Libre opinion - Une extrapolation maladroite

Je souhaite répliquer au texte de Sandra Le Courtois, «Le sort des parents-étudiants», paru dans Le Devoir du 26 mai 2010. Il m'apparaît que Mme Le Courtois, qui signe ce texte au nom de certains comités de parents-étudiants, voit dans un message publicitaire de 15 secondes des éléments qui ne s'y trouvent pas, en plus d'y projeter tous ceux qu'elle voudrait y voir. Ce qui donne un peu l'impression que la publicité dont elle parle constitue un véhicule très utile pour faire valoir des revendications qu'il serait par ailleurs légitime d'exprimer dans un autre contexte, plus approprié.

Remettons les choses en perspective. Il n'est pas question ici d'une politique de la famille, d'une stratégie éducative ou d'une quelconque invitation à un débat de société, mais bien d'une publicité télévisée de 15 secondes visant exclusivement à inciter les adultes à profiter des services de formation continue qui leur sont offerts au cégep. Car les adultes sont encore trop peu nombreux à venir se former, se perfectionner ou se recycler au cégep, alors que 67 % des 271 000 nouveaux emplois qui seront créés d'ici 2018 — donc plus de deux emplois sur trois — nécessiteront une formation postsecondaire, d'après Emploi-Québec.

Conciliation famille-études

Que le concept de cette annonce n'embrasse pas toutes les causes, n'apporte pas de réponse à des situations problématiques ou n'améliore en rien «le sort des parents-étudiants», comme l'écrit Mme Le Courtois, est tout ce qu'il y a de plus normal, car ce n'est pas là son objet. L'histoire que «raconte» cette publicité peut plaire ou non, tout comme on peut s'y reconnaître ou pas. Ce qui est certain, cependant, c'est que tous les personnages ne peuvent pas jouer dans toutes les histoires tout le temps.

En matière de conciliation famille-études, puisque c'est sur cette question que Mme Courtois aurait préféré voir porter le message publicitaire, les cégeps offrent différentes solutions qui vont de l'implantation de garderies au soutien psychosocial, en passant par des mesures d'aide financière pour les familles monoparentales et d'autres mesures locales. La conciliation famille-études représente une réalité importante qu'ils considèrent avec le même sérieux qu'ils mettent à favoriser la réussite éducative de tous les étudiants tout en constituant pour eux un milieu de vie soutenant et stimulant.

Mais dans le cas qui nous occupe, c'est-à-dire la campagne publicitaire des services de la formation continue de tous les cégeps, le message s'adresse à moi si je suis un adulte, n'importe quel adulte, quelle que soit ma situation. Ce message, il m'apprend que je peux faire mon retour au cégep, parce que les services de la formation continue des 48 cégeps sont en mesure de m'offrir ce dont j'ai besoin pour m'accomplir personnellement et professionnellement.

Chercher un autre sens à ce message publicitaire serait, dans le meilleur des cas, une extrapolation maladroite, et dans le pire, une interprétation tendancieuse.

***

Brigitte Bourdages - Présidente de la Commission des affaires de la formation continue de la Fédération des cégeps et directrice de la formation continue et des services aux entreprises du Cégep Marie-Victorin
2 commentaires
  • Mpee - Inscrit 31 mai 2010 21 h 50

