Libre opinion - Combattre la propagande antifrancophone au Canada anglais

Étant aux prises avec une pluie de courriels et d'appels téléphoniques, la Ville de Bathurst, au Nouveau-Brunswick, s'est ravisée et ne permettra pas que le drapeau de l'organisme francophobe Anglo Society flotte sur l'hôtel de ville. On se rappelle que le conseil municipal de Bathurst avait récemment décidé de hisser «l'Anglo flag» lors de la «Fête des Anglais», le 18 septembre, date correspondant à la capitulation de la ville de Québec en 1759 et à la fin de la Nouvelle-France. Bravo aux Acadiens et à tous ceux qui se sont mobilisés!

Mais la bataille est loin d'être terminée. L'Anglo Society a fait la demande d'arborer «l'Anglo flag» à plusieurs villes et continue sa bataille contre le français. Ce groupe est connu pour ses manifestations au cours desquelles le drapeau acadien est traité avec le plus grand mépris. Le groupe organise justement une de ces manifestations à Fredericton le 15 août, jour de la Fête nationale de l'Acadie.

Il faut dénoncer encore plus énergiquement les préjugés véhiculés au Canada anglais qui donnent lieu à ce genre de dérapage. Dans son site Internet, l'Anglo Society émet une série de faussetés sur le mode d'aménagement linguistique au Québec. On présente la loi 101 comme excluant tout service en anglais, alors que dès sa conception elle garantissait des services en anglais pour les anglophones partout où ils se trouvent. Elle visait à éviter que les services et les institutions anglophones ne servent à angliciser les nouveaux arrivants. Et dans les faits, les quelque 200 modifications que la Charte de la langue française a subies ont réintroduit les services en anglais généralisés pour les allophones et les francophones. Même les entreprises établies au Québec reçoivent des services gouvernementaux en anglais, car l'article 16 de la loi 101 n'est pas en vigueur.

Selon son président, Matthew Glenn, l'Anglo Society veut simplement protéger la langue anglaise au Nouveau-Brunswick. Comme si c'était l'anglais qui était menacé! Le taux de transfert linguistique des francophones vers l'anglais y est en augmentation à 11,2 % (ce taux est de 39,3 % pour l'ensemble des francophones au Canada hormis le Québec).

M. Glenn pousse l'arrogance jusqu'à accuser le Québec d'avoir procédé au nettoyage ethnique des anglophones. C'est plutôt l'inverse qui est vrai. L'histoire du Canada anglais est jalonnée de mesures ethnocidaires ouvertement préconisées par les loyalistes et les orangistes, qui croyaient à la supériorité de «la race anglaise» et à la nécessité d'assimiler les Canadiens français. Hormis au Québec, ils ont imposé l'interdiction des écoles publiques françaises et de tout enseignement du français même comme langue seconde, sur une centaine d'années, soit jusque dans les années 1960.

Alors que le bilinguisme institutionnel a entraîné la disparition des langues minoritaires partout où il a été utilisé à travers le monde, le gouvernement Trudeau a néanmoins mis en place une politique de bilinguisme officiel. L'échec de cette politique était facilement prévisible. Chaque recensement démontre en effet un taux effarant d'assimilation des francophones hors Québec. L'étude des modes d'aménagement linguistique à travers le monde montre que la seule façon de contrer cette assimilation serait d'établir le français comme seule langue officielle dans certains territoires où il y a encore un nombre d'individus suffisant qui l'utilisent. C'est justement ce que la loi 101 visait à faire démocratiquement pour le Québec. Or, les revendications de ce type au Canada anglais se sont toujours heurtées à un mur, alors qu'au Québec, le gouvernement fédéral a réussi à décapiter la loi 101.

Les communautés francophones et acadiennes du reste du Canada revendiquent le bilinguisme dans l'objectif d'obtenir un minimum de services en français. La Loi fédérale sur les langues officielles prescrit des services en français seulement là où une partie substantielle de la population est francophone. Étant donné que les francophones hors Québec ne constituent plus que 4,1 % de la population selon la langue maternelle (et seulement 2,5 % selon la langue parlée à la maison), et qu'ils sont éparpillés sur un énorme territoire, une grande partie d'entre eux ne reçoivent pratiquement aucun service en français. Mais, pour des groupes haineux comme Anglo Society, c'est encore trop.

Il ne faut plus tolérer que le Québec français et la loi 101 soient dénigrés au Canada anglais alors même que nos compatriotes francophones s'y font assimiler et mépriser.

***

Mario Beaulieu - Président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal

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29 commentaires
  • Francis Robillard - Inscrit 24 juillet 2010 05 h 05

    coup d'épée dans l'eau

    Historiquement les acadiens ont tourné le dos à Québec et la Nouvelle-France en espérant tout conflits avec les Yankees. Mal leur en pris, ils furent déportés, langue et culture interdite pendant des siècles et sur la voie de la Louisianisation. Encore aujourd'hui dans "leurs Acadie" ils sont condamné à s'exilés ou tolérés.

