Libre Opinion - Partageons nos rêves... et nos actions!

Si la pauvre place faite au français lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Vancouver a retenu l'attention des médias — non sans raison —, les propos tenus par Lucien Bouchard mardi devraient eux aussi alimenter le débat public au Québec et ailleurs au Canada.

Sur la cérémonie d'ouverture, il est important de noter que la piètre place faite au français a été soulignée d'un océan à l'autre. Il ne s'agit pas de critiquer inutilement le comité organisateur des Jeux, mais simplement d'assurer que l'erreur sera réparée. Après tout, un nombre impressionnant de nos athlètes sont bilingues — nous avons tous été impressionnés par l'aplomb en français de Jennifer Heil et Maëlle Ricker, toutes deux originaires de l'Ouest canadien. Il incombe maintenant au Comité organisateur des Jeux de rattraper la réalité du Canada. Si des améliorations ont déjà été apportées sur les lieux de compétitions, la cérémonie de clôture nous dira si le message a été compris.

Je crois toutefois que les propos de M. Bouchard, qui n'est pas connu pour mâcher ses mots, sont plus importants pour alimenter les discussions sur la nature de notre pays et sur le rôle que le Québec devrait y jouer. M. Bouchard invite les Québécois à embrasser un nouveau rêve. Un rêve qui n'est pas la souveraineté, parce qu'elle n'est pas réalisable selon lui. Ces propos vont susciter de nombreux commentaires sur le fait que la souveraineté soit réalisable ou pas. Ou sur l'option identitaire du PQ. Mais ce n'est pas l'objet de mon propos aujourd'hui.

Je crois sincèrement que le nouveau rêve auquel les Québécois devraient adhérer est un rêve partagé par leurs concitoyens des autres parties du Canada. Ce rêve, c'est celui de bâtir une société plus juste, où tous ont une chance de réussir. Je viens de terminer une tournée pancanadienne des collèges et universités et partout j'ai senti ce désir de participer et de s'impliquer dans la définition de ce que sera le Canada de demain. Ce sentiment existe au Québec comme ailleurs.

Mon parti veut faire du Canada le pays le mieux éduqué de la planète, parce que nos véritables ressources naturelles se retrouvent dans les cerveaux qui nous permettront d'innover. Nous voulons aussi faire du Canada le pays le plus efficace du monde sur le plan énergétique, parce que les emplois de demain seront ceux utilisant des technologies propres qui permettent de conjuguer productivité et sauvegarde de l'environnement. Enfin, nous voulons aussi faire du Canada le pays le plus ouvert sur le monde, parce que notre avenir dépendra de notre capacité à conquérir de nouveaux marchés, à faire rayonner notre culture et nos artistes, à attirer étudiants et professionnels qui enrichiront notre pays.

Bien entendu, nous proposerons d'autres idées à la fois novatrices et concrètes à la suite de la réunion que nous tiendrons à Montréal à la fin de mars. Mais d'ores et déjà, nous croyons qu'un pays au sein duquel les Québécois se retrouvent et dont ils veulent influencer le développement offre une grande occasion de rêver, mais surtout d'agir ensemble.

M. Bouchard a eu le courage de dire ce que plusieurs pensent tout bas. Plutôt que d'attendre passivement un soi-disant «grand soir», il est primordial pour les Québécois de participer activement aux changements qui se préparent pour le Canada. Ils doivent s'impliquer dans la définition de ce Canada de demain. Il n'existe aucune contradiction entre se sentir fier d'être Canadien et fier d'être Québécois. Il n'y a donc aucune raison d'hésiter à vouloir façonner le pays à notre image.

Les objectifs du Parti libéral du Canada répondent aux aspirations des Québécois. Ils veulent des emplois de qualité dans un environnement sain. Ils veulent un Canada qui joue un rôle positif dans le monde. Ils veulent savoir que leur culture est respectée, appréciée et soutenue par un gouvernement qui reconnaît l'importance pour le Canada d'un Québec confiant et engagé dans ses projets d'avenir.

