Libre opinion - La politique et l'action

Je suis renversée de lire, comme on l'a vu avec la publication du Pacte sur le financement des universités, qu'un ancien premier ministre ou une ancienne ministre des Finances n'avaient pas la liberté d'agir alors qu'ils étaient au gouvernement. Peut-être que cela est vrai pour un ministre des Finances encore que... Mais cela n'est certainement pas vrai pour un premier ministre. En politique québécoise, c'est le premier ministre qui détient l'autorité suprême. Quand il veut quelque chose, les ministres doivent le lui donner et, si cela ne convient pas, alors ils démissionnent ou ils sont renvoyés à leur poste de député.

Cela étant dit, il y a des tensions sociales qui peuvent découler de certaines décisions, mais quand il y a cohésion au sein de l'équipe gouvernementale, on peut gérer cette tension. Il le faut. C'est la responsabilité du gouvernement de s'assurer d'un climat social saint autant que d'un climat économique constructif. Et c'est au premier ministre que revient la responsabilité de la cohésion de son équipe.

Chaque ministre doit exercer son autorité dans l'intérêt de toute la société québécoise et non des intérêts de sa circonscription. Il est vrai qu'il faut parfois négocier et faire des compromis, mais certainement pas au détriment de ses convictions profondes. Quand la pression devient trop forte ou intolérable, alors on quitte son poste. Certains choisissent de démissionner. Je ne partage pas cette façon de faire. Comme élus, il y a une responsabilité et un devoir envers les concitoyens de terminer un mandat. Au moment de la prochaine élection, ils auront le loisir de se représenter ou non.

La politique doit servir l'intérêt commun, et non pas l'intérêt particulier. À suivre ce qui s'est passé cette semaine au sujet des droits de scolarité, on est en droit de s'interroger sur l'intérêt commun. Je me rappelle très bien l'étude «universitaire» qui annonçait le surplus d'infirmières à prévoir dans les années 2000... Elle était apparemment bien documentée!

Peut-être qu'une vision et une réflexion prospectives sur l'université québécoise de demain et sa responsabilité comme sa gestion pourraient éclairer davantage le débat que la solution unique et de panique proposée, à savoir hausser les droits des étudiants. J'aurais de la difficulté à expliquer à «nos enfants» pourquoi «nous» avons eu la chance de bénéficier des largesses de l'État afin de poursuivre nos études supérieures alors que nous le leur refusons.

Les fonds sont toujours limités face à des besoins illimités. C'est la base de la théorie économique, mais ce qui est aussi à la base de cette même théorie, c'est qu'il faut contrôler son budget, autant ses rentrées de fonds que ses dépenses.

Il reste une chose importante à faire, dans le même esprit et la même urgence, il me semble, c'est de contrôler autant nos dépenses que nos revenus, et cela veut dire garder au Québec tous les impôts des Québécois. Personne en affaires n'a jamais réussi sans contrôler ses revenus et ses dépenses. Ensuite, il faut contrôler toutes les lois qui s'appliquent sur notre territoire et les faire respecter.

Toutes les analyses économiques faites sur le Québec démontrent l'incapacité financière du gouvernement à faire face aux défis du XXIe siècle. Il est temps d'être plus pragmatique que démagogique. Le monde change et le Québec doit changer aussi, que cela nous plaise ou non.

***

Rita Dionne-Marsolais - Économiste et ex-ministre (notamment du Revenu et de l'Industrie et du Commerce), sous les gouvernements Parizeau, Landry et Bouchard

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6 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 1 mars 2010 07 h 56

    Très bien, madame.

    Merci et félicitations pour ce texte. Au moins, vous ne mettez pas tout le blâme sur le Parti Québécois et sur Pauline. Ça fait quand même presque 10 ans que nous avons un gouvernement fédéraliste et ils n'on absolument rien fait pour régler les problèmes soulevés par notre Lucien national. La souveraineté, et de fait, la prise en charge de nos moyens et de nos priorités est peut-être l'unique solution.

  • michel lebel - Inscrit 1 mars 2010 07 h 58

    L'art du possible

    Plus d'uns ont déjà dit que la politique est l'art du posssible. Et ce possible est plus ou moins grand, c'est selon.

  • Ernest Boudreau - Inscrit 2 mars 2010 18 h 21

    Bravo madame!

    Merci pour cette prise de position si "lucide" et si courageuse.Il est grand temps que les chefs de file indépendistes comme vous reprennent le bâton du pélerin et remettent les pendules à l'heure.J'aime bien Lucien Bouchard, mais j'ai toujours trouvé que son discours ressemble trop au refrain du Conseil du Patronat et des chambres de commerce. À mon avis, ceux-ci, depuis la crise économique provoquée par eux et leurs semblables, ont perdu toute crédibilité et n'ont plus droit au chapitre. M. Bouchard, depuis son déficit zéro désastreux, effectué malgré l'avis contraire de M. Parizeau qui soutenait que les finances du Québec n'étaient pas assez fortes pour subir de telles coupures, lui non plus n'a pas de conseils à donner à personne dans le domaine économique.

