Libre opinion - Pour une cohabitation sur la route

Cette dernière fin de semaine, particulièrement tragique pour les cyclistes du Québec, a de quoi faire parler. Au lieu de chercher les coupables, il serait plus constructif de penser à des solutions afin d'améliorer la sécurité des usagers de la route. Cinq morts en quelques jours, c'est près du tiers des décès de cyclistes déplorés au Québec l'an dernier, selon les statistiques de la SAAQ.

Cette semaine, des cyclistes ont circulé au Québec à la mémoire de nos confrères victimes d'accidents de la route. Cette tragédie aura au moins permis de mettre le sujet sur la table: les réseaux de transport du Québec ne laissent pas de place au transport actif. En particulier, il y a une insuffisance de pistes cyclables de qualité et bien conçues sur le plan logistique.

On entend par «transport actif» les déplacements où l'énergie permettant le transport provient de la personne qui se déplace: vélo, marche, patins, planche à roulettes, etc. L'efficacité énergétique de ces transports est incroyablement supérieure à celle de l'automobile, en plus de permettre une utilisation plus efficiente de l'espace. Les transports actifs causent moins de circulation, requièrent peu d'espace sacrifié aux stationnements, sont moins dangereux, moins nocifs, moins bruyants, moins toxiques, et moins polluants que ces machines à pétrole pesant une tonne.

Cependant, force est de constater que les usagers du transport actifs sont autant victimes, sinon plus, des embouteillages, de la toxicité et du danger posés par l'hégémonie automobile. Voilà pourquoi nous demandons aux décideurs, mais également à chacun de nos concitoyens avec qui nous partageons l'espace public, d'accorder aux transports actifs la place à laquelle ils ont droit.

Malheureusement, les infrastructures présentes et la culture générale n'encouragent pas du tout ce virage nécessaire. Les cyclistes sont marginalisés comme étant des pauvres, des écolos ou des touristes qui ne devraient pas être dans la rue. Automobilistes et autorités publiques doivent reconnaître que le cyclisme est un moyen de transport légitime, efficient, et qui, à terme, devra remplacer l'automobile comme principal moyen de déplacement dans les centres-villes. Une approche intégrée et à long terme doit donc accorder plus de place au cyclisme utilitaire.

Par conséquent, nous proposons les idées suivantes qui, pensons-nous, sauraient améliorer l'efficacité et la sécurité des transports actifs sur nos voies publiques.

-Les pistes cyclables doivent être efficaces logistiquement. Nous avons besoins de circuits en ligne droite, entre tous les points stratégiques de la ville jusqu'aux banlieues, et entre les régions. Il est déplorable qu'à Québec, il n'y ait pas de voie cyclable en ligne droite reliant le centre-ville et l'Université Laval. On doit se contenter de lignes peintes qui sinuent dans les petites rues et font de grands détours.

-La plupart des artères de la ville n'ont pas de voie cyclable. À défaut d'avoir une voie séparant les transports actifs de l'automobile, la vitesse maximale sur ces voies devrait être de 30 km/h pour permettre la sécurité de tous.

-Les voies cyclables sur les artères urbaines rapides doivent avoir une largeur de 1,5 m et être délimitées par des poteaux.

-Dans les intersections à fort débit piétonnier, il devrait à long terme y avoir des trottoirs traversiers: les passages piétonniers ne descendent pas dans la rue, la rue monte au niveau du trottoir. Cela a comme conséquence de ralentir le débit automobile et cycliste à une vitesse plus raisonnable et favoriser la priorité aux piétons, et de décourager le transit automobile lourd là où il n'a pas sa place.

-Aux abords des chemins de campagne, des écriteaux rappellent aux conducteurs que les voies sont partagées. Cela semble insuffisant pour assurer un partage respectueux de la route. Il est donc important d'aménager des voies qui sont réservées, séparées physiquement, pour protéger le cycliste ou du moins faire respecter par la loi une distance minimum de 1,5 m entre les deux véhicules.

-Beaucoup de voies seront repavées cette année dans la ville de Québec. Il devrait être impératif d'incorporer systématiquement une voie cyclable aux rues qui sont refaites.

Nous pensons qu'il serait temps que le ministère des Transports et les conseils municipaux priorisent les modes de transport actifs et favorisent leur utilisation. Au-delà de la simple question d'équité d'accès aux différents usagers de la route, l'essor des transports actifs est conditionnel à la société durable. Tout cela est très réalisable, du moment qu'on y met un minimum de volonté.

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Geoffroy Ménard, Guy Wera, Caroline Bélanger, Québec
4 commentaires
  • Mme Gisèle Aubé Ecole Cure-Antoine-Labelle - Inscrite 21 mai 2010 08 h 34

    N'importe quoi!!!

    Les trois morts de la semaine dernière sur la 112 seraient arrivés de toutes façons, peu importe le nombre de pistes cyclables au Québec. Je vous rapelle que lorsqu'on roule sur une route, on prend des risques...