***

Michael Ignatieff - Chef du Parti libéral du Canada
9 commentaires
  • Hubert Larocque - Abonné 20 février 2010 00 h 02

    Pierre Elliott Trudeau, prise deux!

    "C'est pour mieux te manger, mon enfant!"
    Hubert Larocque

  • nonauracisme - Inscrit 20 février 2010 01 h 31

    Bravo Monsieur Ignatieff: nous avons d'une nation canadienne unie et non une serie des nations.

    Le temps est venu pour mettre les positions arrierees, partisanes de cote et construire un grand pays from coast to coast. Vive le Canada.

  • Yves Claudé - Inscrit 20 février 2010 02 h 53

    La résurrection de Pierre Elliott Trudeau !

    Moi qui, misérable matérialiste, ne croyais plus à la résurrection … je me dois de laisser renaître la foi de mon enfance. En effet, Pierre Elliott Trudeau est bel et bien ressuscité ! Son changement de nom est une coquetterie à laquelle il nous avait habitués. On aura remarqué qu’un probable séjour au Purgatoire aura quelque peu érodé son arrogance, mais il faut, comme Saint-Thomas, se rendre à l’évidence : le légendaire dandy est de retour ! Son Infernale voie est bien sûr, pavée de bonnes intentions !

    Yves Claudé – nouveau croyant
    Montréal, le 20 février 2010

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 février 2010 09 h 47

    Il faut que les indépendantistes, de maintenant et surtout dMhier, cessent de voir l'avenir en termes de "souveraineté ou disparition".

    Puisque la Souveraineté du Québec ne serait pas réalisable, il faut lancer une idée neuve. La mienne vise à créer un Forum des trois Nations afin de réaliser l'Égalité - Association entre partenaires égaux.


