Libre opinion - Le monument de l'oubli

Après avoir dit qu'il était d'accord avec «toute la pensée» de Pierre Falardeau, lequel a toujours glorifié les terroristes felquistes comme des héros ou des victimes, Bernard Landry en rajoute maintenant en vantant le geste de la SSJB qui élevait samedi un monument aux «centaines de personnes emprisonnées durant la Crise d'octobre, tous des innocents».

Bernard Landry oublie malheureusement les faits pour mieux masquer les défaillances de ceux des siens dont le comportement pendant la crise aura été mal avisé, voire même déplorable. Une telle attitude fournit dans les faits une caution à ceux qui ont élevé l'enlèvement et le chantage terroristes comme solution légitime à des problèmes politiques, mettant du même coup le processus démocratique en péril.

En effet, M. Landry «oublie» que sur les 497 individus appréhendés au total (et honorés sur le Monument de la SSBJ), seules 103 personnes ont été incarcérées injustement pendant cette période. Les 394 autres avaient d'une façon ou d'une autre appuyé, publiquement ou par leurs gestes, les fins violentes du FLQ de faire une révolution marxiste et sécessionniste et de renverser le gouvernement démocratiquement élu du premier ministre Bourassa.

C'est la conclusion à laquelle en est venu le Protecteur du citoyen du Québec, dès mars 1971, à la suite d'une démarche entièrement indépendante. Les 103 personnes incarcérées injustement ont toutes eu droit à une compensation de l'État québécois allant jusqu'à 30 000 $, en dollars de l'époque, et ont signé une quittance.

M. Landry «oublie» que le 15 octobre 1970, c'est le gouvernement du Québec, et non le gouvernement fédéral, qui, avec le soutien unanime des chefs des trois partis d'opposition de l'époque à l'Assemblée nationale, y compris Camille Laurin, chef parlementaire du Parti québécois, a appelé le Régiment de Valcartier de l'armée canadienne en renfort pour aider les autorités policières québécoises à mater ceux qui défiaient la démocratie par leurs crimes et leurs appels à la violence. En tout temps, les soldats canadiens prenaient leurs ordres du chef de la Sûreté du Québec.

Une bonne décision


Il «oublie» aussi que l'arrivée de l'armée a eu pour effet de rassurer la population, de calmer les fomenteurs de trouble, et d'éradiquer, non pas le mouvement indépendantiste, mais bien le terrorisme et ses méfaits.

Il «oublie» surtout que René Lévesque a affirmé, dans sa chronique du Journal de Montréal du 30 octobre 1970, que la décision de faire appel à l'armée avait été «la bonne décision» et que les citoyens du Québec ont à l'époque, dans leur immense majorité, approuvé sans réserve cette démarche qu'ils trouvaient légitime pour contrer les insurgés et rétablir l'ordre.

Finalement, il fait fausse route en prétendant que la Loi sur les mesures de guerre aurait «suspendu la Constitution et l'ensemble des droits et libertés». Elle n'a prohibé que l'appui aux gestes violents du FLQ. La liberté d'expression, même à l'encontre de cette Loi, la liberté de presse et la liberté de rassemblement furent préservées. À preuve, les rassemblements étudiants, dont celui où fut chaudement applaudie l'annonce de l'assassinat de Pierre Laporte, ne furent pas interdits. Les dirigeants et les organes du PQ continuèrent à se réunir et à faire des déclarations publiques pendant toute cette période. Les médias ne furent jamais gênés dans leurs activités, contribuant même au contraire parfois à exacerber la crise.

Par leur démagogie irresponsable, M. Landry et la SSBJ contribuent à banaliser la violence et ses conséquences dans une société démocratique.
8 commentaires
  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit 19 octobre 2010 06 h 38

    Juste un mot

    J'apprécie quand quelqu'un se charge d'amener un peu de lumière sur cette période souvent romancée.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 19 octobre 2010 08 h 07

    Le garde-chiourme

    Faut-il avoir été un profiteur du système pour banaliser ainsi les arrestations arbitraires, les perquisitions excessives (près de 5000) commises par les fédéralistes à l'automne de 1970. Faire l'innocent maintenant en prétendant que ces actions étaient justifiées... oui, elle n'avait qu'une seule justification, celle de casser les reins au mouvement souverainiste en l'associant à une quinzaine de ti-culs qui se prenaient pour le Che. Il est facile de voir la paille dans l'oeil du voisin, en oubliant la poutre dans le sien propre.

  • Catherine Paquet - Abonnée 19 octobre 2010 08 h 30

    Chercher à faire oublier...

    On se demande pourquoi certiines personnes ont comme objectif de faire oublier des parties de l'histoire qui ne correspondent pas à leur idéologie. D'autant plus que leur devise est "Je me souviens".

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 19 octobre 2010 09 h 08

    La cause nationale

    Je sympathise avec les gens qui ont été incarcérés injustement sous la Loi des mesures de guerre, mais de là à en faire une épopée nationale, il y a une marge.

    L'élite nationaliste ne finit jamais de se chercher de nouveaux martyrs. Elle en a bien besoin pour maintenir la FOI.

  • Gilles Rheaume - Inscrit 19 octobre 2010 10 h 51

    La libre-opinion de la Honte

    Quand même !

    Il faudrait publier votre lettre dans toute anthologie de la mauvaise foi. Médaillé d'or de l'aplatventrisme et du révisionnisme historique.

    Le confort et l'indifférence, vous connaissez ? Il y a pire : la reddition !