Libre opinion - Une décision nuisible pour les Canadiens

Monsieur le premier ministre. Vous ne me connaissez pas, mais nous nous sommes déjà rencontrés, il y a de cela quelques années, à l'occasion d'un rapide passage à La Coop fédérée dans le cadre de votre campagne électorale de 2006.

J'exerce la profession de producteur agricole dans la région de Lotbinière, et comme des milliers de vos concitoyens, je suis impliqué dans le mouvement coopératif canadien. C'est ainsi que je consacre une bonne partie de ma vie à présider La Coop fédérée, réseau de coopératives impliquées dans l'approvisionnement agricole, la distribution de produits d'utilité courante et d'alimentation et dans la transformation alimentaire. Le réseau de La Coop fédérée compte près de 60 000 membres et génère un chiffre d'affaires de plus de 5,5 milliards de dollars et procure des emplois à près de 15 000 de nos concitoyens.

J'agis également depuis quelques années comme président du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et comme vice-président du Conseil canadien de la coopération et de la mutualité. Pour votre gouverne, le mouvement coopératif et mutualiste canadien compte près de 15 millions de membres, dont plus de la moitié sont francophones.

C'est en pensant à ces millions de membres que je m'adresse à vous aujourd'hui. Comme la majorité de ces derniers, j'ai pris connaissance de votre décision de modifier substantiellement le fonctionnement de Statistique Canada en retirant notamment le caractère obligatoire de cet exercice.

À première vue, cette décision peut sembler anodine et inintéressante pour un néophyte. Un peu moins d'État dans nos vies, surtout pour nous agriculteurs qui sommes submergés de rapports et de contrôles des divers ordres de gouvernement, c'est musique à nos oreilles!

Mais voilà que j'apprends que le questionnaire long restera obligatoire pour les producteurs agricoles au motif que ces informations sont essentielles au gouvernement pour la mise au point de politiques adéquates en agriculture.

Après mûre réflexion, cette décision m'apparaît judicieuse. Comme agriculteur, je trouve ce questionnaire long et fastidieux, mais je comprends que je doive le compléter pour permettre à nos organisations agricoles et à nos gouvernements d'avoir un regard éclairé sur notre situation.

Comme citoyen, j'aspire à une décision tout aussi éclairée de votre part. À la lecture des différents éditoriaux et articles sur la question, je constate que les inconvénients de cette réforme seront bien plus grands que leurs avantages, ne serait-ce que du fait de la perte de la comparabilité des données acquises avec celles à venir.

J'exclus les propos où on vous fait des procès d'intention et constate que ce sont tous les ordres de gouvernement, les intervenants économiques et sociaux et en bout de ligne nous, comme citoyens, qui seront pénalisés par cette réforme.

Vivre en société entraîne certaines obligations. Participer à la réalisation périodique d'un portrait de notre société en est une qui permet à une foule d'intervenants publics et privés d'agir de façon judicieuse. Vous ne devriez pas sous-estimer le sens civique de la population canadienne et votre gouvernement devrait au contraire chercher à promouvoir les actions propres à donner de la cohésion à notre société. Le recensement quinquennal en est une.

Statistique Canada fait un travail remarquable, qui dans l'ombre se révèle utile à l'ensemble des collectivités canadiennes, et s'il y a intrusion dans nos vies privées, ces informations sont rapidement découplées de la personne qui les a livrées pour permettre un portrait juste et impartial de notre société.

Bien que je n'endosse pas l'ensemble des décisions de votre gouvernement, je fais partie de ceux qui apprécient votre habileté politique et votre leadership affirmé qui vous ont permis de lancer d'importantes réformes tout en étant minoritaire au Parlement.

Ce leadership affirmé se doit aussi d'être éclairé. C'est pourquoi je vous invite à réviser rapidement cette décision qui s'avère et s'avérera nuisible aux Canadiens.

Veuillez accepter, Monsieur le premier ministre, l'expression de notre haute considération.

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Denis Richard - Président de La Coop fédérée, Président du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et Vice-président du Conseil canadien de la coopération et de la mutualité