    Il n'y a pas dans le monde d'exemple ou les anglais ont aménagé d'autres cultures, dans le respect et l'égalité... ça n'existe pas!! La leçon de cette histoire est qu'il ne faut jamais tourné le dos à son histoire, à ses alliés, à son pays au risque de le perdre à d'autres qui eux feront tout pour le protéger, même bafouer leurs propres lois.

    S'ils étaient des québécois, les représentants de la SSJB devraient accueillir et reconnaître davantage les acadiens au Québec. Ils devraient reconnaître et accueillir les Peuples autochtones du Québec. S'ils étaient des québécois ils feraient en sorte que tous aient un avenir au Québec. C'est ce qu'ils feraient s'ils étaient des québécois et pas des canadien-français, replié sur eux-mêmes, au prise avec un passé pas réglé, s'immisçant dans une guerre de clochers d'un pays étranger le Canada. S'ils y croyaient, ils défendraient les Cajuns contre les gouvernements étasuniens... Mais non, les petits canadiens-français ne font que perpétuer le drame qui leurs est si confortable. Allez donc de l'avant "VIARGE"!!!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 24 juillet 2010 07 h 41

    Mario se réveille

    Ca fait plus de 40 ans queles nationalistes québécois ont dumpé les Francos. Une honte. Ce sont nos frères, c'est 400 ans d'histoire commune.
    On les a largués parce qu'ils sont fédéralistes et que ca ne cadre pas avec notre projet souverainiste. On les a largés parce qu'ils sont utilisés par Ottawa pour maintenir le mythe du Canada bilingue coast to coast. On les a largés parce qu'ils sont en voie d'assimilation et on une culture ringarde.
    400 ans d'histoire....
    Pendant ce temps on nous dit que les Anglos et les immigrants au Québec sont québécois. Le monde à l'envers. Toute la bêtise du nationalisme territorial.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 24 juillet 2010 08 h 31

    Au sujet de l'assimilation des francos hors Québec...

    J'aurai toujours en mémoire en 1996 une discussion avec un Acadien sur le bateau m'emmena aux Îles de la Madeleine, qui m'affirmait que «l'assimilation à l'anglais chez nous (l'Acadie), débute dès le moment où lorsque nous demandons un service gouvernemental sur une boîte vocale et qu'on nous offre le 1 pour l'anglais et le le 2 pour le français, nous choisissons systématiquement le 1 sachant qu'en choississant le 2, le temps de trouver un agent parlant le français devient tellement longue qu'il est préférable d'avoir la réponse à notre question le plus tôt possible et cela passe par l'anglais. Nous sommes aussi responsable de cette assimiliation».

  • Andre Vallee - Inscrit 24 juillet 2010 09 h 04

    Le Doris Club

    Le Doris Club est né à Montréal pour combattre le légal Parti des Patriotes, par tous les moyens, légaux et surtout illégaux, avec l'appui des autorités, de l'armée britannique et des dirigeants de la force constabulaire, qui savaient tous se fermer les yeux.
    Au Nouveau-Brunswick, il prend le nom de Anglo Society. Quoique moins violent que le Doris Club, il n'en est pas moins hargneux, mensonger, déterminé et bien appuyé.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 24 juillet 2010 09 h 07

    Et la propagande anti-Québec

    Le Canada est un "drôle" de pays. Il sème à tout vent sa vision carte postale d'un pays bilingue avec 2 langues officielles.Quand on sait que le bilinguisme est une fumisterie monumentale; que même au New Brunswick, province soi-disant bilingue, il est difficile de se faire servir en français dans une grande partie de la province;que la seule province où le bilinguisme est une réalité est le Québec où le français est langue officielle.

    IL faut rappeler que lors des négociations constitutionnelles de 1980-81 ayant mené à la constitution imposée de 1982, l'Ontario a accepté cette constitution(imposée au Québec) en échange de l'acceptation,par le fédéral, du rejet du bilinguisme institutionnel en Ontario. L'Alberta et la Saskatchewan sont unilingues anglaises depuis 1988.

    Or, hors Québec, la majorité de la population pensent que le Québec maltraite sa "minorité" anglophone.....et j'ai souvent lu des Francophones hors Québec véhiculer cette fausseté.Re: loi 101. Le "Québec bashing", c'est devenu une chose courante.

    Le 17 avril 1998, le journal Le Droit dévoilait les résultats d'un
    sondage effectué en Ontario, sous le titre" DISTORSION": "Seulement 13,5% des Ontariens croyaient que les Anglo-Québécois étaient mieux pourvus en services dans leur langue que les Franco-Ontariens... Plus de 70 % des répondants ignorent jusqu'à l'existence de l'ACFO (Association canadienne-française de l'Ontario)".

    J.F Lisée, dans son dernier volume "Sortie de secours"(2000) écrit: "Pas moins de 84% des Anglo-Canadiens sont d'ailleurs en désaccord avec l'affirmation selon laquelle les "anglophones
    du Québec sont mieux traités que les francophones du reste du
    Canada" et 75% pensent qu'il faut protéger leurs droits." [...] "