    Espérons que , comme vous et M. Landry, M. Parizeau nous fera le plaisir de répondre à ces prophètes de malheur pour qui depuis toujours les finances désastreuses du Québec vont attirer les créanciers de Wall Street à nos portes.

  • Donald Bordeleau - Abonné 2 mars 2010 22 h 20

    Pragmatique

    Le sur-financement de la filière anglophone au Québec est en partie lié à l'importante présence d'étudiants canadiens non-résidents. Selon le chercheur Jean-Pierre Corbeil de Statistiques Canada, le sur-financement du système universitaire anglophone au Québec est lié à la domination historique des anglophones montréalais au Québec. Cette « tendance lourde » est encore présente aujourd'hui.


    Car cette présence en territoire Québécois d'un important réseau universitaire de langue anglaise conduit à un curieux phénomène : un grand nombre d'étudiants canadiens non-résidents viennent étudier dans les universités anglo-québécoises et bénéficient de places d'études largement financées par le Québec. S'il faut mentionner que les étudiants non-résidents s'acquittent de frais de scolarité supérieurs à ceux en vigueur pour les résidents, ils sont tout de même subventionnés à la hauteur d'environ 8000 dollars par étudiant par année. Vu le nombre de 25000 d'étudiants en question, les coûts structurels de 200 millions de dollars/ ans sont importants pour l'état québécois. Les étudiants de pays étrangers sont près de 5000 à fréquenter nos universités. Il en coute environ 5000 dollars selon le statut de l’étudiant. Ces étudiants étrangers coutent 25 millions par année. Ils ont droit automatiquement à une bourse de plus de 4000 dollars. De plus, il faut souvent des mises à niveau des nouveaux étudiants pour une facture supplémentaire estimé à 20 millions par année.


    Notons que la majorité de ces étudiants quittent le Québec une fois leurs études complétées. Ces étudiants emportent avec eux leurs connaissances génératrices de richesse. Cela veut dire qu'il y a près de 2 milliards de dollars par année de retombées économiques qui n'avaient pas lieu au Québec mais ailleurs au Canada.

    Le Québec et surtout les universités anglo-québécois supportent un fardeau fiscal très lourd afin de contribuer généreusement aux 25000 étudiants canadiens qui viennent étudiés au Québec. L’Ontario fournit 12000 des étudiants qui profite à rabais de coût minime pour compléter leurs études au Québec. Chaque année le Québec dépense pour tous les non-résidents une somme de 245 millions de dollars. Donc depuis 10 ans, les Québécois ont payé pour plus 2.25 milliards pour les étudiants étrangers qui bénéficient de ces fonds publics.

    Le sur-financement du système universitaire anglophone, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 25 % au Québec (et de 50 % à Montréal où se concentre l'immigration), est-il partiellement responsable du fait que la communauté anglophone jouit d'un pouvoir sur la langue de travail et les taux de transferts linguistiques largement supérieur à sa taille réelle?

    On peut conclure qu'en l'absence des étudiants canadiens non-résidents, la taille et donc le coût des universités anglophones seraient bien moindres. L'argent ainsi économisé pourrait être utilement mis en œuvre pour combler le sous-financement des universités et éviter une augmentation des frais de scolarité, si sous-financement il y a réellement.

    Les lucides ( Intelligentsia ) québécoise ne parle pas de ce sur-financement des universités anglophones. Il n’est pas politiquement correct de discuter de ces sujets chauds sur la place publique. En termes clairs, le Québec finance, sans aucune contrepartie, une part disproportionnée du système d'éducation post secondaire destiné à la communauté de langue anglaise du Canada.

    Qui aura le courage de demandé le plein déboursé des frais d’études selon les exemptions pour tous les étudiants étrangers.

    Trudeau avait raison en disait des québécois << Le Québec ne sera jamais, indépendant, les Québécois sont idiots >>

    http://www.mef.qc.ca/docs/heure.htm


    http://www.ambamaroc.ca/Nouveau/Etudier_au_Canada/


    http://www.mef.qc.ca/financement_universites_non_d

  • Andre Vallee - Inscrit 4 mars 2010 03 h 57

    Bravo M. Bordeleau

    Trouvez une nation sur la terre qui finance son autodestruction de façon aussi évidente et sans provoquer la grogne populaire. En plus, nous allons construire un centre de recherche équivalent, aux 20% qui s'en vont qu'aux 80% qui restent; en PPP en plus. Toujours les “tinamis” de la caisse et l'urne électorales.