Pourquoi se priver de précieuses données?

La décision prise par votre gouvernement le 26 juin dernier de mettre fin à l'obligation de remplir le formulaire long du recensement préoccupe vivement la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), tant en ce qui a trait à la gouvernance publique avisée qu'à la compétitivité de nos entreprises.

En plus d'établir le portrait complet et fiable de la population canadienne, le recensement favorise l'adéquation des politiques publiques aux besoins réels et, par là, une gestion financière éclairée des fonds publics. L'analyse et l'interprétation exécutées par des milliers de chercheurs de tous horizons transforment ces données brutes en connaissances, donc en informations à forte valeur ajoutée. À l'ère de l'économie du savoir dans un contexte de compétitivité sans frontières, l'information vaut son pesant d'or.

Vous n'êtes pas sans savoir que les informations colligées par Statistique Canada à l'aide du questionnaire long du recensement quinquennal servent de fondement pour justifier des décisions prises par des institutions publiques, et ce, dans tous les principaux secteurs de la société: santé, éducation, culture, sécurité publique, mais également économie et finances.

Le défaut de détenir un échantillonnage scientifiquement représentatif risque de miner la confiance des citoyens à l'égard de décisions futures des administrations publiques. Il privera de nombreux organismes, associations, acteurs économiques et petites concentrations géographiques sous-représentées d'une source de données autrement introuvables.

À cet égard, le Québec est plus touché que les autres provinces compte tenu de l'importance que nous devons accorder aux données sociolinguistiques tant pour la préservation de la langue française que pour l'accueil et l'intégration des immigrants en respect de leurs droits à titre de minorité.

La Fédération est d'avis qu'il s'agit d'une contribution citoyenne fort raisonnable au regard des précieux avantages apportés à l'ensemble des Canadiens, et ce, peu importe leur provenance, leur statut ou leur condition économique. Appliquée depuis plus de 40 ans, cette méthodologie rigoureuse combinée à l'indépendance de Statistique Canada et à ses normes de confidentialité lui ont assuré une crédibilité à toute épreuve, un exemple pour de nombreux États modernes.

Plus représentatif

En vertu de ce nouveau principe de déclaration volontaire, les seules données scientifiquement fiables seront celles recueillies auprès de toute la population par le questionnaire court, soit l'âge, le sexe et le lieu de résidence. Bien que vous puissiez présumer de la bonne intelligence des citoyens à l'égard de l'importance de répondre volontairement au questionnaire long, la fiabilité et l'étendue de l'échantillonnage ne pourront être scientifiquement représentatives. Cette nouvelle méthode compromettra la fidélité du portrait de la société canadienne du prochain exercice de 2011 tout en rendant boiteuse, voire douteuse, toute comparaison avec les années antérieures.

Pour les entreprises, l'information découlant du questionnaire long fait partie intégrante de l'intelligence d'affaires et revêt une importance cruciale afin d'améliorer leur compétitivité. La Fédération des chambres de commerce du Québec est d'avis qu'à un moment où les ressources sont rares, le gouvernement, en rendant facultatif la complétion du formulaire long, se prive de ressources documentaires peu coûteuses qui lui permettent de mieux cibler ses interventions et de concevoir des programmes qui répondent vraiment aux besoins des entreprises et de toutes les communautés et collectivités canadiennes.

Nous vous demandons de surseoir à votre décision, le temps de procéder à un processus élargi de consultation.

Le Canada est reconnu internationalement comme étant un État bien gouverné et dont les institutions publiques sont d'une grande qualité, notamment en ce qui a trait à la qualité de son agence de statistique nationale. Plus qu'une perte de prestige à l'échelle internationale, cette décision pourrait priver nos entreprises et nos industries d'un avantage concurrentiel unique, et par conséquent, nuire à notre niveau de compétitivité.

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Françoise Bertrand - Présidente-directrice générale, Fédération des chambres de commerce du Québec
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 29 juillet 2010 09 h 28

    Mme Bertrand

    Madame Bertrand, vous ne pouvez pas ne pas connaître M. Michael Ignatieff, chef de la loyale opposition de Sa Gracieuse Majesté. Avec le tact et la persuasion dont est capable la chambre de commerce, vous lui demandez gentiment de défaire en chambre le gouvernement conservateur: vivement, des élections!
    Alors, tous les vrais canadiens se lèveront en bloc (...) et voteront pour pour le parti qui incarne le rêve du «plusse meilleur» pays du monde, le PLC.
    Qu'attend M. Ignatieff pour passer à l'action?

  • - Inscrit 29 juillet 2010 10 h 09

    Avancez en arrière !!!

    Mme Françoise Bertrand, c’est une belle lettre que vous avez écrit là. Cependant, il faut se rendre à l'évidence, nous sommes pris au piège, le gouvernement Harper prend son pouvoir dans plus de 300 milliards de barils de pétrole cher et de plus en plus cher avec le temps. C'est ainsi qu'il lui est possible de diviser la population et de se maintenir au pouvoir, celui servant à donner aux entreprises tous les privilèges possibles, et pour atteindre ce but, quel pourrait être un meilleur moyen que l'obscurantisme le plus étendu pour pouvoir agir en toute impunité.

    Pour Harper, étant donné que l’opposition ne peut lui retirer le poste de Premier Ministre, toutes les manœuvres démagogiques permettant de s’approcher d’une majorité parlementaire tout en ‘‘détruisant’’ les outils servant à la Social-démocratie, sont utilisables, la fin justifiant les moyens.

    Harper est diaboliquement machiavélique.

  • Chryst - Inscrit 31 juillet 2010 14 h 30

    La puissance de la base de données

    Dommage que nos élus et les citoyens ne puissent imaginer tout ce qu’il est possible avec la base de données.

    Ayant travaillé plus de 5 ans sur un projet visant l’estimation de la productivité forestière en vue du calcul de la possibilité, je crois savoir de quoi je parle.

    Je suis estomaqué de voir que certains cadres d’entreprises s’y objectent totalement par peur de vol de données ou pour des raisons obscures.

    Concernant les statistiques par variable, que permet un sondage systématique, cela n’est qu’un aspect de ce que rend possible la base de données. Celles-ci peuvent en outre être sauvegardées dans un tableur pour plus d’analyses. Les points d’observations, quelle que soit la méthode de leur enregistrement, peuvent aussi être intégrés à la banque de données et localisés à souhait.

    Personnellement, j’ai appliqué mes connaissances au domaine de la santé, (www.ataxie.ca) pour aider à démystifier le syndrome ILOCA dont je soufre, et mieux orienter la recherche médicale sur le sujet; ce syndrome étant encore d’origine inconnue pour la médecine

    Tous les symptômes de mon syndrome (ILOCA) peuvent être mis en relation avec le type d’activité ou le genre de produit manipulé ou inhalé avant le début d’apparition de l’ataxie. La base de données permet d’établir ce lien.

    L’ataxie est souvent d’origine génétique et transmise par les parents. Dans mon cas la cause serait environnementale.

    Les personnes avec ILOCA peuvent être reconnues. Les patients avec l’ataxie transmise par les parents ont généralement le syndrome dans le jeune âge ou il y en a dans la parenté.

    Le syndrome ILOCA peut alors être mieux identifié. Qu'est-ce que les conservateurs font de la science?

    Michel Thibault ing. f. m. sc.