    À l'occasion des élections relativement récentes de Shawn Atleo à la tête de l'Assemblée des Premières nations,et celle de Ghislain Picard comme Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, je propose une réflexion sur la valeur symbolique et politique d'une association entre les trois nations fondatrices du Canada, les Autochtone, les Québécois et les Canadiens-anglais. Une association entre partenaires égaux.
    Pas nécessairement parce que les débats autour de la question constitutionnelle du Québec ou de la situation des premières nations refont surface régulièrement et souvent de façon dramatique, mais parce qu'un pays aussi jeune et dynamique que le Canada peut et doit inventer de nouvelles façons réalistes, justes et courageuses de vivre ensemble non seulement en harmonie mais de façon dynamique et propère.
    Ce sujet de réflexion et d’action politique pourrait avoir le grand mérite de renouveler la dynamique politique au Canada en mobilisant les leaders des peuples autochtones, les leaders des Canadiens-français, des Québécois et des autres francophiles de même que les leaders des Canadiens-anglais et des autres anglophiles. On ferait passer dans la réalité politique une nouvelle théorie, celle des trois nations.
    Ma suggestion consiste à pousser un peu plus loin l’initiative que la classe politique canadienne avait prise en 2006 de faire reconnaître le fait que les Québécois forment une nation au sein de la fédération. On se souvient que c'est le parti libéral qui avait pris cette initiative, et Michael Ignatieff en réclame encore la paternité. On sait maintenant que le gouvernement conservateur a été opportuniste, qu’il a saisi la balle au bond et qu'il a fait adopter par la Chambre des communes en novembre de la même année, la résolution qui reconnaît que les Québécois forment une nation dans un Canada uni. Les observateurs ont remarqué que les déclarations du Premier ministre, des ministres et des leaders des partis l’Opposition ont confirmé le sens qu’il fallait donner à l’expression "Québécois" utilisée dans cette résolution, en français comme en anglais. Pour tout observateur sérieux, le mot Québécois, dans cette résolution, englobe tous les Canadiens-français quel que soit l’endroit où ils habitent au Canada. On comprend qu'il s'agît de ceux qui s’appelaient autrefois les Canadiens par opposition aux Anglais, qui se sont ensuite appelés les Canadiens-français et plus récemment les Québécois. Ce n'est donc pas le Québec qui aurait été reconnu comme nation.
    Il me semble que la même définition de nation pourrait s’appliquer aux Canadiens-anglais et aux Autochtones, quel que soit l’endroit où ils habitent au Canada. Il est facile de constaters d'ailleurs qu'il y a des "Québécois" dans toutes les provinces du Canada, qu'il y a également des Autochtones dans toutes les provinces et la même chose pour les anglophones. Nous aurions alors la reconnaissance d'une réalité incontournable, l'existence de trois nations fondatrices. Les Anglais et ceux qui ont adopté la langue anglaise, les Québécois et ceux qui ont adopté la langue française, et les Autochtones. Les trois piliers d’un Canada bilingue et multiculturel, bordé par trois océans.
    Le grand avantage de cette initiative serait de placer les questions constitutionnelles et nationalistes dans un nouveau contexte où les trois nations seraient appelées à se parler et à se concerter dans un forum qui leur serait propre et où chacun serait traité comme un égal et disposerait d’un droit de proposition et de veto. Il ne serait pas illusoire de penser qu’un jour cet arrangement serait reflété dans la Constitution canadienne.
    Le gouvernement libéral, au pouvoir à Québec depuis plus de cinq ans, surveille et généralement défend sincèrement et avec agressivité les intérêts des Québécois, mais il ne semble pas disposé à proposer pour l’instant de grands débats constitutionnels.
    Le parti Québécois soulève de moins en moins souvent les questions relatives à un prochain référendum sur la souveraineté, presque jamais la notion d’indépendance totale et ne formule pas souvent les détails de ce que comprendrait éventuellement le concept d’association. Il a promis de ne proposer un éventuel référencum que dans un deuxième mandat. Il a proposé récemment un projet de transferts de certaines compétences fédérales en faveur du Québec, mais il semble que ces revendications, suceptibles de provoquer des crises politiques, ne seront formulées formellement qu’une fois que le PQ aura accédé au pouvoir, ce qui peut bien ne pas se produire avant plusieurs années.
    L’Action démocratique, pour sa part se rabat sur la notion d’autonomie revendicative, mais ne fournit aucune ligne de combat ni aucune avancée politique ou économique qu’il considérerait comme essentielle à la poursuite des intérêts du Québec.
    Les Québecois, dans le sens que lui donne la résolution de la Chambre des communes, se retrouvent ainsi dans une espèce de limbes politiques, les canadiens-français du Québec et de partout ailleurs au Canada se voient souvent bien seuls à défendre leur existence comme groupes et à maintenir leur langue et leurs traditions. Et ils n’ont pas de porte-parole officiel qui prenne en permanence fait et cause pour leurs intérêts à la grandeur du Canada. Il me semble donc urgent de mobiliser les énergies des leaders nationalistes, où qu’ils se trouvent, afin de mettre en chantier le Canada des régions et des peuples. Ceci devrait se faire à trois. Trois peuples, trois partenaires, les Canadiens-anglais, les Québécois et les Autochtones qui s’associeraient en respectant la spécificité des partenaires dans ce nouvel arrangement qui prendrait la forme d'un Forum des nations dont le statut et le rôle confirmeraient l'égalité des partenaires dans cette nouvelle association.
    De plus, si le nombre de sièges à la Chambre des communes devait s'élever à 342, comme le propose le gouvernement de Stephen Harper et que le Québec ne maintienne que ses 75 sièges, il deviendrait non seulement possible pour Ottawa de gouverner sans le Québec, mais la chose deviendrait également plus facile. Il suffirait qu'un parti obtienne 172 sièges, même sans en avoir aucun au Québec, pour former un gouvernement majoritaire. Cela serait réalisable si l'Ontario et quelques provinces de l'Ouest votaient massivement, mais pas unanimement, pour ce parti. Ce qui veut dire que les conservateurs et les libéraux pourraient former, alternativement, des gouvernements majoritaires sans que les électeurs Québécois ne puissent y faire entendre leurs voix.


