Libre opinion - Pour l'amour de l'impôt !

On affirmera probablement que c'est la naïveté et l'utopisme qui parle ici, et peut-être aura-t-on raison. Mais devant le déferlement «lucide» des dernières semaines (années?), les nuages sombres qui s'accumulent dans le ciel politique québécois, qui est matraqué sans ménagement ni retenue par une vague d'individualisme, de sauve-qui-peut et de chacun-pour-soi consumériste, bien honnêtement, j'ai froid dans le dos.

Y-a-t-il encore des gens, au Québec, qui croient en la solidarité dans notre société? À quel moment avons-nous cessé de croire au modèle solidaire dont nous nous sommes dotés? Avons-nous oublié pourquoi nous payons, comme on se plaît à nous le rappeler, des impôts sur le revenu supplémentaire à bon nombre d'autres endroits en Amérique du Nord?

Nous le faisons parce que l'impôt progressif sur le revenu est le fondement d'une solidarité sociale et notre plus puissant et équitable outil de redistribution. Son fondement est le suivant: mettre en commun des ressources financières, en proportion des ressources de chacun, de façon à se pourvoir collectivement d'un État répondant à nos aspirations et de services publics.

Consommateurs dociles

J'en ai eu, des cours de finances publiques et d'économie. On nous parle des limites insurmontables de l'impôt sur le revenu. Mais savez-vous quel est le seul vrai obstacle à un impôt progressif sur le revenu équitable, efficace et pourvoyant largement à nos besoins financiers publics? C'est quand les gens arrêtent d'y croire. Quand les citoyennes et les citoyens de cette collectivité, et de n'importe quelle autre, se transforment ou sont transformés en consommatrices et consommateurs dociles, cherchant à couler les autres pour mieux sortir la tête de cette marée de compétition suffocante, centrés sur leur mieux-être individuel exclusif, le tout au nom tonitruant de la liberté, alors, eh bien, l'impôt sur le revenu devient une aberration. Il devient un paria dont le seul mot inspire le dédain, voire le dégoût et dont les tenants sont bons pour le pilori.

C'est exactement ce à quoi le discours ambiant nous invite. Je suis bien placé pour constater à quel point beaucoup de jeunes, et de moins jeunes aussi, détestent l'impôt sans même savoir pourquoi. Et ça fait peur. Ça fait peut parce que la société, n'en déplaise aux économistes de ce monde, ne saura jamais répondre aux besoins humains de ses membres si elle n'est organisée que sur le principe de l'individualisme consumériste.

Rétablissons l'impôt progressif sur le revenu. Arrêtons d'accepter de voir les composantes solidaires de notre société se faire rabaisser sans vergogne, jusqu'à faire passer l'impôt pour le pire ennemi de l'homme. Parlons-en, de la solidarité dans notre société et d'un contrat social porteur d'avenir et d'humanisme.

Aux plumes, micros, pancartes et langues, citoyennes et citoyens! Au risque de nous faire lapider, portons-nous à la défense d'un système fiscal progressiste qui, s'il connaît des ratés et est perfectible, n'est demeure pas moins une pierre angulaire de notre échafaudage collectif.

Peut-être que certaines et certains ont cessé de rêver à une collectivité humaine tissée serrée pour se rabattre sur de plus petits dénominateurs communs. Eh bien, ces gens-là, politiques, journalistes, acteurs publics, citoyennes et citoyens, je les invite à rêver à nouveau à une société meilleure orientée vers un bonheur commun et à cesser d'occulter, voir de dénigrer, les outils fiscaux les plus puissants pour y parvenir.

***

Benoît Bhérer-Simard - Étudiant en médecine à l'Université de Sherbrooke, campus de Saguenay, et futur fier payeur d'impôts

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4 commentaires
  • Simon Beaudoin - Inscrit 5 mars 2010 09 h 51

    On peut combiner la solidarité et le dynamisme

    Monsieur,

    Je comprends votre démarche, mais me dissocie de votre cri du cœur. Je serais tenté de dire que c’est parce que l’impôt sur le revenu, j’y crois, mais au sein d’une société responsable. Je ne veux pas dire par là que le Québec est fondamentalement irresponsable, mais plutôt que tout payer via l’impôt sur le revenu peut finir par nous faire oublier que l’argent que l’État nous donne généreusement vient en fait de nos poches ainsi que, selon plusieurs économistes décourager la création de richesse tout en favorisant une attitude du gouvernement selon laquelle l’argent des contribuables sert à financer n’importe quoi, sans savoir d’où il vient ni où il va.

    Je souscris à une vision des choses que je considère porteuse d’avenir, un certain concept d’utilisateur-payeur permettant de mieux apprécier ce que nous utilisons doublé d’une imposition sur le revenu permettant, quant à elle, d’aider efficacement les plus démunis et de couvrir les services que nous choisissons de nous donner collectivement.

    Selon moi, une vision davantage structurée de la société serait positive et nous conduirait à faire des choix plus raisonnables d’nu point de vue économique. Je crois donc que l’impôt sur le revenu est un outil très important de redistribution des richesses, mais qu’il serait préférable que certains revenus viennent des tarifs et soient réaffectés directement là où ils doivent l’être.

    L’impôt n’est pas mon ennemi, mais il ne peut pas tout régler. Encore moins quand nous avons déjà de hauts taux d’imposition.

    Simon Beaudoin,
    Étudiant en philosophie et politique à l’Université Laval

  • Khayman - Inscrit 5 mars 2010 11 h 35

    Impôt ou taxes ?

    Je suis heureux que nous sortions ici du discours nombrilisme actuellement omniprésent dans notre société.

    Le problème avec l'impôt est que 40 % de la population n'en paie pas. Ainsi, seulement une partie de la population sera sollicitée si on augmente les impôts, même de manière progressive.

    Je me demande pourquoi on envisage pas plutôt une augmentation « progressive » des taxes.

    Dans notre société, tout le monde doit consommer. Une augmentation des taxes à la consommation me semble donc faire participer tout le monde aux défis collectifs que nous devons relever. Les produits de base pourraient être moins taxés que les produits « de luxe ». Ceci pourrait faire baisser la consommation ? Oui, et puis ? De toute manière, une grande partie des cochonneries que l'on achète sont fabriquées ailleurs qu'ici et cet argent sort conséquemment du pays.

    Notre mode de consommation actuel entraîne, entre autres, une pression sur l'environnement (99 % des produits que nous achetons se retrouvent aux poubelles 6 mois après avoir été achetés) et sur les gens. On nous fait tourner toujours plus rapidement dans la roue économique avec le leitmotiv « Toujours plus ! ». J'espère sincèrement que l'on pourra remplacer celui-ci par « Toujours mieux ! ».

    Car on est pas (que) des hamsters...

  • Sator - Inscrit 5 mars 2010 13 h 12

    ce serait peut-être plus juste

    S'il y avait uimpôt minimal pour toutes les entreprises
    Abolition l impôt sur le revenu pour les particuliers, la remplacer par une augmentation de la tps et tvq sauf sur les biens de base et mise en place d’une taxe ascenseur sur les biens de luxe

  • Catherine Laroche - Inscrite 7 mars 2010 11 h 17

    Naïf ? Non. Idéaliste, oui.

    Cher Benoît,

    On se demande, seras-tu notre futur ministre de la santé ou des finances ?

    Pour l'instant, je limite mon souhait à un débat sur un balcon trop petit pour contenir tous nos points de vue...

    Lâche pas.

    La réaliste