Libre opinion - Depuis le Chili, merci à nos amis québécois

À la suite du tremblement de terre dévastateur qui a frappé le Chili dans la nuit de vendredi — le deuxième en importance dans notre histoire —, nous avons reçu beaucoup de messages de solidarité de nos amis québécois. Nous les remercions vivement. Et nous les remercions aussi pour les actions d'appui solidaire qu'ils commencent à entreprendre.

Les Chiliens en effet ont besoin de tout appui qui peut arriver des amis de partout dans le monde. Il est vrai que le Chili est un pays qui a une longue culture sismique (nous avons un triste record: 4 des 10 plus grands séismes de l'histoire se sont produits au Chili), et que l'infrastructure du pays est assez solide. C'est ce qui explique, en partie, que le nombre de victimes ait été relativement réduit: près de 1000 personnes décédées, comparativement aux plus de 200 000 victimes en Haïti. (Le chiffre final sera sans doute plus élevé vu le nombre encore indéterminé de personnes disparues).

Mais la dévastation est énorme: les dommages sont immenses dans des villes comme Concepción, Talcahuano ou Talca; des villes entières de la région côtière (Constitution, Cobquecura, Iloca, Dichato, Pelluhue, Coñaripe...) ont été balayées par le tsunami qui a suivi le séisme; le réseau d'autoroutes est détruit en plusieurs endroits; les aéroports sont sérieusement endommagés, ce qui rend le transport de l'aide aux sinistrés assez difficile.

La capitale, Santiago, a moins souffert, car l'épicentre du séisme est situé à environ 400 km au sud de celle-ci, entre Talca et Concepción, mais de nombreux bâtiments devront être démolis. La reconstruction du pays s'annonce difficile et onéreuse.

En ce moment, il y a des dizaines de milliers de Chiliens qui vivent dans la rue, dans les parcs, sur les collines, car leur maison n'existe plus. Ils manquent d'eau et de nourriture. La situation est désespérée et elle risque de s'aggraver, car souvent, les accès sont impraticables. Cette situation critique est à la source de toutes sortes de violences et de pillages. [...] Si l'infrastructure matérielle du pays a, dans l'ensemble, tenu le coup, l'infrastructure humaine et sociale semble commencer à se désintégrer sérieusement.


Motivations politiques

Les raisons de cette décomposition — passagère, espérons-le — du tissu social sont nombreuses. À la frustration légitime des populations qui s'estiment livrées à leur sort, n'ayant reçu pour l'instant aucune aide du gouvernement, s'ajoutent des phénomènes ponctuels, comme le fait que les murs des prisons de la région se soient effondrés et que de nombreux criminels aient pris le large, se dissimulant parmi les victimes du séisme.

À cela s'ajoutent des raisons plus «idéologiques»: la mairesse de la ville de Concepción, une des leaders du parti d'extrême droite UDI, n'arrête pas de critiquer vertement la présidente pour «son inaction», ce qui lui a valu un rappel à l'ordre de la part du ministre de l'Intérieur du futur gouvernement Piñera, qui lui a signifié publiquement que «cette heure tragique convoque à l'unité nationale» et que «ce n'est pas le moment de critiquer le gouvernement».

Ou encore les explosions de «régionalisme» des chaînes de radio basées à Concepción, qui accusent le «centralisme» du gouvernement («si l'épicentre avait été Santiago, l'aide aux sinistrés aurait été immédiate»).

Il est vrai que le gouvernement Bachelet s'est montré quelque peu lent à réagir. Mais il faut tenir compte du fait qu'«envoyer l'armée» et lui confier le contrôle d'une partie du territoire rappelle de tristes souvenirs aux Chiliens. Le gouvernement s'est montré même réticent, dans les premières heures, à accepter l'aide étrangère. Il faut éviter de donner l'impression que le pays est ouvert à n'importe quelle intervention étrangère. Comme le dit, non sans raison, la présidente Michelle Bachelet, c'est le Chili qui doit informer les pays amis du type d'aide dont il a besoin.

Les difficultés avec lesquelles notre pays est aux prises sont énormes. Les besoins matériels et humains sont considérables. Mais nous sommes en vie, et c'est l'essentiel. Pour le reste, nous sommes convaincus qu'avec l'effort de tous les Chiliens et avec l'appui solidaire de nos amis dans le monde entier nous allons reconstruire notre pays.

Début avril, nous rentrons dans notre pays d'adoption, le Québec, après avoir passé l'hiver canadien au Chili. Et nous pourrons alors vous donner l'accolade, en vous remerciant de tout votre appui.

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Gerardo Alvarez et Nancy Diaz - Chiliens et Québécois d'adoption

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