  • Claude Archambault - Inscrit 21 mai 2010 09 h 12

    Mais aussi il faut être réaliste

    Le vélo peu être un moyen de transport urbain, mais certainement pas interurbain, surtout pas avec l'étalement qu'un vaste territoire favorise.
    L'usage des vélos sur les routes ou la vitesse est supérieur à 70 km/hr devrait être interdite ou sévèrement restreinte.
    Dans la ville, les pistes cyclables sont de bonnes additions sécuritaires mais elles sont très chères à aménager et à maintenir.
    Comme plusieurs semblent soutenir que le vélo est maintenant l'égal de la voiture comme moyen de transport urbain, et cela est acceptable, il faudrait instaurer un contrôle tout comme la voiture. L'émission de permis cycliste, ou il y aurait un système de point similaire mais indépendant de celui du permis de conduire. L'immatriculation annuelle et obligatoire de tous les vélos. L'application rigoureuse du code de la route à tous les vélos.
    Les piétons, c'est vrai qu'ils on priorité mais aussi ils ont des obligations. On devrait installer, comme dans certaine ville d'Europe, des clôtures aux intersections importantes pour canaliser les piétons et aussi rendre leur circulation plus sécuritaire en limitant le flot.
    Oui il y a des choses à faire avec les autos, mais il y en a encore plus à faire avec la jungle des vélos et des piétons, car s'attaquer juste à l’auto en limitant la vitesse en rendant les déplacements plus difficiles ne fera qu'augmenter la frustration des automobilistes, sans penser à l’augmentation de la pollution, et ils seront encore plus impatients envers les vélos et piétons qui eux enfreignent toutes les règles impunément. Et ils auront raison!
    La voiture, le vélo et le piéton peuvent cohabiter, mais cela doit se faire dans le respect de tous et le respect des lois par TOUS pas seulement les voitures.
    Il faudrait aussi penser à obliger les cyclistes à avoir une forme d’assurance pour les dommages qu’ils peuvent causer au véhicule. Souvent c’est le cycliste qui frappe la voiture, surtout quand un véhicule tourne à droite à une intersection et que le vélo arrive par la droite pour faire son dépassement et continuer tout droit. Cela devrait être punissable par une très forte amende et en cas d’accident le cycliste doit être tenu responsable des dommages au véhicule.

  • MaximeAD - Inscrit 21 mai 2010 11 h 44

    Il ne faut pas exagérer non plus

    @ Mme Lorraine Loiselle: Je crois que c’est un peu simpliste de croire que les trois morts qui sont arrivés étaient « inévitables ». On a beau prendre des risques dès que nous sommes sur une route, mais cela ne veut pas dire que nous devons arrêter l’analyse à ce point et ne pas tenter de les diminuer! C’est d’ailleurs avec le point 5 de l’article de Geoffroy Ménard que, je crois, les trois morts auraient pu être évités (Mettre en place une solution pour que la distance minimum de 1,5 m entre le cycliste et l’automobiliste soit respectée sur les routes).
    @ Claude Archambault : Je suis fortement en désaccord pour l’interdiction de cyclistes sur les routes où la vitesse est supérieure à 70 km/h! Cela reviendrait justement à tout simplement interdire le vélo dans les zones interurbaines! Il est quand même possible d’avoir une solution sécuritaire pour les cyclistes qui font des trajets entre deux villes, comme un accotement pavé par exemple! Il serait trop radical d’interdire les cyclistes à ces endroits.
    L’émission de permis de cycliste n’est pas une mauvaise idée en soi puisqu’elle responsabilise son possesseur. Par contre, je ne crois pas qu’elle devrait s’appliquer à tous les cyclistes. On s’entend que le jeune enfant de 10 ans peut bien aller à son école de quartier en vélo sans devoir avoir un permis. Est-ce que nous devrions, de plus, obliger les touristes de passage à posséder un permis? Je crois qu’on devrait plutôt miser tout d’abord sur l’éducation des cyclistes et automobilistes avant d’obliger la possession d’un permis.

  • Denise Desjardins - Inscrite 24 mai 2010 15 h 45

    Un cycliste québécois

    Été 2007. J'essaie mon nouveau bicycle de route. Chemin Sainte-Foy. Un automobiliste me coupe en tournant à droite à une rue perpendiculaire. Je freine, mais sans ralentir assez. Je n'ai d'autre choix que de me précipiter sur le trottoir pour terminer ma course sur le gazon.

    Fin été 2007. 10h00 AM. Je me rends à l'université tranquillement. Coin route de l'Église et boulevard Liégeois. Un automobiliste ralentit à l'intersection, mais sans s'immobiliser à l'arrêt. Il devait rouler à environ 20 km/h suite à son ralentissement. Un "arrêt" conventionnel pour un automobiliste de banlieue. Vigilant, je freine net. M'apercevant à la dernière seconde, il fait de même et s'arrête dans le milieu de l'intersection. Je suis à un pied de sa portière, sa fenêtre est ouverte. Il me dit : "Excuse moi! Je ne t'avais pas vu."

    Fin automne 2008, traversant le chemin Quatre-Bourgeois à la hauteur du cégep Sainte-Foy vers 16h. Un conducteur m'interpelle : "Heille retourne che vous avec ton bicycle. C'est l'hiver icitte."

    Il paraît que "lorsqu'on roule sur une route, on prend des risques..." comme le dit Mme Lorraine. Si je comprends bien, les cyclistes doivent en être conscient et doivent agir en conséquence, c'est bien ça?

    Je gardais la perle de M. Archambault pour la fin. Je ne ressens même pas le besoin de la commenter, mais simplement de la retranscrire. "Il faudrait aussi penser à obliger les cyclistes à avoir une forme d’assurance pour les dommages qu’ils peuvent causer au véhicule."

    Je vais penser à vous la prochaine fois que je subirai un "léger" accident routier au volant de mon bicycle. Ce sera probablement bientôt. Ce sera probablement anodin pour les spectateurs, voire cocasse. Seul et en état de choc, je vais rationaliser mon désarroi en me disant que le conducteur était probablement ignorant et non pas mal intentionné.