Libre opinion - Savoir faire son budget

J'ai appris mardi, de la bouche même du ministre des Finances, monsieur Raymond Bachand, que je devais payer pour travailler, et que si l'entreprise, moyenne ou grande, faisait des profits parce que j'y ai travaillé et participé à sa productivité, elle n'avait pas à contribuer à la même hauteur que le particulier quand vient le temps des impôts, du moins pas dans ce budget-ci.

Je savais que je payais déjà pour les subventions données aux compagnies à même les impôts des particuliers, mais là, c'est devenu encore plus clair. J'ai aussi appris que si je gagne le salaire minimum, je vais payer la même nouvelle taxe pour la santé que celui qui gagne 20, 30, 60, ou même 150 $ et plus l'heure; que je paierai aussi la même taxe de vente, la même augmentation d'Hydro.

Malgré tout, j'étais bien contente d'apprendre que je continuerai de payer le même prix pour le pain que le ministre Bachand ou mon voisin millionnaire, le même prix pour le beurre de «pinottes» ou les bananes, pour les pattes de porc et les patates. Heureusement, le gouvernement a calculé que pour payer ces nouvelles taxes, je ne serai pas obligée de baisser le chauffage cet hiver ou de prendre mon calcium un jour sur trois; que je pourrai continuer à aller travailler en autobus et à habiller les enfants à la rentrée scolaire. Heureusement, car je l'avoue, j'ai eu un petit peu peur.

Tout de même, il y a quelque chose qui me chicote. Je ne voudrais surtout pas offenser le gouvernement et le premier ministre, mais comme je suis habituée à calculer si je veux arriver, souvent plusieurs fois par semaine et par jour, j'ai vraiment l'impression qu'on ne calcule pas de la même façon. Cela m'inquiète, même si ça ne devrait peut-être pas.

Peut-être que le ministre des Finances sait que je vais avoir une augmentation de salaire bientôt? Peut-être qu'il sait que l'usine où mon voisin travaille va rouvrir? Peut-être qu'il sait que le prix de la nourriture va baisser? Peut-être aussi que les prix des loyers vont être gelés? Peut-être que Bell n'aura plus le droit de charger pour le service touch-tone quand il n'est à peu près pas possible d'avoir un service à cadran de nos jours; c'est quand même 2,80 $ par mois?

Peut-être aussi que le gouvernement va gagner à Loto-Québec? Peut-être que le coût des routes va baisser et leur qualité augmenter? Peut-être que le secteur francophone de la santé va adopter le modèle des hôpitaux anglais qui, curieusement, n'ont pas d'heures supplémentaires obligatoires pour les infirmières? Peut-être que désormais le gouvernement sauvera les banques en négociant en échange l'effacement de ses dettes? Peut-être?

Juste au cas où, je vais continuer à calculer, même si on me dit, des fois, que si je ne suis pas capable de mettre de l'argent de côté à la fin de la semaine, c'est que je ne sais pas faire un budget.... En terminant, une petite précision: si vous ne l'avez pas deviné, Monsieur le Ministre des Finances, je suis une citoyenne qui, croyez-le ou non, a très hâte aux élections!

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Jeanne-Mance Dubé - Eastman
6 commentaires
  • Jacques Richard - Inscrit 1 avril 2010 07 h 42

    et si on coupait les subventions aux tartistes

    Entre donner un coup de main aux jeunes familles ou aider les tartistes pékisses déjà lourdement subventionnés par le gouvernement ennemi du Canada, je souhaiterais qu'on aide les familles. Je veux bien comprendre que l'avenir de Loco Locass et autres artistes au talent douteux serait compromis, mais d'un autre côté, j'ai plus confiance aux jeunes ménages qu'à nos récolteux de subventions pour créer un avenir intéressant à la jeunesse. Adieu donc l'aide financière à Paul Piché et aux autres qui chantent l'indépendance avec l'argent des contribuables Canadiens de toutes les provinces. En passant, ils étient 27 à accompagner Jean Charerst à Copenhague lors du sommet sur l'environnement. Pas 2, ni 3 mais bien 26 personnes. Qu'est-ce que cela a apporté pour contrer les changements climatiques ? Réponse: quatre lettres de l'alphabet, R I E N. Sauf bien sûr de payer un beau voyage à des huluberlus qui pensent changer le monde à partir de leur petit ghetto Québécois. N'aurait-on pas besoin d'une mise sous tutelle fédérale pour les dix prochaines années ? Un peu comme la Grèce qui devra bientôt rendre des comptes à l'Union Européenne suite à sa mauvaise gestion. Je pense que le Canada en a marre de ce canard boiteux que nous sommes devenus............par notre faute.

  • Marc-Aurèle Vincent - Inscrit 1 avril 2010 11 h 36

    Bravo !

    Et félicitations.

  • Daniel Faucher - Inscrit 1 avril 2010 11 h 55

    Une petite flagellation collective avec ça?

    Franchement, monsieur Richard. À vous lire, il est difficile de savoir à quelle enseigne vous logez. À tirer sur tout ce qui bouge, on finit par n'atteindre aucune cible. Un peu plus et je que conclus que, comme c'est la semaine Sainte, c'est à une séance de flagellation collective que vous nous conviez. À la place, relisez donc tranquillement le texte de madame Dubé...

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 1 avril 2010 12 h 46

    Déplaire également est démocratique.

    Si le gouvernement a réussi à déplaire à tout le monde, c'est donc que le serrage de ceinture exigé sera équitable. Félicitations! Quant au réalisme des québécois devant les faits bruts: dette trop élevé, vieillissement de la population, productivité trop faible, innovation insuffisante, on repassera. Mais ils devront s'habituer malgré eux à vivre selon leurs moyens. Sinon, c'est Moody's qui décidera pour eux. N'était-ce pas la leçon principale de la crise économique dont nous sortons à peine, et que tout le monde s'accordait à reconnaître? Que de mauvaise foi!

  • Nathalie E. Pellerin - Inscrit 1 avril 2010 12 h 49

    Criant

    de vérité... Merci Madame. J'ai une amie des Philippines, elle a immigré ici il y a 6 ans à la suite du décès de son mari. Ses deux petits y sont resté. Elle a travaillé de longues heures en partie impayées par la riche famille de Hampstead qui l'employait. Pour arriver à faire suffisamment d'argent elle faisait 2-3 ménages le samedi et 2-3 le dimanche pendant 4 ans. Quatre années sans un jour de congé. Un jour, le la trouve plus cernée que d'habitude: cancer du sein. Chirurgie, radiation, médicaments, incapacité à travailler pendant 6 mois, aucune aide gouvernementale parcequ'elle n'est pas encore reçue citoyenne du Canada. Elle y passe presque mais elle est courageuse, elle pense à ses enfants. L'an dernier elle fait un emprunt de 4000$ pour aller chercher ses enfants là-bas. Elle est maintenant monoparentale et sans autre famille que ses amis, mais heureuse d'être en vie. La semaine dernière on lui annonce qu'elle ne répond pas aux médicaments suprésseurs d'estrogènes qui lui coûtaient 50$ par mois. On lui en prescrit un autre qui lui coûtera 150$ par mois (une fois la RAMQ ayant payé une petite portion du coût total). Cette semaine elle devra ajouter 200$ de franchise santé à cette somme... Si elle ne répond pas aux nouveaux médicament ce sera l'hystérectomie à 41 ans. La chanceuse! Ça lui reviendra moins cher que les pilules?
    Pendant ce temps les fraudeurs de la collectivité se cachent dans des paradis fiscaux et des alliances qui gonfent leur porte-feuilles.
    Criant!