Libre opinion - Franciser les nouveaux arrivants est un investissement

Lors du dépôt du dernier budget, le gouvernement Charest a supprimé 31 cours d'apprentissage du français permettant à de nouveaux immigrants de perfectionner leur maîtrise de la langue.

Ce coup de ciseaux est presque passé inaperçu. Présumant peut-être que les nouveaux citoyens n'allaient pas protester, on a fait disparaître aussi le Conseil des relations interculturelles, et notre organisme a aussi vu sa maigre subvention réduite radicalement de 100 % (17 000 $).

Aujourd'hui, on découvre des compressions supplémentaires (600 000 $) dans le Fonds de développement du marché du travail. Les timides réactions à ces nouvelles positions gouvernementales ne permettent pas de faire voir la vraie nature du problème: de brefs commentaires dans les médias, quelques centaines de personnes à une marche de protestation, une modeste pétition circule sur Internet, sans plus.

Comment se dessine le fond de scène? Le gouvernement du Québec sait très bien que l'intégration au marché du travail s'avère passablement plus difficile pour les travailleurs immigrants que pour la population en général, ce qu'admet d'emblée un rapport publié par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles paru en novembre 2009 (Les Immigrants et le marché du travail en 2008). En 2008, le taux de chômage était de 17,4 % chez les immigrants qui comptaient moins de cinq ans de résidence, et je cite pour ajouter au sens de ces données: «C'est au Québec que les écarts entre les immigrants et la population totale et la population native sont les plus élevés. [...] La connaissance du français, la reconnaissance des acquis et la discrimination pourraient constituer des éléments d'explication supplémentaires, puisque les démarches nécessaires à l'apprentissage du français et à la reconnaissance des acquis, notamment, tendent à retarder l'entrée sur le marché du travail ou la capacité à trouver un emploi.» (p. 4-5). Tout cela alors que plusieurs institutions et entreprises privées cherchent du personnel qualifié.

Comment se dessine le fond de scène? Le gouvernement du Québec sait très bien que l'intégration au marché du travail s'avère passablement plus difficile pour les travailleurs immigrants que pour la population en général, ce qu'admet d'emblée un rapport publié par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles paru en novembre 2009 (Les Immigrants et le marché du travail en 2008). En 2008, le taux de chômage était de 17,4 % chez les immigrants qui comptaient moins de cinq ans de résidence, et je cite pour ajouter au sens de ces données: «C'est au Québec que les écarts entre les immigrants et la population totale et la population native sont les plus élevés. [...] La connaissance du français, la reconnaissance des acquis et la discrimination pourraient constituer des éléments d'explication supplémentaires, puisque les démarches nécessaires à l'apprentissage du français et à la reconnaissance des acquis, notamment, tendent à retarder l'entrée sur le marché du travail ou la capacité à trouver un emploi.» (p. 4-5). Tout cela alors que plusieurs institutions et entreprises privées cherchent du personnel qualifié.

Pour le gouvernement du Québec, «franciser les immigrants» rapidement devrait être davantage un investissement stratégique important qu'une dépense; la formation des immigrants n'ayant rien coûté à l'État, ce dernier doit les outiller à participer à la vie sociale, économique et culturelle rapidement, car ces gens deviendront des contributeurs au développement socio-économique par leur expertise, leur capacité de consommation, d'investissement et le paiement des impôts et des taxes.

Sur le plan de la dynamique de la vie en société, et dans une vision plus globale, qu'impliquent ces compressions? En premier lieu, il s'agit d'une forme de discrimination systémique dans le sens défini par la Cour suprême du Canada comme «une situation d'inégalité cumulative et dynamique résultant de l'interaction, sur le marché du travail, de pratiques, de décisions ou de comportements, individuels ou institutionnels, ayant des effets préjudiciables, voulus ou non, sur les membres de groupes visés par l'article 15 de la Charte» (jugement ATF c C.N.).

Les compressions dans ce programme de francisation représentent une forme subtile, sournoise, mais non moins tenace et réelle de discrimination. En termes simples, ce geste du gouvernement empêche les nouveaux arrivants d'accéder rapidement à un emploi et se trouve ainsi à brimer leur droit à l'égalité des chances. En somme, il s'agit d'une différence de traitement par rapport à d'autres groupes de la société, ce qui correspond justement au sens de ce que signifie la discrimination. [...]

En supprimant les cours de perfectionnement du français aux immigrants, on fait reposer l'entière responsabilité sur leurs épaules. D'ailleurs, la ministre de l'Immigration, madame Yolande James, riposte en ce sens en déclarant que les immigrants peuvent avoir accès au français en suivant des programmes sur internet... Étonnant! Une telle façon de faire reste insuffisante, d'autant plus qu'aucun employeur n'est tenu de soutenir un travailleur dans l'amélioration de son français. Le gouvernement devrait réviser sa position et rétablir l'accès à ses cours.

