Libre opinion - Écarts de revenus, écarts sur la santé

En tant que chroniqueur dans le domaine de la santé, je m'étonne grandement d'entendre le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, réclamer, pour les membres de la fédération médicale qu'il représente, des hausses de rémunération largement supérieures à celles que la majorité de la population est en mesure d'obtenir.

Ne sait-il pas, le bon docteur, que l'accroissement des inégalités de revenus se traduit par une augmentation des inégalités en santé? Les exigences du groupe ayant les plus hauts revenus de toute la société sont une insulte à leur propre profession et bafouent les principes à la base d'une société saine et en santé.

On dirait qu'il ignore ce que tout étudiant apprend dès sa première année d'études en santé publique: la diminution des écarts entre le haut et le bas, tout au long de la pyramide des revenus, influence positivement la santé globale de la population. On appelle ça le gradient de santé: ceux qui sont en bas sont plus malades et vivent moins longtemps que ceux qui sont au-dessus d'eux, et ce, jusqu'en haut de la pyramide.

Voir l'ensemble

Une grande partie des médecins spécialistes semblent souffrir de la myopie qui leur est utile pour exercer leur métier, mais qui devient un handicap pour voir l'ensemble. Ils voient un coeur, un pied, un poumon, un rein, un genou, mais jamais les gens qui sont au bout.

Ce que les recherches sur la santé des populations ont montré depuis des décennies devrait servir de guide au gouvernement pour établir les principes de sa politique salariale: accroître les écarts de revenus dans une société a des impacts négatifs sur la santé d'une population, les diminuer rend la société plus saine, plus cohésive et améliore son état global de santé. Il y a des limites à ce que la main gauche ignore ce que fait la main droite.

Depuis 30 ans, la médecine s'est fait un principe d'avoir des pratiques fondées sur des preuves, des «données probantes». J'invite le Dr Barrette et tous les spécialistes à bien intégrer celles ayant trait au gradient de santé.

Les chefs syndicaux et les négociateurs du gouvernement devraient aussi les intégrer. Elles fournissent des principes valables pour tout le monde, partout. Veut-on encore une société juste ou bien cela n'était-il que des mots? Et que personne n'ose plus jamais dire que ce qu'il exige pour lui aura des effets positifs sur ceux qui sont en bas si ce qu'il exige agrandit l'écart qui sépare le haut et le bas.

La solidarité, c'est ça. Et quand on exerce une profession de la santé, on devrait savoir que la solidarité, c'est très bon pour la santé.

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Christian Lamontagne - Fondateur du site PasseportSante.net, l'auteur s'exprime à titre personnel
7 commentaires
  • mark - Inscrit 16 février 2010 02 h 42

    Vive le nivellement par le bas!

    Non mais franchement, ce texte est déconnecté de la réalité de nos jours et surtout des défis futurs du Québec.

    Le Québec doit plutôt se casser la tête à créer de la richesse et des riches. Pour diminuer l'écart entre riches et pauvres, il est préférable que ce soit les pauvres qui fassent plus d'argent, plutôt que l'inverse. Logique non! On ne me fera pas croire que si mon voisin fait 1 millions par année, c'est de sa faute si je suis malade!!!


    L'auteur devrait plutôt se concentrer à dénoncer la pauvreté que de dénoncer la richesse.

    Le problème de base des finances du Québec est lié directement au fait qu'il y a 2 fois moins de "riches" (100000 et ) qu'en Ontario par exemple, ce qui crée un système où chaque augmentation de taxe se répercute directement dans la classe moyenne (50000-100000), le reste de la population du Québec ne payant pas d'impôt.

    Le Québec a définitivement un problème avec l'argent, merci de nous le rappeler.

    Autre problème, vous semblez vouloir une société "juste" selon vos termes, alors expliquer moi où est la justice lorsqu'on sait que nos médecins gagnent 40 à 50% moins qu'ailleurs? votre justice est à sens unique, et ce sens est vers le bas!

  • Julie Grenier - Inscrit 16 février 2010 07 h 34

    Savoir mettre le doigt sur le bobo...

    Les salaires/bonus de PDG, ça, c'est décent de les augmenter... même si leurs efforts ne sont destinés qu'à augmenter le portefeuille de quelques actionnaires et qu'ils exportent nos emplois à la vitesse de l'éclair (cause négligeable de l'appauvrissement du bas de la pyramide, selon vous??). Je suis une ex-employé de Bell Canada, j'ai vécu l'ère Sabia, je peux vous en parler...

    J'ai aussi une fille malade, je suis extrêmement contente quand je rencontre le spécialiste qui la soigne que ce dernier ait assez de compassion pour demeurer au Québec alors qu'il pourrait certainement gagner beaucoup plus ailleurs... et non, un médecin n'en vaut pas un autre.

    Des fois, c'est juste que l'on ne se plaint pas des bonnes choses, il faudrait savoir s'attaquer aux réelles causes d'écart...

  • Fernande Trottier - Abonnée 16 février 2010 11 h 26

    la solidarité n'existe pas...

    C'est rêver en couleurs que de croire que la solidarité et le partage de la richesse existent... Si tel est le cas, pourquoi devrait-on donner 4% d'augmentation à ceux qui l'exigent et que moi une aînée qui ai travaillé pen-
    dant 50 ans, ai payé taxes, impôts, r.r.q., etc... ai reçu 0.4% d'augmentation du R.R.Q. et rien de la PSR ? Ceux qui exigent un 4% ne seraient peut-être pas tous dans des professions libérales si les aînés n'avaient pas payé des taxes qui ont servi à payer pour leur permettre d'étudier. Et je ne peux pas faire de chantage pour exiger plus, je suis à la merci des décideurs. Avec 2,99$ de plus par mois, je peux me payer une crème glacée mais je ne peux pas donner un pourboire.. Où sont-elles les réelles causes d'écart Mme Julie ?

  • Khayman - Inscrit 16 février 2010 11 h 29

    À pleurer

    Bon, mark veut encore nous faire pleurer sur son salaire, qui n'est que 13 fois le salaire médian québécois (situé à environ 30 000 $ par année).

    Moi, je gagne 25 % de moins que mon équivalent ontarien, 30 % si on se fait à nouveau imposer nos conditions de travail par notre gouvernement provincial, mais je sais que les deux provinces sont différentes et que vouloir comparer ma situation à la situation ontarienne ne se limite pas à l'échelle salariale.

    Mais je suis chanceux quand même car je fais 2 fois le salaire médian québécois pour un nombre d'années de scolarité équivalent à celui de M. le spécialiste.

    Mais bon, ça pourrait être pire. On aurait pu avoir un joueur de hockey canadien se lamentant sur le taux de change par rapport au dollar américain ou un dirigeant d'entreprise renvoyant 20 de ses 25 employés d'un journal régional pour continuer à faire des millions par année...

  • Jacques Morissette - Inscrit 16 février 2010 21 h 59

    @ M. Mark

    Le Dr. Barrette représente une classe de privilégiées. Récemment, cette semaine pour être plus précis, je l'ai entendu répondre à un journaliste au sujet de l'euthanasie, quelque chose comme: " Techniquement parlant, c'est monnayable!" Quant à moi, ça donne une idée de l'éducation que ce monsieur a reçu, c'est-à-dire beaucoup d'instruction, mais peu de valeurs humaines. Ah oui, c'est vrai, c'est une personne qui est bien connecté, tout comme vous. Vous dites nivelage par le bas, mais de quel bas s'agit-il?