Libre opinion - Un remède pire que la maladie

Le Comité consultatif sur les finances publiques propose de réduire les dépenses de l'État encore plus que ce qu'envisage le gouvernement et de remettre en cause des choix de société en matière de financement. De telles propositions, loin d'assurer la pérennité des services publics et des programmes sociaux, sont irréalistes et provoqueraient un énorme gâchis dans les programmes publics. Pour renflouer les coffres de l'État, nous privilégions un supplément d'imposition pour les très hauts revenus ainsi que pour les sociétés financières, la taxation de biens de luxe et énergivores, l'imposition de redevances sur les ressources naturelles.

Le gouvernement envisage un partage des efforts deux tiers/un tiers entre les mesures de revenus et les mesures de dépenses dans son plan de retour à l'équilibre budgétaire. Le Comité en remet. Il recommande d'accentuer la part de l'effort exigé du côté des dépenses, faisant passer la proportion à 50/50. Cela ajouterait 4,7 milliards de compressions supplémentaires aux 9,4 milliards déjà envisagés. Aucune des grandes missions de l'État ne serait épargnée, particulièrement celles de la santé, des services sociaux et de l'éducation qui comptent pour 70 % des dépenses de programmes. C'est à la fois irréaliste et néfaste.

Pacte social ou marché de dupes?

Le «pacte social» proposé par le Comité — réduire les dépenses du gouvernement d'un dollar pour chaque dollar de tarification supplémentaire des services — est un marché de dupes. Les prestataires de services publics devraient en offrir moins pour un fardeau fiscal plus lourd!

Le Comité propose que la moitié des économies sur les dépenses le soit en gains de productivité (1 % par an). Assez vague quant aux mesures à mettre en place, il est par contre assez explicite sur ses préférences: introduire des mécanismes de concurrence et de marché dans la production des services publics. Nous nous inscrivons en faux contre une telle dérive.

Le Comité recommande notamment «l'exploitation des possibilités offertes par la concurrence dans le secteur de la santé, à l'image de ce qui se fait déjà dans le secteur de l'éducation». Il aurait mieux fait d'enquêter sur les causes du décrochage scolaire et des pénuries de personnel ainsi que sur celles du sous-financement qui affligent tant les réseaux de la santé et de l'éducation de même que celui de la fonction publique. Les économies envisagées par le Comité ne seront pas au rendez-vous. Les profits privés accrus eux le seront, comme cela s'observe pour une large part des contrats gouvernementaux.

Le secteur public n'est pas un «fournisseur de services» à des «consommateurs», mais le moyen que les citoyennes et citoyens se sont donné pour assurer le respect de leurs droits économiques et sociaux inscrits dans les chartes des droits de la personne.

Des solutions à revoir

On sait que plus de la moitié du déficit budgétaire actuel découle des réductions d'impôts aux particuliers (1,5 milliard) et aux entreprises (1 milliard). Le Comité préconise un recours accru à la tarification et à la taxation pour renflouer les coffres dégarnis du gouvernement: tarifs d'électricité, franchise pour les visites médicales, hausses des droits de scolarité, des tarifs de garderies, de la taxe sur les carburants, etc. Cela déplacerait le centre de gravité du régime fiscal de l'impôt vers les taxes, tout en accentuant le fardeau fiscal des personnes moins fortunées, sans qu'il y ait un consensus social à ce sujet, sous couvert de solution à un problème de nature largement conjoncturelle.

Le gouvernement doit se montrer prudent dans le dosage des mesures à prendre afin de ne pas compromettre une reprise économique fragile. Nous lui demandons d'assouplir son cadre budgétaire afin que le retour à l'équilibre budgétaire ne mette pas en péril le développement des services à la population. À moyen terme, pour renflouer les coffres de l'État, nous préconisons des mesures qui respectent la capacité de payer des agents économiques.

***

Le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP)

Ont signé ce texte:
Réjean Parent, président, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)
Régine Laurent, présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
Lucie Martineau, présidente, Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ)
Dominique Verreault, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)
Gilles Dussault, président, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)

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3 commentaires
  • Serge Bernier - Inscrit 2 mars 2010 10 h 26

    Défendre les inéquités

    Les signataires de cette lettre comprennent mal le fonctionnement de l'économie qui fonctionne de manière dynamique et non pas statique. Ils font fausse route en pensant qu'il n'y a qu'à augmenter les taux d'imposition pour que les revenus de l'État augmentent. Augmenter les taux d'impôt a pour effet de modifier les comportements des travailleurs et peut avoir pour effet d'effectivement diminuer les revenus de l'État si les citoyens décident de travailler moins, de travailler au noir ou de simplement quitter quitter le Québec. Nous l'avons constaté au cours des quarante dernières années. Cela a pour effet de diminuer la richesse dont nous disosons pour nous offrir des services publics.
    Maintenir des tarifs bas pour des services largement à caractère privé, même si essentiels comme l'électricité, est inéquitable. Cela n'a rien de conjoncturel et doit être corrigé au plus tôt. Le gouvernement dispose d'autres mécanismes pour redistribuer les revenus et s'acquitte déjà fort bien de ce rôle.

  • Françoise Breault - Abonnée 2 mars 2010 16 h 52

    Bravo pour votre texte

    Malheureusement, il semble bien qu'il n'y ait pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.

  • Michel Chamoun - Inscrit 2 mars 2010 18 h 22

    conjoncturel ou chronique?

    Avec les depenses qui augmentent constamment plus vite que notre PIB, et qu'il en est de même pour le ratio de la dette, peut-on vraiment dire que le probleme est largement conjoncturel?. Evidemment, la crise empire la situation, mais nous aurions éventuellement étés confrontés a des choix difficiles.

    Cela dit, vous avez raison a mon humble avis, et accorder autant de baisses d'impots alors que l'argent se fait rare releve de l'imprévoyance des 2 palliers de gouvernement