    Puisqu'il ne peut pas y avoir de référendum au Québec avant 2017 (dans le meilleur des scénarios, un éventuel deuxième mandat du PQ ne peut pas avoir lieu avant 2016) et que d'ici là, la proportion des députés Québécois à la Chambre des communes risque d'avoir diminuée au moins une fois sinon deux fois, le Québec et les Canadiens-français ne pèseront plus très lourd dans l'exercice du pouvoir à Ottawa. Si les Québécois n'arrivent pas à se décider de prendre leur place dans la confédération canadienne, ils risquent de devenir les observateurs de leur déclin.

    Bien sûr, on aboutirait à une impasse si les Québécois refusaient une association à trois, avec les anglophones et avec les Premières Nations (autochtones) sous prétexte que les autochtones ne représentent que 10% de la population du Canada et que par réaction, les anglophones refusaient une association avec les francophones sous prétexte qu'ils ne représentent que 22% de la population du Canada, le Québec s'afflaiblirait inexorablement.


    Que faut-il faire maintenant pour que le Québec ne soit pas éternellement dans l'opposition?
    Il faut songer à des propositions nouvelles et hardies pour assurer une place essentielle aux Québécois et autres francophones canadiens dans le système fédéral. J'en ai donc avancé une: Former une association entre les trois grandes nations canadiennes

    Il serait très intéressant qu'un parti politique propose dès maintenant une résolution qui demanderait à la Chambre des communes de reconnaître que les Autochtones, les Canadiens-anglais et les Québécois forment trois nations distinctes dans une Canada uni, et que les institutions devraient éventuellement refléter au mieux cette réalité. D’ailleurs, un des premiers projets, suivant l'adoption de cette résolution pourrait être de demander à ce nouveau "Forum des trois nations" de proposer une réforme du Sénat qui tiendrait compte de cette réalité que la Chambre des communes aurait reconnue.
    Il me semble qu’il y a dans ce projet un potentiel important de mobilisation des énergies et des talents de plusieurs leaders canadiens qui depuis trop longtemps se sont employées à formuler, chacun dans son secteur, des revendications qui sont sans doute encore d’actualité mais qui ont eu du mal à être reconnues comme légitimes parce que visiblement elles transcendent les frontières des Provinces et des Territoires de ce grand pays. Ce projet recevrait sans doute l'appui de plusieurs leaders autochtones, notamment du Chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, M. Ghislain Picard, qui écrivait dans un texte paru récemment dans les medias: "Nous, Premières Nations du Québec et du Labrador, formons des nations distinctes possédant le droit à notre propre statut politique afin d'assurer librement le développement économique, social et culturel de nos communautés."
    De plus, le Canada donnerait une réponse positive et stimulante aux questions qui se posent à l'ONU et à son Comité des droits de la personne au sujet de la condition politique, économique et sociale des Autochtones au Canada et il donnerait un sens plus politique et une portée réelle à la reconnaissance des Québécois comme nation. Et la Nation anglophone aurait tout à gagner dans cette harmonie retrouvée entre toutes les composantes de notre société.
    Enfin, tout en renforçant son unité, le Canada créerait une nouvelle dynamique politique qui mobiliserait ses meilleures énergies et marquerait un très grand pas pour faire disparaître cette impression que le Canada sera toujours composé de "deux solitudes" dont une est plus isolée que l'autre, et pour placer dans un autre contexte le fait que la Constitution de 1982 n'a pas reçu l'aval officiel du Québec.



    Georges Paquet

  • Réal Ouellet - Inscrit 20 février 2010 12 h 52

    Les années Trudeau

    La société juste? On a déjà joué dans ce film-là. Le Canada n'est pas composé de deux solitudes. Les deux nations sont enterrées depuis longtemps. Au Canada il n'y a qu'une solitude: le Québec qui parle tout seul parce qu'il n'est jamais entendu, à qui on ne demande que renoncement et oubli de soi.