Libre opinion - Le Québec, uni par quoi?

Le Québec, uni par la religion? Non, je ne crois pas. Fondamentalement, parce que la pratique de la religion ou de toute forme de spiritualité est une démarche individuelle, personnelle. Et aussi parce que la religion a un énorme pouvoir de désunion lorsqu'elle devient la proie du dogmatisme et du fanatisme.

Uni par la culture? Assurément. Mais la culture est une notion englobante tellement vaste, difficile à cerner et à définir d'une manière unanime. On peut ratisser très large en matière de culture. Selon l'UNESCO, la culture peut aujourd'hui être considérée, dans son sens le plus large, comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.

Et selon le sociologue québécois Guy Rocher, la culture est un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d'agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d'une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte. La culture unit donc, certes, mais dans une optique très large, trop large selon moi pour pouvoir pour être considérée comme le facteur unificateur déterminant et incontestable.

Uni par les valeurs? Sans aucun doute, mais par des valeurs communes à bien des gens, d'ici et d'ailleurs, des valeurs que l'on qualifie souvent d'universelles et que toute société évoluée souhaite véhiculer dans toutes ses sphères d'activité. La famille, la tradition, l'égalité, la fraternité, la liberté, la fidélité, le respect, la justice, l'entraide, le partage, l'intégrité, la loyauté, le courage, l'honnêteté, l'équité, la responsabilité, par exemple, sont des valeurs planétaires qui soudent le genre humain dans son ensemble. Il existe aussi une multitude de valeurs institutionnelles et organisationnelles. Bref, tout comme les définitions de culture, les valeurs se déclinent à la centaine.

Uni par la langue? Au-delà de tout! La langue est au coeur de notre quotidien, du soir au matin, au coeur de nos échanges, de nos pensées, de nos rêves, de nos réflexions, de nos discussions, au travail, à la maison, au troquet, en amour, partout. Elle nous accompagne constamment. Elle ne nous quitte jamais. Elle nous permet de nous exprimer et de communiquer par écrit et verbalement, d'interagir et de nous affirmer.

Au Québec, le français est l'outil unificateur qui nous permettra de redresser l'échine et d'orienter ensemble notre destinée. Sans le français, nous nous diluerons et serons absorbés par l'anglais. On ne peut d'ailleurs nier que l'intrus est d'ailleurs bien présent. Il faudra que la loi 101 morde beaucoup plus fort. Le but n'est pas d'empêcher les anglophones, les Italiens, les Chinois, les Portugais, les Arabes, etc., de parler leur langue maternelle entre eux, à la maison aussi bien que dans la rue. Il faut plutôt faire en sorte que tous les citoyens québécois, peu importe leur nationalité d'origine, puissent travailler, fonctionner, demander des soins de santé et lire la réglementation municipale en français. On parlera alors d'une véritable intégration.

Affirmer notre identité française

C'est à partir de ce constat d'intégration linguistique que le véritable échange interculturel peut se faire. Autrement, c'est de l'envahissement et du piétinement. Si nous abandonnons notre langue au profit de l'anglais, nous sommes cuits. Il faut affirmer notre identité française, sans quoi le Québec risque de se transformer en «Kwebek» (dixit Josée Legault, dans Voir Outaouais, 29 avril 2010). L'Italie ne serait pas l'Italie sans l'italien, l'Allemagne pas l'Allemagne sans l'allemand, le Japon pas le Japon sans le japonais et... le Canada pas le Canada sans l'anglais. Et le Québec alors...

C'est simple, pour être véritablement Québécois, il est impératif de parler français. Et le Québec ne pourra survivre sans le français. Il faut donc que chaque Québécois sans exception puisse s'exprimer en français. Il faut prendre tous les moyens démocratiques en place pour maintenir, renforcer et affirmer incontestablement et juridiquement le caractère français du Québec.