***

André Jacob - Coordonnateur de l'Observatoire international sur le racisme et les discriminations de l'UQAM
11 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 27 avril 2010 04 h 16

    Mais

    Pour M. Charest, ce n'est pas comme ça qu'on garde son électorat traditionnel, soit le West Island.

  • Michele - Inscrite 27 avril 2010 09 h 43

    Les programmes actuels inéfficaces

    Selon toute vraisemblance, à la lecture de ces statistiques les programmes actuels ont démontré qu'ils étaient inéfficaces.

    Le gouvernement fait plus que sa part afin de franciser les immigrants. I me semble que les employeurs devraient prendre la relève. La francisation ne peut se faire en totalité dans une classe, il faut aussi qu'elle se poursuive en milieu de travail.

  • Jean de Cuir - Abonné 27 avril 2010 10 h 27

    Oui ou non?

    Est-ce que le Québec souhaite une immigration? Oui. Est-ce que le Québec souhaite que ceux et celles qui viennent s’établir au Québec deviennent québécois? Oui ou non? Car il s’agit d’une immigration à une culture au sens le plus large et le plus total. Les personnes qui quittent leur pays pour un autre pays quittent leur culture et ce qui constitue leur identité : du territoire aux moeurs, des manières à tout ce qui est familier, du voisinage aux récits d’identité. Le Québec en acceptant des migrants reçoit de futurs Québécois-ses. Discrimination systémique ou au quotidien indique un vice dans le raisonnement conscient ou non. Ce vice est indicateur d’une méconnaissance fondamentale. Un exemple : juger que la peau X est signe d’une faiblesse quelconque ou d’un travers systématique (il est jaune, donc, il est toujours malpropre; il est blanc, donc il est toujours arrogant; il est brun, donc il n’est pas intelligent; etc.) Ce type de raisonnement renvoie soit à des réflexes primaires irréfléchis et/ou à une ignorance crasse. Quant à ladite discrimination systémique, les failles peuvent indiquer un manque au niveau des pondérations dans les politiques et les stratégies de mise en oeuvre. Ici, il s’agit, il semble, de pondérer des valeurs : le bien-être économique immédiat (ça coûte trop cher ou on doit couper quelque part, etc.) versus le bien-être culturel, faciliter l’identification à la culture québécoise, donc à la langue, donc à l’identité.
    Une fois l’identité québécoise facilitée et acquise, le Québec s’enrichit par l’apport de tous ceux et celles qui migrent : meilleur marché de travail, meilleure dynamique socioculturelle, moins de discrimination, car c’est l’identité québécoise qui prévaut. (Il y a sous-jacent une foule de raisonnement, j’en suis bien conscient!)
    Note : une politique généreuse d`aide me semble essentielle; on compte aussi sur le désir réel dìntégration. Ce qui commande deux stratégies différentes : l`une au niveau du gouvernement, l`autre au niveau des individus --les encourager à parfaire la formation initiale -- qui doit être poussée -- quitte à fournir tous les renseignements afférents.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 avril 2010 14 h 11

    taux de chômage était de 17,4 % chez les immigrants

    La preuve étincelante que le Québec reçoit au moins 17% de trop d'immigrants par année. On en reçoit 50,000 par année, on devrait en accueillir 40,000 gros max.
    L'ADQ avait proposé de geler les taux à 45,000 par année. Dumont a failli se faire lyncher. Pierre Arcand l'avait comparé à Le Pen. 45,000 immigrants par année!

  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 27 avril 2010 14 h 16

    @ Jean de cuir

    Est-ce que le Québec souhaite une immigration?
    RÉPONSE: Oui.
    Est-ce que le Québec souhaite que ceux et celles qui viennent s’établir au Québec deviennent québécois?
    RÉPONSE: NON Il faut qu'ils deviennent de bon citoyen canadien.
    Les nouveaux arrivant qui choisissent le Canada, et qui s'établissent dans la province de Québec ont comme seule et unique obligation d'apprendre le français et être capable de fonctionner en français, ils n'ont pas à devenir francophone, il n'ont pas à renier leurs origines ni leur culture. Leur demander cela serait un crime. Ils doivent simplement accepter qu'ils sont dans un autre univers. Le Canada n'a pas à tolérer des immigrant qui viendront saboter le pays. Si un immigrant devient un ennemi du pays il devra être démis de sa citoyenneté et expulsé sans aucun autre égard, lui et ses dépendants.