Libre opinion - Un Québec multiethnique dans un Canada multiculturel

Le sondage Angus Reid effectué le 9 septembre dernier déboulonne en entier le mythe d'un Québec raciste. Selon ce sondage, le Québec serait, avec la Colombie-Britannique, l'endroit au Canada où l'immigration est la mieux perçue, mais le sondage précise par la même occasion que le Québec est, avec l'Ontario, l'endroit au Canada où l'on souhaite le plus une réduction du niveau d'immigration. Paradoxe? Pas vraiment.

Les Québécois comprennent en effet que l'immigration ne constitue pas un problème en soi, mais qu'elle peut devenir problématique lorsque son niveau dépasse la capacité d'intégration de la société d'accueil. Le multiculturalisme exacerbe ce problème en signalant aux nouveaux arrivants qu'ils n'ont pas à s'intégrer à la culture d'accueil et peuvent conserver sous la protection des tribunaux leur culture, leur langue et leurs moeurs tout en habitant parmi nous comme de parfaits étrangers.

Les Québécois forment un peuple très métissé; les sangs amérindiens, irlandais et italiens coulent notamment dans nos veines. Notre rapport à l'identité n'est pas racial, comme on aime le penser à Toronto, mais culturel. Attendu que l'identité québécoise passe plus par le son de la voix que par la couleur de la peau, et en vertu des nombreux succès d'intégration à la culture québécoise, on peut dire que le Québec est depuis l'époque de nos ancêtres coureurs des bois une terre de métissage où la culture française d'Amérique tient lieu pour qui y adhère de fondement identitaire.

On se rappellera à cet égard l'éloquente réponse de Joseph Facal à une journaliste anglophone qui, lors de sa nomination en 1998 au poste de ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, voulait savoir si Lucien Bouchard l'y avait nommé précisément parce qu'il n'était pas «de souche», afin de faire bonne figure. M. Facal avait répondu avec la sagacité très cartésienne qu'on lui connaît: «Au contraire, c'est parce je suis tellement québécois que cette confiance m'a été accordée.»

L'immigration ne constitue donc pas un problème en soi. Plus spécifiquement, la réponse de M. Facal illustrait la distinction, rarement faite au Québec, entre multiethnicité et multiculturalisme. Le Québec est depuis longtemps multiethnique, mais, contrairement au Canada, il ne s'est jamais voulu multiculturel.

Une contradiction


Heureusement dira-t-on, car créer de toutes pièces une «culture multiculturelle» comme tente de le faire le Canada tout en favorisant le maintien de la culture d'origine des immigrants est une contradiction sans nom. L'intégration sociale réussie nécessite en effet, malgré ce qu'en pense le sociologue Gérard Bouchard, l'abandon de certains référents et symboles issus de la culture d'origine au profit de ceux de la culture d'accueil.

Coincé au Canada, le peuple québécois se voit plutôt contraint d'abdiquer au nom du dogme multiculturel sa propre culture et son histoire devant les revendications des «communautés culturelles». On comprendra que c'est tout notre succès passé à l'intégration et au métissage qui par cette manoeuvre se trouve remis en cause.

Le multiculturalisme imposé sournoisement au peuple québécois par une petite élite depuis bientôt trente ans liquide sa culture. Loin de favoriser l'harmonie entre la majorité et les «communautés culturelles» comme on voudrait le faire croire, le multiculturalisme nivelle plutôt toutes les cultures. Ce nivellement est la résultante d'une violence structurelle faite à la culture majoritaire, neutralisant du coup ses mécanismes d'intégration.

Les Québécois s'en sont jusque-là accommodés, en partie à cause de leur grande tolérance et en raison de leur penchant traditionnel pour l'égalitarisme. Aujourd'hui fatigués des pressions culturelles sans issue dont ils sont l'objet depuis quelques années, les Québécois semblent de plus en plus enclins à l'affirmation identitaire, laissant poindre à l'horizon, comme dans d'autres pays occidentaux, une crise de la culture.

