Libre opinion - Chasse à la spiritualité

Sans doute, au beau milieu de cette remise en cause du débat sur la liberté de choix en matière d'avortement, se profile une fois encore l'ombre de la place Saint-Pierre sur notre bonne ville de Québec, comme disait l'autre. À preuve, le malaise de l'Assemblée des évêques du Québec et celui des prêtres catholiques en pays réel, soit le Québec de la pastorale.

On dira par ailleurs sur tous les tons que cet archevêque de Québec, féru de sa mission de cardinal, primat tant à Québec qu'à Ottawa, est monté au front en Don Quichotte contre les moulins à vent lui tournant la tête. Et il y a en effet chez cet homme intelligent des idées de fou, telle l'idée d'éviter les 30 000 avortements annuels en fournissant aux personnes ou aux familles les instruments d'un accompagnement et d'un soutien (Le Soleil, 16 mai): 30 000 familles d'accueil annuellement? Et à quels coûts publics? Celui que Rome honore du titre de cardinal est trop intelligent pour ne pas se rendre compte qu'il prend ses auditoires catholiques, la presse et l'opinion publique pour des valises et nous tous, en tant que citoyens, pour des imbéciles.

Cependant, l'homme de pouvoir Marc Ouellet, et ceux qui depuis Rome l'ont détaché avec mission d'endiguer le développement, oui, le développement de la conscience des catholiques, négligent de lier ce développement à la valeur positive de ce que l'on a coutume de nommer l'individualisme caractéristique de la mentalité de notre époque.

Cette empreinte individualiste ne nous montre pas en effet que sa face consumériste: ambition de tous les instants, poursuite du confort, concurrence sans limites, rejet de l'État, subornation de l'esprit d'équipe, recherche de statut, égoïsme à tous crins. L'autre face existe, que rappelait l'ex-ministre Camil Bouchard, chercheur de son état (Le Devoir, 17 mai), à propos par exemple de l'intégration à l'école. Par-delà ces comportements d'émancipation plus ou moins heureux se fait jour, dira-t-on, un changement global et total de cap. La forme de société québécoise héritée de la Révolution tranquille adopte aujourd'hui en priorité une nouvelle orientation de vie et de la vie à l'échelle du monde: la réalisation de soi.

La liberté de choix ne représente qu'un exemple — et un bon — de cette nouvelle spiritualité de la réalisation de soi. Dans ce contexte, il est quasi inévitable que l'archevêque de Québec, endossant son rôle de primat de l'Église canadienne, surgisse avec des idées de fou (tels le créationnisme de l'ovule, le crime de la femme violée) qui insultent sa propre intelligence et celle de ceux qui l'entendent.

Mais surtout, l'image de cet homme de pouvoir en pleine action exprime à l'évidence la stérilité spirituelle d'une institution officielle de moins en moins pertinente à l'endroit de notre façon de comprendre le message de l'Évangile. Un envoyé du Vatican ici ne trouve rien de mieux à faire que de se mettre en chasse contre toute forme de spiritualité réelle à portée de main. Disgrâce.

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Richard Fournier - Sociologue et écrivain
6 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 20 mai 2010 05 h 07

    Faire le bonheur des autres...

    Est-ce que la formidable et simple thèse de Monsieur Fournier, "La forme de société québécoise héritée de la Révolution tranquille adopte aujourd'hui en priorité une nouvelle orientation de vie et de la vie à l'échelle du monde: la réalisation de soi." ne pourrait pas s'appliquer à tout le discours nationaliste qui sous entend que l'État, si on lui confie nos rêves et nos ambitions, fera le bonheur de tous... un de ces jours...

  • Michel Fafard - Abonné 20 mai 2010 11 h 43

    Intelligent?

    M. Fournier, vous dîtes que Marc Ouellet avec ses propos vont contre sa propre intelligence. Depuis quand le pape nomme-t-il des gens intelligents comme cardinal. Tout bon catholique sait que ce qui prime c'est l'obéissance et non l'intelligence dans l'Église. Et Marc Ouellet à probablement été un des plus obéissant parmi le clergé québécois et canadien, peut-être plus que Jean-Claude Turcotte. Ceux qui ont eu des idées ou ont été du côté du peuple se sont fait rabrouer. Pensez à Joseph Charbonneau ou Oscar Romero.

