Libre opinion - Mythes et réalités du régime pédagogique québécois

Il existe au Québec un régime pédagogique qui définit les services éducatifs offerts aux élèves. Il encadre notamment les matières qui doivent être enseignées ainsi que les conditions d'enseignement dans toutes les écoles du Québec.

Le 3 février dernier, une consultation de 45 jours s'est amorcée concernant des modifications au régime pédagogique québécois. Il m'apparaît important de faire le point, car beaucoup de choses ont été dites dans les derniers jours concernant ces modifications proposées qui visent essentiellement à donner plus de souplesse aux écoles, qu'elles soient publiques ou privées, ainsi qu'à renforcer les apprentissages des matières obligatoires, comme le français, les mathématiques ou l'histoire.

En soutien au cheminement scolaire, les modifications proposées prévoient notamment de permettre aux tout-petits de vivre une transition harmonieuse entre la maison et l'école par une entrée progressive à la maternelle. Nous voulons également rendre explicites la possibilité du redoublement pour un élève de la première année du secondaire ainsi que la participation des parents à cette décision importante pour le cheminement de leur enfant.

En ce qui concerne le calendrier scolaire, soyons clairs: il n'a jamais été question de le bouleverser en imposant l'école les fins de semaine. Nous avons voulu donner une plus grande marge de manoeuvre aux écoles afin de favoriser la réalisation de projets particuliers en lien avec la persévérance scolaire comme le sport-études, les arts-études, les projets de stages ou les projets qui facilitent la transition vers la formation professionnelle. C'est au niveau de l'école, et non de la commission scolaire, que ces projets doivent être mis en place en concertation avec les parents, le personnel enseignant et la direction en évitant d'alourdir inutilement la bureaucratie des établissements.

Lors des débats, la question des écoles de la communauté juive orthodoxe a également été soulevée. Rappelons que, depuis plus de 30 ans, tous les gouvernements ont subventionné ces écoles, alors qu'elles ne respectaient pas l'enseignement prescrit au régime pédagogique.

Mais depuis deux ans, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport a accentué ses efforts auprès des différents groupes qui composent la communauté juive orthodoxe afin qu'ils entreprennent des démarches pour corriger la situation. Il a clairement été indiqué aux écoles de cette communauté qu'à défaut de se conformer aux règles de l'école québécoise, elles verraient leur financement suspendu et que leur permis ne serait pas renouvelé. En ce qui concerne les deux écoles qui persistent à exercer leurs activités sans permis, elles se retrouveront devant les tribunaux.

Notre souci est de faire en sorte qu'au Québec, tous les enfants d'âge scolaire puissent avoir accès au même savoir tel qu'il est défini par le régime pédagogique. C'est en ce sens que nous avons eu des discussions avec les représentants de la communauté juive. L'automne dernier, les écoles juives se sont engagées à respecter le régime pédagogique en offrant l'enseignement des matières obligatoires par des enseignants qualifiés.

Puisque le projet de modification vise à rendre toutes les écoles du Québec plus flexibles, il est évident qu'il s'appliquera également aux écoles juives. En contrepartie, comme toutes les écoles québécoises, les écoles juives devront désormais respecter un temps minimal consacré à l'enseignement des matières obligatoires, ce qui nous donne l'assurance que l'apprentissage dans les écoles de cette communauté sera le même que dans toutes les autres écoles.

Quant à la question de l'enseignement de la religion le dimanche dans les écoles juives, il est faux de prétendre, comme certains l'ont fait, que les modifications ouvriront la porte à un retour de la religion à l'école. Il s'agit d'un droit que les écoles privées, juives ou non, ont et exercent déjà.

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Michelle Courchesne - Ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport
13 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 15 février 2010 06 h 41

    A quand UNE école québécoise?

    En France on va à l'école française et aux USA à l'école américaine. Les enfants de Carbo et de Cassot sont allés à l'école américaine. Idem pour René-Charles à Miami. Alors à quand UNE école québécoise?

    Une seule école publique, francophone et laique, pour TOUS les enfants du Québec de la maternelle à la 6 année.

    Au secondaire, on pourrait ouvrir la porte au privée, à l'anglais et l'école ethnique. Mais avant on aurait fait de TOUS les enfants du Québec de vrais Québécois.

  • Linda Bosse - Inscrit 15 février 2010 07 h 53

    Pourquoi règlementer...?

    "En ce qui concerne le calendrier scolaire, soyons clairs: il n'a jamais été question de le bouleverser en imposant l'école les fins de semaine. Nous avons voulu donner une plus grande marge de manoeuvre aux écoles afin de favoriser la réalisation de projets particuliers en lien avec la persévérance scolaire comme le sport-études, les arts-études, les projets de stages ou les projets qui facilitent la transition vers la formation professionnelle. C'est au niveau de l'école, et non de la commission scolaire, que ces projets doivent être mis en place en concertation avec les parents, le personnel enseignant et la direction en évitant d'alourdir inutilement la bureaucratie des établissements."

    Comme vous le dites, les programmes particuliers existent déjà dans les écoles, sans grande bureaucratie... Alors pourquoi règlementer, si ce n'est pour rendre conformes des écoles qui fonctionnaient dans l'illégalité depuis des lustres et financées par le gouvernement en plus?! Allons-nous maintenant légiférer pour rendre conforme tout ce qui est illégal????

