Parlons cuisine

Suivant la publication de l'article «C'est juste de la cuisine» de Stéphane Baillargeon paru hier dans Le Devoir, quelques précisions. Je ne suis pas membre de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec ni du Syndicat des employés de Radio-Canada, où j'œuvre à titre de pigiste. Je suis animatrice. Les seules personnes à qui j'ai des comptes à rendre sont mes divers employeurs, et les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs à qui je m'adresse.

M. Baillargeon a publié des extraits d'un communiqué de presse diffusé par la firme de relations publiques Strategic Objectives. Hier matin toutefois, ce communiqué n'était plus disponible sur les fils de presse puisqu'il contenait des informations erronées. En lien avec ledit communiqué, qui invitait à tort «les médias» chez moi pour une visite dans ma cuisine équipée de produits General Electric (GE), le journaliste a posé cette question: «Faut-il comprendre que Mme Whitenshaw [sic] s'est fait payer une cuisinière, voire une cuisine, par GE, dont elle devient en quelque sorte la porte-parole?» La réponse à cette question est non. J'ai récemment rénové ma maison, et payé à plein prix la totalité de mes rénovations. De plus, parlons rigueur, une simple recherche Google permet de trouver la bonne orthographe de mon nom de famille.

Cela dit, comme animatrice, j'ai souvent bénéficié, sans m'en cacher, de commandites. Les vêtements que nous portons à la télé sont souvent empruntés par exemple. Outre leur utilité propre, ces échanges de services en bonne et due forme n'influencent en rien mon esprit critique. De plus, ils sont toujours inscrits au générique des émissions.

Aussi, comme de nombreux animateurs, humoristes, chanteurs, j'anime, une dizaine de fois par année, des événements corporatifs en échange d'un cachet pour mon travail d'animation, bien entendu. Je ne m'en suis jamais caché non plus, mais je ne crois pas que cela soit d'intérêt public. Dans le cas de l'événement GE, on m'avait engagée pour un cachet comparable à une journée de télé selon les normes UDA et la possibilité de conserver certains électroménagers, pour animer une journée corporative où seraient mis en valeur leurs appareils devant des médias de la presse écrite traitant de cuisine ou de décor/design.

Puisque ma cuisine était nouvellement rénovée, et que je voulais mettre en valeur (dans les photos prises durant l'événement, et avec les médias présents) les talents d'un jeune designer québécois très talentueux avec qui j'ai travaillé — et que j'ai payé lui aussi à plein prix —, j'ai offert d'animer l'événement chez moi. Comme je cuisine réellement, pour le travail comme pour le plaisir, cette association semblait naturelle, et je l'assume entièrement, sans gêne.

Ce que je conteste toutefois, ce sont les allégations et présomptions selon lesquelles ce travail corporatif remettrait en question mon intégrité aux émissions C'est juste de la TV et Guide Resto Voir. Quiconque les écoute sait qu'il s'agit d'émissions d'opinion, certes, mais réfléchie et rigoureuse.

La semaine dernière, j'ai animé bénévolement une soirée au profit de l'organisme Dans la rue. Nous avons tenté d'obtenir une couverture médiatique importante de l'événement, mais en vain. Par contre, paraîtra demain un article dans le magazine La Semaine, où on verra — oh, surprise! — ma nouvelle cuisine et des électroménagers GE. Cette visite a été organisée avec Strategic Objectives, mais la supposée journée médias, elle, n'aura pas lieu. Désolé pour ceux qui s'attendaient à ce que je leur cuisine des «petits fours». Ah oui, dans La Semaine, on y verra entre autres, aussi, une photo de mon chien et moi. Je n'ai pas payé pour mon chien non plus, M. Baillargeon. Je l'ai adopté.

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Réplique

Je n'ai fait que soulever de légitimes questions concernant une campagne commerciale à laquelle participe une animatrice de la Première chaîne de Radio-Canada et une critique d'ARTV. Je comprends donc que Mme Withenshaw a payé pour sa cuisine, mais pas pour ses électroménagers. Très bien. Finalement, je regrette d'avoir déplacé le premier «h» dans Withenshaw, en me fiant trop à Google justement...

Stéphane Baillargeon