J'ai récemment passé deux semaines à Cuba, et j'étais fier d'avoir appris suffisamment d'espagnol pour pouvoir me débrouiller dans l'idiome local de ce merveilleux pays. Dans une telle optique, j'ai du mal à comprendre que des unilingues anglophones et des allophones anglophiles choisissent de s'établir à demeure au Québec (et non uniquement pour deux semaines) sans accorder la moindre importance à la langue d'usage et d'accueil! Qualifier cette attitude d'inconcevable est un euphémisme.

Je vis à Gatineau, qui est un puissant pôle d'attraction pour les anglophones de la grande région d'Ottawa. L'anglicisation de cette ville frontalière s'intensifie dangereusement. Le phénomène est d'ailleurs probablement plus prononcé encore qu'à Montréal. Tout simplement à cause de la proximité de l'Ontario. Et le phénomène n'est même plus insidieux, les nouveaux arrivants entrant au Québec à pleine porte pour s'y établir au rabais, les maisons étant beaucoup moins chères que du côté ontarien.

Les politiciens en place à Gatineau et à Québec sont soit aveugles, soit inconscients, soit complices. Faites vos jeux. Mais pensez-y bien. L'enjeu du français, de la survie de notre langue est majeur, déterminant, vital. Pensons-y bien.

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Jean Beaudin - Gatineau
9 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 17 mai 2010 08 h 32

    Les 2 cultures du Québec selon Guy Rocher

    Voir: En ce début de 21e siècle, quel regard portez-vous sur la culture québécoise?

    Guy Rocher: "La culture québécoise se caractérise par une certaine manière de vivre ensemble, un certain mode de rapports aux autres qui découle des rapports à soi. C'est cette manière d'être ensemble, de vivre ensemble, qui fait qu'il y a "une" culture québécoise, un fond commun, par-delà la diversité par ailleurs réelle des cultures particulières. À cet égard, aujourd'hui, il y a assurément deux grandes cultures québécoises: celle de la communauté montréalaise, qui s'étend au nord et au sud de l'île, et celle du reste du Québec. Le pluralisme religieux, linguistique et ethnique de la région montréalaise fait que la culture québécoise y est engagée dans une évolution que ne connaissent pas de la même manière les autres régions du Québec.

    Aujourd'hui, le principal défi de la culture québécoise, c'est de continuer à développer une identité québécoise tout en intégrant la diversité culturelle qui enrichit notre société. Beaucoup de jeunes comprennent que le Québec a besoin d'une culture commune car on ne peut pas bâtir un pays sans une culture commune."

  • Suzanne Marceau - Inscrit 17 mai 2010 08 h 39

    Et notre fierté

    Au-delà de la culture, de la langue, de nos origines, de tout ce à quoi on peut penser afin de nous décrire, il y a la fierté.
    La fierté guide nos actions, nos choix, nos orientations.
    Apprendre à s'apprécier, pour mieux s'estimer.
    Au Québec, actuellement, c'est celui qui cracherait le plus sur l'autre afin de se faire du capital de sympathie. Miser sur les faiblesses plutôt que les réussites. Quelle lâcheté!
    Contruisons le Québec avec les forces que nous avons. Nous sommes des gens chaleureux, accueillants, amoureux de la nature.
    Aimons nos enfants qui sont le bien le plus précieux et engageons-nous, ensemble, à mieux les instruire et les éduquer.

  • Simon Beaudoin - Inscrit 17 mai 2010 13 h 13

    Presque d'accord

    Je suis d'accord sur presque tout ce qui est mentionné dans cet article, sauf sur la partie "renforcer la loi 101". Je l'avoue, j'ai un malaise avec cette loi parce que je crois en un certain libre-choix de la langue. Disparaîtrions-nous si nous irions dans le sens inverse de celui qui est prôné par l’auteur de cet article? J’espère fortement que non, mais je constate que la loi 101 est contraire aux valeurs qui sont les miennes et que j’aimerais bien pouvoir universaliser, autrement je ne vois pas pourquoi nous, Québécois, donnerions un traitement de faveur à notre langue.

