie qu'on y trouve, dans bien des cas, sont indignes d'un pays développé comme le Canada et nos lois qui touchent les peuples autochtones sont carrément des lois coloniales d'un autre temps.

    On dirait que nous avons beaucoup de difficultés à nous libérer de notre passé colonial envers les peuples autochtones et qu'on se préoccupe beaucoup plus par ce qui affecte les gens d'ailleurs que ce qui touche directement nos frères et soeurs autochtones d'ici. Est-ce qu'on pourrait, pour faire changement, se transformer en une société en processus de décolonisation et de traiter avec les peuples autochtones comme des égaux? Est-ce qu'on pourrait remplacer le paternalisme dépassé par un rapport fondé sur le respect et l'ouverture d'esprit?

    Quand on va à l'étranger, on se sent libre et ça ne nous implique qu'individuellement alors que les rapports avec les peuples autochtones d'ici nous impliquent collectivement et ont un impact sur nos vies au jour le jour. A-t-on peur de nous transformer collectivement? A-t-on peur du processus de décolonisation? L'ouverture au monde comprend aussi l'ouverture aux peuples autochtones de notre pays.

  • Stephanie L. - Inscrite 21 octobre 2010 10 h 59

    Nécessité

    Excellente suggestion! C'est plus dérangeant de dénoncer la misère lorsqu'elle est à nos portes mais c'est absolument nécessaire!

  • MJ - Inscrite 21 octobre 2010 19 h 50

    Terre-Mère, précieuse par sa fécondité... (1)

    Nous aurions beaucoup à apprendre des Premières-Nations, de leurs cultures, de leurs langues, de leurs légendes, de leur sagesse, et surtout de leur respect pour l’environnement.

    Le documentaire remarquable de Richard Desjardins et Robert Monderie, L’erreur boréale (1999), aborde en partie la vie de diverses nations autochtones au Québec, et relate aussi leurs difficultés et problèmes liés à la déforestation et aux coupes à blanc qui furent pratiquées sur une grande partie du territoire québécois, entraînant la pollution des rivières et des cours d’eau, affectant leur mode de vie ancestral et leur qualité de vie.

    Dans les réserves, il y a des problématiques diverses dont le sous-développement d'une part, l’absence d’eau courante et potable, et d'autre part, la perte de leurs langues et coutumes, la sous-éducation, le chômage, le désoeuvrement et la toxicomanie chez les jeunes qui sont déchirés entre leur mode de vie ancestral et celui de la vie moderne.

  • MJ - Inscrite 21 octobre 2010 19 h 53

    Terre-Mère, précieuse par sa fécondité... (2)

    Il faudrait leur consacrer davantage d’aides et de ressources afin que, là où ils vivent, leur gouvernement puisse se saisir de ces problèmes et que les Autochtones puissent avoir les moyens de décider pour eux-mêmes de leur mode de vie et de leur développement. C’est le moindre que l’on puisse faire! Qui étaient les sauvages et les véritables barbares lors de la colonisation? N’était-ce pas ceux-là qui étaient venus les évangéliser et les déposséder de leurs langues, coutumes et territoires, aujourd’hui en grande partie dévastés et pollués par la présence de grands projets initiés par l’étranger? Alors qu’ils avaient accueilli ces nouveaux arrivants sur leurs territoires, croyant sans doute qu’eux aussi vivraient en harmonie avec la nature, dans le respect de l’environnement!

  • MJ - Inscrite 21 octobre 2010 19 h 56

    Terre-Mère, précieuse par sa fécondité... (3)

    Il y avait un documentaire cette semaine à Télé-Québec H2Oil (2009) sur les conséquences de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta le long de la rivière Athabaska. On a donné la parole à des autochtones qui vivent dans la région et qui expriment leurs craintes de voir disparaître la nature et leur habitat. Car si leur habitat disparaît, eux aussi suivront...

    http://www.rqge.qc.ca/content/h2oil-à-t&eac