    Nouvelle génération - Nouveaux enjeux

    Je comprends que la campagne publicitaire de la Fédération vise une clientèle cible particulière potentielle d'adultes retournant aux études suite à une réorientation de carrière ou à une ''carrière de maman''. Pourtant, cette dernière clientèle ne représente qu'un infime pourcentage des gens sur les bancs d'école ou qui envisagent de continuer leurs études. J'Aurais moi aussi préféré que la pub soit élargie à un plus vaste éventail de potentiels étudiants, soit les parents étudiants. Parents étudiants qui veut dire gens de tous âges entre jeune vingtaine et quarantaine, qui ont choisi ou non d'avoir des enfants et qui veulent être en mesure de cotinuer leurs études et de mener plusieurs projets de front TOUT en s'occupant de leur progéniture. En effet, comme nous le voyons souvent dans les médias, notre génération, appelée communément ‘’génération Y’’, semble adhérer à de nouvelles valeurs : l’éducation, le travail comme un accomplissement et non comme une fin, la priorisation de la famille avant tout. Avec toutes ces valeurs au premier plan, la conciliation travail/famille et études/famille devient une préoccupation de plus en plus importante à nos yeux. J'aimerais que la réalité décrite par Madame Bourdages soit vraie. Pourtant, ce n'est réellement pas le cas dans nos institutions scolaires actuellement. Oui, il y a souvent une garderie ou un CPE sur place, pourtant, ce sont des places à 7$ payables toute l'année durant (même l'été lorsqu'il n'y a PAS de cours et bien souvent le temps d'attente pour l'obtention d'une place est malheureusement le même qu'ailleurs, soit entre 2 et 3 ans. Si vous voulez faire garder vos enfants pour une technique ou un baccalauréat, vous aurez terminer vos études avant que votre enfant n'est eu la chance de découvrir les joies de la garderie. Et bien souvent, ces places ne sont pas prioritaires aux étudiants, ils doivent partager la liste d'attente avec les employés et professeurs de l'institution. Aucun espace n'est alloué à l'allaitement et à l'ère des espaces de stationnement réservés aux femmes enceintes et aux familles et aux tables à langer dans les centres d'achats, nulle installation du genre n'est présente dans nos institutions scolaires. Les étudiants doivent se rallier entre eux pour tenter de disposer de locaux adaptés pour les parents étudiants. Heureusement, les étudiants parents s'unissent de plus en plus dans nos institutions scolaires à l'heure actuelle pour ouvrir un débat sur la question, afin d'obtenir des services pour une meilleure conciliation études/famille et que pour soit reconnu le statut de parent étudiant.
    L'université Laval, l'UQAM, l'Université de Montréal, Concordia, MCGill, le cégep de St-Jérôme et le cégep du Vieux-Montréal compte actuellement des groupes d'étudiants parents mis sur pied bénévolement qui tentent difficilement d'émerger afin de venir en ide et d'offrir des ressources à ces étudiants à situation particulière, de plus en plus nombreux! Continuez vos belles démarches! :)

  • MamZell tourmente - Inscrit 4 juin 2010 15 h 13

    Réponse efficace, mais décevante

    Je comprends que la Fédération veuille s'en tenir à l'objectif visé par la campagne publicitaire. J'apprécie aussi le fait que Mme Bourdages défendent les mesures en place dans les cégeps pour faciliter la conciliation travail-famille-études.

    Cependant, les exemples concrets manquent pour étayer son énumération. Outre les garderies avec places réservées aux parents étudiants et aux services aux mères monoparentales, qu'en est-il de la politique familiale (inexistante) dans les CÉGEPS ? Bien sûr, elle ne pouvait en glisser mot.

    Pourquoi ne pas coucher sur papier dans le règlement des études des règles minimales en matière de conciliation qui constitueraient la première ébauche d'une politique familiale ?

    - Congé de maternité qui reporte le nombre de session maximale pour un DEC donné de 2 sessions;
    - Reprise d'examen ou report de la date de remise de travaux en cas de maladie des enfants (avec billet médical);
    - Bourses réservées aux parents étudiants pour la persévérance aux études;
    ETC.
    Je connais moins bien le dossier des CÉGEPS que celui des universités québécoises, mais des groupes de parents étudiants au collégial pourraient certainement en nommer d'autres !

    L'APÉTUL est toujours en attente de la réponse de la Fédération à sa lettre qu'elle lui a envoyée directement il y a plusieurs jours. On espère...

    Je vous invite à consulter le document pdf en ligne sur notre site, dans la section nouvelle, au sujet des parents étudiants, des problèmes, des solutions et des ressources en place actuellement : www.apetul.asso.ulaval.ca

    Un document de revendications existe également et il pourra être envoyé à toute instance intéressée à supporter la cause des femmes aux études et des parents aux études.