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Libre opinion - Cité verte : subventionnons les plus fortunés !

Le Groupe financier SSQ prévoit investir 350 millions à Québec dans un projet résidentiel de 800 logements. Le projet, appelé Cité verte, est déjà en construction. Les premiers résidants devraient s'y installer en 2011. Or, nous apprenons par la journaliste Isabelle Porter (Le Devoir, 4 septembre 2010) que, pour sa Cité verte, SSQ a obtenu une aide de 22,7 millions de dollars du ministère des Affaires municipales, en plus de 5 millions du Fonds canadien des énergies propres et de 5 autres millions de la part d'Hydro-Québec. Ce qui totalise 32,7 millions de fonds publics, soit plus de 40 000 $ par logement.

On ne parle pourtant pas ici de logements abordables. Les clients cibles du promoteur sont les baby-boomers relativement fortunés. Selon la SSQ, le prix moyen des condos sera de 350 000 $. Sans les subventions déjà empochées (il n'est pas dit que la Ville ne donnera pas aussi un petit coup de pouce), le prix moyen des condos s'élèverait à environ 400 000 $. Pas exactement ce qu'on pourrait appeler des condos abordables. On ne peut pas dire non plus que les futurs résidants de la Cité verte, sans l'aide financière, auraient eu du mal à se loger.

Bonne conscience

Mais ces quémandeurs de fonds publics se donnent bonne conscience: la Cité verte sera verte! L'eau de pluie sera récupérée pour arroser les jardins, le promoteur fournira des électroménagers à consommation limitée d'eau et d'énergie, et même des douches à débit réduit (sans blague!) De plus, les 800 logements ne produiront aucun déchet domestique. En fait, ils en produiront autant que 800 logements dans n'importe quel quartier. Sauf qu'on ne verra pas les déchets puisqu'ils seront automatiquement évacués par des convoyeurs souterrains. C'est propre, propre, propre! Du moins, cela en a l'air.

Ainsi, quelques centaines de baby-boomers retraités s'apprêtent à vendre leur bungalow ou cottage en banlieue où ils habitent depuis une trentaine d'années, avec leurs deux voitures en façade, un driveway nettoyé à grand jet d'eau chaque semaine, une tondeuse automotrice et une piscine chlorée, chauffée, qu'il faut entretenir et remplir régulièrement, même si elle ne sert presque plus depuis le départ des enfants. Subitement convertis, ces nouveaux sauveurs-de-la-planète s'installeront à la Cité verte et, du haut de leur condo de luxe subventionné, viendront nous faire la leçon de l'écologisme.

Soulignons en terminant la générosité (ou le bluff) de la SSQ qui, dit-elle, dépensera 350 millions pour construire 800 appartements, ce qui représente un coût moyen de 437 500 $ par logement. Mais elle consent, dit-elle, à les vendre pour 350 000 $ seulement. Merci, SSQ. Merci, Cité verte. Merci, le ministère des Affaires municipales.

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Normand Gilles - Québec
5 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 14 septembre 2010 10 h 35

    Le mensonge vert

    C'est un fait que notre mode de vie malmène l'environnement et qu'il va falloir changer bien des choses si on veut éviter que le tout tourne à la catastrophe. Il faudra par ailleurs consacrer des ressources en quantité non négligeable pour réparer à court et à moyen terme certains dommages causés par notre inconscience collective.

    Il est alors très ennuyeux de constater qu'une bonne partie des ressources disponibles est détournée vers de faux projets verts. C'est ce que nous appellerons le mensonge vert. Les exemples de mensonges verts ne manquent pas : les ampoules à incandescence qu'il fallait mettre à la poubelle pour y substituer de vertueuses fluocompactes, les frigos qu'il faut aussi mettre à la poubelle en se méritant un cadeau d'Hydro-Québec, les voitures d'un certain âge qu'il faut envoyer à la casse, même si elles consomment souvent moins que des modèles équivalents plus récents, la technologie hybride qui alimente le très lucratif marché des accumulateurs... Et bien sûr, les cités vertes, qui ne sont que de la poudre aux yeux et qui, comme le souligne M. Gilles, détournent de façon douteuse des ressources qui auraient pu être mieux utilisées pour la préservation de l'environnement.

    Il est grand temps que les gens commencent à dénoncer ces mensonges verts car tôt ou tard, l'effort du mouvement environnementaliste des dernières années sera rendu moins crédible par cette récupération politique et marchande.

    Jean Richard
    Montréal

  • 54lili - Inscrit 14 septembre 2010 20 h 44

    ça alors

    comment se fait-il M. Gilles que ces subventions aient été accordées sans que la population ne soit mise au courant.
    Toujours la même chose, tout est fait en catimini et encore pour les riches.
    Décidément, plus ça va plus c'est pareil, si j'avais 30 ans de moins avec tout ce qui se passe, je partirais d'ici.
    le Québec est de moins en moins un endroit où il fait bon vivre, une vraie république de bananes.
    On s'est tellement fait avoir, j'en reviens pas, votre texte est un exemple de plus d'une fracture entre le pouvoir de l'argent et la pauvreté, la classe moyenne basse étant la plus frappée et la plus amorphe.
    Trop submergée par les contraintes des activités quotidiennes pour se révolter., alors le peuple se meurt..

  • 54lili - Inscrit 14 septembre 2010 20 h 49

    j'oubliais..

    merci à vous M. Gilles pour ces informations !

    je vais mettre ça dans mon sac avec le reste et faire un autre bout de chemin et espérer que...

  • d.lauzon - Inscrite 14 septembre 2010 21 h 37

    Subventionnons les riches...

    Un autre exemple d'incompétence de nos politiciens qui ont cru bon d'utiliser l'argent des con-tribuables pour pour aider ces riches baby-boomers à s'acheter des condos de luxe.WPW! la bêtise humaine n'a pas de limite.

  • J. Hardy - Inscrit 19 septembre 2010 21 h 07

    La recherche

    Il faudra qu'un jour quelqu'un se mouille. Si l'on veut faire progresser nos moyens de construction, il faut faire des essais pratiques. Ces gens vivront probablement une multitude de problèmes suite aux erreurs de design.

    Ce n'est que plus tard que nous trouverons la formule qui fonctionne bien dans notre climat. Par la suite, il sera possible d'intégrer le tout à moindre coût.

    Je vous propose de regarder Garbage Warrior. Un hurluberlu aux États-Unis tente de trouver des moyens de construire des maisons autonomes et fait face à la lourdeur législative du code du bâtiment.