L'intégration réelle menacée


Les francophones deviendront d'ici quelques mois minoritaires sur l'île de Montréal. Comment dès lors continuer à faire entrer aveuglément, vague après vague, des centaines de milliers d'immigrants, si nous peinons à intégrer et à franciser ceux déjà parmi nous? On constate en effet que, prise en étau entre le volume stratosphérique du flux migratoire, l'individualisme exacerbé de la société de consommation et le multiculturalisme institutionnel, l'intégration réelle se raréfie. Aujourd'hui plus que jamais, le lien social de l'immigrant en faveur de la culture d'accueil se décline au conditionnel.

En conséquence, le débit quasi incontrôlé du flux migratoire — qui a subi une augmentation graduelle de 39 000 à 55 000 immigrants par année depuis 2003 — érode dorénavant plus qu'il ne la renforce l'unité socioculturelle du Québec. De moins en moins capables d'intégrer harmonieusement le grand nombre, les Québécois assistent passifs au navrant spectacle de la création de zones franches toujours plus grandes nommées «quartiers multiculturels» où, dépourvues d'assises réelles, la culture nationale et la langue française n'ont pratiquement plus droit de cité.

Afin d'éviter le piège des enclaves torontoises, des ghettos américains ou des «cités» de la banlieue parisienne, la réduction substantielle du flux migratoire à des niveaux pré-1995 (< 25 000 par année) s'impose désormais afin que le Québec puisse préserver son unité culturelle et sa capacité d'intégration future.

Le gouvernement du Québec doit en ce sens donner suite à la volonté maintes fois exprimée du peuple québécois de préserver son identité culturelle et sa cohésion nationale, en substituant à l'immigration «de masse» une politique nataliste plus énergique jointe à un accès plus facile à l'adoption internationale afin de combler son déficit démographique et de diminuer de façon proportionnelle sa dépendance à l'immigration.

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Alexis Cossette-Trudel - Candidat au doctorat en sciences des religions et doctorant en sémiologie à l'UQAM
23 commentaires
  • Steve Harvey-Fortin - Inscrit 20 septembre 2010 01 h 32

    Intolérance religieuse et culturelle

    Le Québec se distingue par sa Charte québécoise qui par l'esprit même de sa loi discrimine les droits fondamentaux des nouveaux arrivants et qui va à l'encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. Deux Chartes qui s'opposent une l'autre dans un déni de l'acceptation culturelle des autres est un danger pour la liberté et les droits fondamentaux des nouveaux arrivants.

    La Charte québécoise n'a pas sa place en ce qui concerne les droits fondamentaux individuels et religieux, car elle sublime la vraie liberté des individus à s'accomplir et à choisir leurs vrais valeurs et à les conserver. La doctrine même de la charte québécoise est ostensiblement infondée en fait et en droit de par sa nature, elle récrimine l'essence même de la liberté au nom d'un collectivité qui s'abuse elle-même à garder dans l'igorance une société tout comme au temps de la grande noirceur. Peut-être est-ce au Québec d'abdiquer une nouvelle fois face à la suprématie de Dieu et de la jurisprudence constitutionnelle de la Charte canadienne ?

    Personne au Canada n'admettra que des gens soient dépouillés de leurs droits fondamentaux au nom d'une culture hégémonique religieuse collective de la restriction en raison d'un statut socio-politique provincial maipulateur dont les normes sont inférieures à celle de la justice canadienne et de sa Charte. Ceux et celles qui acceptent ce choix, se restreignent et se conspuent eux-mêmes dans une réalité médiocre et futile de l'asservissement culturelle et religieux qu'est la réalité du Québec. N'avez-vous donc pas compris encore ce qu'est la véritable liberté qui occulte le semblant de droit que vous représenter à vouloir toujours soumettre aux autres cultures votre culture qui méprise l'identité meme de l'individu ?