  • Bodhisattva - Inscrit 20 mai 2010 16 h 17

    La désobéissance religieuse

    On connait bien la désobéissance civile, qui consiste à agir consciemment et volontairement de façcon contraire à la loi, pour des motis de conscience que l'on estime supérieurs à la loi.
    Pendant la guerre du Viet-Nam le Canada a acceuilli ou toléré de jeunes américains qui jugeant cette guerre immorale, refusaient de se joindre à l'armée.
    Dans les procès des officiers nazis, ce qu'on leur reprochait, en un mot, était de n'avoir pas désobéi aux ordres du Fuhrer ou des officiers supérieurs.
    Mutatis mudandis, on peut se demander si les catholiques n'ont pas un devoir de désobéissance quand des autorité ecclésiastiques condamnent de façon si peu nuancée le condom ou l'avortement (et, on le sait, le sexe hors-mariage, la masturbation et l'homosexualité).
    La mission primordiale des églises dans notre société est d'inviter chacun à vivre selon sa consience, tant en politique qu'en affaires ou dans sa vie sexuelle.
    Les interventions à répétition sur le condom et l'avortement donnent à penser que les autorités ecclésiastiques sont plus intéressées à la sexologie qu'à la théolgie et à la vie spirituelle des fidèles: être catholique, ce serait d'abord et avant tout être homophobe, pro-vie , contre le divorce et la sexualité des adolescents. Toutes ces questions sont complexes et matières à discussion entre humains de bonne foi, et le message évangélique ne consiste pas d'abord à prendre position sur ces sujets. Il consite pluttôt à aider les humains à vivre, à ne pas désespérer, à s'uuvrir aux autres.

  • Gilles Arpin - Inscrit 20 mai 2010 17 h 55

    Nous ne sommes plus des valises

    « …Celui que Rome honore du titre de cardinal est trop intelligent pour ne pas se rendre compte qu'il prend ses auditoires catholiques, la presse et l'opinion publique pour des valises et nous tous, en tant que citoyens, pour des imbéciles…. »

    « … Mais surtout, l'image de cet homme de pouvoir en pleine action exprime à l'évidence la stérilité spirituelle d'une institution officielle de moins en moins pertinente à l'endroit de notre façon de comprendre le message de l'Évangile… »

    La stérilité spirituelle démontrée par le cardinal se retrouve dans TOUTES les religions qui imposent à leurs fidèles (les imbéciles) des gestes insidieux: guerres, jihads, croisades, inquisitions, censures, mariages forcés de filles à très bas âges, mutilations génitales, pédophilie, homophobie, et RÉJECTION des sciences.

    Comme disait l’autre, si tous les humains ont été créés à l’image de Dieu, qu’est-ce que Jésus à de si spécial?

  • Gustavo Ferreira - Inscrit 21 mai 2010 18 h 27

    L'uninamité est stupide!

    L'unanimité est stupide ! Dit le grand dramaturge brésilien Nelson Rodrigues.
    Je viens d'arriver du Brésil, ou je suis né et j’ai vécu par toute ma vie, ma langue maternelle est le portugais. Pardonnez-moi des erreurs de grammaire.
    Mesdames et Messieurs, je ne veux pas entrer dans le débat religieux, je sais qu'il ne mène nulle part. La discussion sur le moment où commence la vie humaine (la fécondation) est facile à prouver, et difficile à convaincre. On a la tendance à ne pas accepter simple syllogisme parfait si leurs convictions personnelles sont touchées.
    Ainsi, je pose la question suivante, qui a été soulevée par Aristote depuis longtemps : Le bonheur de tous au sens d'une somme des bonheurs particuliers ? Aristote répond dans l’Éthique à Nicomaque : Non ! Le bien commun est ce qui est mieux pour la société en général.
    Je suis venu a ce pays parce que le gouvernement du Québec est allé à ma Université pour inviter professionnels qualifiés parce que ici, surtout dans cette province, le taux de natalité sont faibles et bloquent croissance économique. Je pense donc qu’il est douteux penser que le cout éventuel du traitement pour les femmes qui ne veulent pas un avortement sera grand. Le gouvernement dépense beaucoup plus pour aller à mon pays, m’inviter, et pour aider m’adaptation. Sans parler qui le risque d’une adaptation faible est géant.
    En outre, je pense, humblement, que la personne devrait être responsable des actes qu'il pratique. Dans notre société, connaissant les différentes méthodes existent pour prévenir la grossesse, les grossesses non désirées sont une inconséquence puérile.
    Aussi, je connais beaucoup de femmes qui ont avorté, et je sais que la marque sur le psychisme d'un avortement est éternelle.

    Enfin, permettez-moi de citer un auteur francophone ; "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire." Voltaire
    Pensez !