    Il n’y a selon moi qu’un seul argument qui tienne encore la route, pour défendre cette loi qui brime la liberté de choix des parents pour leurs enfants et c’est celui d’une langue de cohérence, d’un véhicule d’expression commune. Je crois cependant qu’il serait possible de faire en sorte que le français soit enseigné en tant que première langue dans toutes les écoles du Québec, avec comme seconde langue l’anglais et pourquoi pas comme troisième langue celle de la communauté la plus nombreuse dans les environs de l’école? (par exemple l’italien, le grec, le russe, etc.) Ou alors, dans une perspective encore plus ouverte, nous pourrions augmenter le budget des cours de francisation et y intégrer, si ce n’est pas déjà le cas, tout financement étatique à une école, privée ou publique.

    Étant moi-même plutôt médiocre en anglais, il me semble un peu étrange de proposer que l’on apprenne trois langues, mais c’est la seule façon à mon avis de maintenir les langues des immigrants tout en permettant à tous les Québécois d’apprendre le français et de communiquer en cette langue. Mais j’insiste, je ne vois pas l’apprentissage du français comme une façon de préserver l’identité québécoise, dans une réaction nationaliste à un danger d’assimilation, mais bien comme une façon de préserver le tissu social québécois, de donner à la société une langue de référence, qui doit être celle de la majorité dans le territoire que l’État québécois possède.

    Et bien sûr, la fierté reste une chose essentielle pour que les gens soient attirés vers le français. Mais nous pouvons être fiers d'être Québécois en invitant les gens à nous rejoindre. Les obliger à adopter notre langue et notre culture me semble déjà un aveu de faiblesse, une peur dont nous ne nous sommes pas départis. Quand nous allons dans un autre pays, nous apprenons la langue de l’endroit, certes, mais parce que nous sentons qu’elle nous sera utile et parce que nous voulons nous intégrer, pas parce qu’on y est obligé par une loi. Dans le cas des enfants, puisqu’il n’y a la plupart du temps que des écoles de la langue de la majorité, c’est différent, mais je parle ici des adultes.

    Simon Beaudoin

  • François Beaulé - Inscrit 17 mai 2010 14 h 58

    Non, la langue ne suffit pas

    La langue commune est un instrument important pour la recherche de l'unité d'un peuple mais cela ne suffit pas. Des gens parlant la même langue peuvent avoir des valeurs fort différentes.

    Il faudrait donc définir des valeurs communes puis cultiver et partager ces valeurs. Il n'est pas établi que les Québécois forment un peuple uni aujourd'hui. Il faut aussi songer aux Québécois qui parlent l'anglais. Selon Jean Beaudin, ceux-ci ne sont pas unis au Québec. Ils ne sont que des Canadiens non-Québécois?

    Des gens de diverses origines ou habitant différents pays ont des valeurs semblables aux miennes. Quand je les rencontre ou les entend, je me sens uni à eux. Le nationalisme ne répond pas à mon besoin d'unité sociale.

  • Roger Sylvain - Inscrit 17 mai 2010 16 h 37

    Le français qui divise

    J'aurais aimé qu'au Québec on ait une langue commune sans qu'elle soit enfoncé dans la gorge de tous et chacun surtout de façon mesquine comme elle l'est présentement.
    Quand on empêche quelqu'un d'étudier dans sa langue maternelle ou lorsqu'on mesure au centimètre près la grosseur des lettres sur une affiche et qu'on la dénonce aux autorités de façon anonyme,on est mesquin
    Comment pouvons-nous unir un peuple si la minorité qui la compose doit s'effacer et devenir invisible. Où est le respect?
    L'épanouissement de tous les citoyens, peu importe la langue, serait un gage beaucoup plus unificateur. Un plus grand respect des droits individuels créerait un cohésion salvatrice pour le Québec.
    Il n'est pas trop tard pour assouplir la Loi 101 est la rendre plus conforme à la charte des droits de la personne afin de respecter TOUS les Québécois.

    Vivre et laissez vivre!

    Roger Sylvain