  • Michel Paillé - Abonné 20 septembre 2010 04 h 12

    Notre pensée magique


    Vous avez très bien compris l’impasse dans laquelle nous sommes coïncés. C’est la suite normale et naturelle d’une sous-fécondité qui a duré jusqu’à maintenant 40 années consécutives malgré trois soubresauts (1979, 1990, 2009). Croire qu’admettre plus de 500 000 immigrants d’ici 2020 pour combler nos besoins de main-d’œuvre se fera par enchantement, relève de la pensée magique.

    Toujours très concentrée à Montréal-Laval-Brossard, l’immigration y exerce une pression (linguistique, culturelle, etc.) telle, qu’il faudra tout repenser. Nous voilà replongés dans le débat lancé par Jacques Godbout en 2006 (voir son texte et ma contribution : http://michelpaille.com, section B).

    Tout ce que l’on dit sur la situation du français à Montréal ces derniers temps m’amène à conclure que les politiques fédérales de bilinguisme et de multiculturalisme s’y portent très bien. Notre écran de fumée appelé «interculturalisme» ne peut rien contre ça ; il ne parvient même pas à cacher la réalité.

    MP, démographe
    Québec
    http://michelpaille.com

  • Louise Lanctôt - Inscrit 20 septembre 2010 06 h 52

    Malgré le titre!

    Malgré ce que le titre peut laisser croire, je crois toujours que la souveraineté du Québec demeure le meilleur moyen de préserver notre culture et notre identité!

    ALEXIS COSSETTE-TRUDEL

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 septembre 2010 07 h 19

    Si vous ne voyez pas la contradiction, vous êtes probablement non-voyant...

    Selon notre bon étudiant, ce serait l'unité culturelle (donc franco-québécoise) appliquée partout, qui respecterait et maintiendrait la culture de chacun des nouveaux arrivants et ce serait le multiculturalisme qui (respectant la culture de chacun et lui permettant de s'exprimer librement) nivellerait toutes les cultures, y compris celle des gens "de souche" et celle des nouveaux arrivants.
    Si j'étais examinateur de ce travail de doctorat, je me demanderais comment cet aspirant a pu se rendre jusque là.

  • Frédéric Jeanbart - Abonné 20 septembre 2010 07 h 26

    Vers toutes les extrêmes...

    Quel article éloquent, si terre-à-terre, cela change de tous ces prêtres médias ou à la solde d'une idéologie de pouvoir, entretenue par une clique pour qui ce pouvoir se justifie de par lui-même, pour qui il est plus important de préserver ce pouvoir, avant la Nation et sa démnocratie, alors que l'on y entretient un communautarisme visant à diviser pour régner... Cet article ne fait que dénoncer avec pragmatisme ce pouvoir qui nous assaille de ses dogmatismes, via des politiques désuettes et appartenant au passé, via des pseudo-experts vendus à une idéologie totalitaire: la politique coloniale "à la Lord Hamerst", quand la seule Nation méritant dignité est celle qui impose son pouvoir colonial à des contrées étrangeres dont on prend soin d'en détruire le tissu socio-culturel...

    En un tel contexte, c'est chacun pour sa communauté (ou autre "Club" d'intérêt), non plus vis-à-vis une démocratie qui fait appel au libre-arbitre, mais vis-à-vis un communautarisme politique où le bien-être de la communauté passe avant le bien commun, où on fini par se tirer la couverture selon la communauté qui réussi à se faire promettre des cadeaux exclusifs en échange d'un gros sac de votes... Pa étonnant qu'en un tel contexte, et je dis ceci par expérience (des amis de membres de ma famille ayant immigrés récemment, mais surtout de par mon voisinage multi-ethnique), qu'en un tel contexte de plus en plus on entend plusieurs immigrants carrément railler, manquer de respect, mépriser la francophonie québécoise: c'est normal, on ne fait que jouer de complaisance envers un pouvoir qui veut nous traiter ainsi de par ses politiques visant à nous renier, on ne fait que se complaire au pouvoir qui émet les certificats d'immigration et le statut de citoyen. Et c'est dangereux, ceci ne fait que bâtir les tensions sociales d'aujourd'hui et de demain.