Libre opinion - Une coalition souverainiste-fédéraliste

Les médias ont peut-être créé une excitation indue en spéculant autant la semaine dernière à propos de l'initiative de François Legault, qui a invité chez lui des personnalités d'allégeance fédéraliste et souverainiste afin d'examiner les possibilités de créer un mouvement politique de centre droit qui agirait, dans un premier temps, comme groupe de pression sur les partis ou le gouvernement afin de remettre sur les rails l'éducation, la santé et les finances publiques.

Certains ont même évoqué avec un intérêt marqué la création d'un parti national basé sur la congélation de la question nationale. C'est dire l'excitation! Le premier ministre Jean Charest a ironisé en disant que d'après lui, messieurs François Legault et Joseph Facal ne seront pas au prochain congrès du Parti québécois, le printemps prochain.

Des souverainistes, amis de monsieur Legault, l'ont invité à être prudent, voyant dans son initiative une occasion facile pour des fédéralistes de nuire sérieusement au projet souverainiste en plus de faire naître un deuxième parti à droite du Parti libéral du Québec, mais tout aussi «collaborateur», comme l'est l'ADQ, avec le régime fédéral imposé au Québec sans son consentement en 1982.

Évidemment, François Legault, s'il poursuit l'aventure, devra calmer le jeu et annoncer clairement que ce mouvement ne sera pas assis entre deux chaises, mais tentera au contraire de concilier le fédéralisme et la souveraineté, ce qui est le vrai rêve de la majorité des Québécois.

S'il va de l'avant avec ce projet, il devra dire, pour ne pas se renier lui-même, que ce sera une coalition dont le but sera d'avancer et non de reculer sur la question nationale. D'entrée de jeu, son groupe, s'il finit par exister, devra admettre dans un éventuel manifeste que le débat national tel qu'il a été vécu ces 40 dernières années a fait de nous, Québécois, des désabusés, voire des perdants sur le plan politique. Et parce qu'il est intellectuellement malsain de continuer d'opposer souveraineté et fédéralisme, cette dynamique doit être abandonnée.

En effet, les Québécois voient tous les jours qu'en Europe le défi politique est de conjuguer souveraineté et fédéralisme. En fait, ils en ont ras le bol d'être coincés dans cette dynamique d'opposition stérile qui leur semble archaïque dans notre contexte nord-américain riche et développé. Ce n'est pas que la question nationale ne les intéresse plus, au contraire; c'est que la façon dont elle est formulée par les élites politiques depuis 40 ans les ennuie, parce que ça les divise et les affaiblit.

Si cette coalition de François Legault voit le jour et doit avoir un avenir, ce ne peut être que dans un but d'unité nationale. Pour y arriver, cette coalition qui veut être crédible dans ses solutions de centre droit pour le Québec devra d'abord reformuler le projet national et non l'occulter, car seul un consensus autour d'un projet qui soutient et promeut notre identité distincte peut dégager de nouvelles énergies permettant également un consensus autour des solutions nécessaires pour régler nos problèmes d'éducation, de santé et de finances publiques.

L'ADQ moribonde, soi-disant une troisième voie, avait tenté de rallier les Québécois autour d'un projet d'autonomie. Ça n'a pas décollé, les Québécois ayant reçu cette proposition comme un retour au régime Duplessis, donc comme un recul historique.

Le défi pour cette possible nouvelle coalition est donc de créer un concept politique nouveau et porteur d'avenir pour la nation québécoise. Les Québécois veulent tenir en équilibre entre souveraineté et fédéralisme et surtout avancer de cette façon vers l'accomplissement de leur destin. Pour cela, il n'y a pas de troisième voie. Il n'y a que la voie du milieu, le fil de fer. Il faudra à François Legault et son groupe de miser sur notre gène «Cirque du Soleil» pour y arriver. Question d'imagination! Sinon, l'appellation «coalition fédéraliste-souverainiste» n'aura duré que le temps d'une excitation passagère surprise et encouragée par les médias. Ce serait bien dommage.

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