    Madame Courchesne, ce que les écoles qui offrent des programmes particuliers ont besoin, ce n'est pas que l'on officialise l'école les samedi et les dimanche, mais bien que l'on apporte un soutien financier à ces programmes.

    Il est prouvé que les activités parascolaires et extrascolaires sont une façon de prévenir le décrochage. Malheureusement, les élèves les plus à risque ne peuvvent en bénéficier, car comme ces activités ne reçoivent aucune aide financière, ces activités coûtent cher. C'est d'un soutien financier dont les écoles ont besoin, pas qu'on leur permette d'ouvrir les écoles le samedi et le dimanche... D'autant que ça entraînera encore des coûts supplémentaires d'ouvrir les école le samedi et le dimanche.

    J'invite Madame Courchesne, et tous les hauts fonctionnaires de son ministère à rencontrer les directions d'école et aller faire un tour dans les écoles secondaire pour voir, mais surtout pour comprendre, ce qui se passe dans les écoles. Car je pense qu'ils sont très loin de la réalité. En modifiant ainsi le calendrier scolaire, ça pourrait même entraîner le décrochage chez certains jeunes qui font partie d'équipes sportives et dont les tournois se déroulent généralement les fin de semaine.

    J'espère sincèrement que Madame Courchesne reviendra sur sa décision pour le bénéfice de la majorité des jeunes québécois!!!

  • André Provost - Inscrit 15 février 2010 09 h 40

    Avant tout, maîtrisons notre LANGUE, dès le primaire !

    Par son souci électoraliste, la ministre fait fausse route. Je lui ai déjà ecrit, au sujet de l'excellence pour tous à l'école, mais elle ne nous écoute pas. Elle a le pouvoir de nous manipuler, mais nous ne sommes pas des aveugles. La maîtrise de notre langue, pour tous les élèves et dès le primaire, est un défi qui a été relevé avec succès dans nos écoles publiques et nous en avons la preuve. Ce sont les nuisibles programmes que nous impose le ministère qui empêchent le progrès dans nos écoles.

    Au début de mon enseignement en français, en 1966, j'ai eu le grand avantage de découvrir et de lire les travaux en linguistique d'Ernest Richer. Ce fut le commencement d'un émerveillement sans fin; j'assistait à la naissance de la plus merveilleuse innovation pour nos écoles. Un grand maître, de chez-nous, venait de renouveler et de simplifier tout
    l'enseignement de notre langue et de réaliser la RÉFORME souhaitée.

    C'était 12 ans de recherche fondamentale autour de Jean-Paul Vinay, à l'Université de Montréal. Enfin les bienfaits de la science linguistique étaient mis à la portée de tous et dès la première année du cours primaire. Tous les pédagogues pouvaient alors s'appuyer sur une solide pédagogie agréable et durable. Malheureusement, le ministère n'a pas choisi ce chemin de l'excellence, et depuis plus de 30 ans, les professeurs contestent et le ministère s'obstine, entretenant une nuisible pédagogie. QUE DE GASPILLAGE DE TEMPS ET D'ARGENT !

    André Provost

  • michel lebel - Inscrit 15 février 2010 09 h 41

    Une mauvaise note!

    Si la ministre voulait éviter un dérapage, elle aurait facilement compris qu'il ne fallait pas présenter en même temps la solution apportée aux écoles juives orthodoxes et une modification "universelle" du régime pédagogique. Ce mélange des genres me semble une erreur grossière, étrange, pour une ministre importante. Mon bulletin lui donnerait une mauvaise note!

  • Hubert Larocque - Abonné 15 février 2010 09 h 49

    L'accomodement hassidique

    L’accommodement hassidique ou la mince ligne des accommodements. (14-02-2010)
    Qui gouverne au Québec? C’est la question qui se pose après la capitulation du gouvernement Charest face aux écoles juives. Le régime libéral semble dépourvu du sens de l’État, il crée les précédents les plus fâcheux qui rendent de plus en plus incertain l’acte même de gouverner. Un groupuscule brave l’autorité de l’État. Celui-ci se précipite, s’agenouille et accommode.
    Tout cela est infiniment triste car un gouvernement à qui l’on avait confié le mandat de faire respecter un ordre national encourage l’anarchie en sous-main. Il n’a eu aucun scrupule à écarter le catholicisme des écoles et il accorde aux Juifs, et demain à je ne sais qui, des écoles théocratiques.
    Que signifie l’intégration quand on prend tous les moyens d’encourager les ghettos et de fragmenter notre société? Accommoder le calendrier scolaire est une victoire de la Torah sur le cursus normal des études. Celui-ci ne sera enseigné que sous la forme d’une concession de surface, à la va-vite et sur un mode bâclé. Un État qui se prétend laïc doit appliquer à Israël et à l’Islam la même règle qui a prévalu face au catholicisme. L’enseignement religieux appartient aux religions, hors des programmes scolaires. Une véritable politique aurait été d'imposer aux écoles juives le régime scolaire québécois, quitte à réserver le sabbat et le dimanche si nécessaire à leur enseignement particulier.
    Hubert Larocque, Gatineau.