Libre opinion - Pommes, oranges et partis pris idéologiques

Voilà déjà plusieurs années que cela revient comme le redoux de février, comme par hasard au moment où s'intensifient les campagnes REER. Les fonds de travailleurs méritent-ils encore le soutien gouvernemental? Leur gouvernance est-elle adéquate? Les rendements sont-ils au rendez-vous? Déclinées sur des tonalités diverses, ce sont les trois interrogations coutumières lancées tantôt sous des allures d'interrogations critiques de bon aloi, tantôt sur des airs à peine masqués de procès d'intention.

Les réponses pourtant sont claires et faciles à comprendre pour peu qu'on sache tenir compte de la réalité. Reprenons les choses dans le bon ordre, une fois encore.

Les fonds de travailleurs sont des innovations sociales majeures qui ont doté le Québec de formidables outils de développement. Le gouvernement du Québec récupère sur une période de deux ans ce que lui coûte le privilège du report fiscal consenti. Les fonds de travailleurs ont permis la mise en place d'un réseau de fonds régionaux de développement essentiels au soutien des affaires. Ils ont été créés parce qu'il y avait un manque laissé béant par le marché et qu'ils ont comblé.

Certains critiques estiment que les fonds syndicaux n'ont pas leur place parce qu'ils postulent que les marchés financiers sont efficaces par définition et que par conséquent, il n'y a pas d'occasions d'affaires qui manquent de financement. Voilà une vue de l'esprit que n'importe quel entrepreneur, particulièrement en région, aura tôt fait de dégonfler. Tout n'a pas été réglé, il y a encore du travail à faire. Mais sans la présence de ces fonds, la tâche serait encore plus ardue.

Chaque année aussi, nous avons droit aux experts qui découvrent avec étonnement que les fonds de travailleurs sont des institutions syndicales. C'est pourtant évident comme le nez au milieu du visage. Du point de vue de la gouvernance, il n'y a donc rien d'étonnant à constater que ce sont des syndicalistes qui sont aux commandes. C'est plutôt un signe de bonne gouvernance, ils s'occupent de leur affaire! Les craintes exprimées à l'égard ce qui est présenté comme un conflit potentiel entre les objectifs syndicaux et la protection des investisseurs-actionnaires des fonds sont en porte-à-faux dès lors qu'elles ne tiennent pas compte justement de l'originalité de ces institutions syndicales et de leur mission.

Plutôt que d'être une tare, leur naissance a permis un élargissement des objectifs d'investissement. On combine à l'objectif de rendements financiers ceux de création-protection de l'emploi, de contrôle stratégique et de développement local et régional, d'investissement à long terme. On innove en procédant à des bilans sociaux des entreprises (et ce, bien avant que la mode ne soit à l'investissement éthique), en éduquant les travailleurs à la finance et à l'économie et en aidant à créer progressivement une plus grande culture de concertation dans l'entreprise québécoise.

L'originalité des institutions oblige à recourir à des outils moins traditionnels pour bien en saisir le sens et la contribution. À l'évidence, ce n'est pas à la portée de tous les analystes et ceux qu'on nous ressort chaque printemps ne font que ressasser des évidences: mesurant avec les mauvais outils, ils s'en prennent à ce qui résiste à leur appareil de mesure. Ils auraient intérêt à changer d'instrument, cela leur permettrait de mieux appréhender la réalité socio-économique des fonds de travailleurs.

Pour évaluer correctement le Fonds de solidarité ou le Fondaction, il faut donc non seulement ajouter à l'appréciation de l'action l'avantage fiscal, mais il faut aussi se reporter aux objectifs sociaux — syndicaux, en l'occurrence — que sont la création d'emploi et le développement économique. Ces critères sont inutiles pour juger de la performance des fonds asiatiques ou des Trimark et autres Investors de ce monde, alors qu'ils sont déterminants pour les fonds de travailleurs puisque cela renvoie au coeur de leur mission.

L'État intervient pour conforter cette mission? À la bonne heure. Il n'y a que les apôtres du tout au marché pour s'imaginer que la croissance se confond avec le développement. Les fonds de travailleurs ne sont certes pas parfaits et ils méritent, comme toute institution, une vigilance rigoureuse. Mais c'est faire injure à la réalité que de mélanger les pommes et les oranges parce qu'on porte des lunettes idéologiques. La mission des fonds est toujours pertinente et, au moment où la crise financière n'a pas encore fini de donner tous ses fruits amers, il est rassurant de savoir qu'ils sont là et font oeuvre utile.

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Robert Laplante - Directeur général de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC)
2 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 10 février 2010 07 h 49

    La FTQ a vendu les Nordiques!

    La FTQ avait investi 3 millions dans les Nordiques en 1988. Elle a vendu pour 15 millions en 1995. Un rendement de 500% en 7 ans.
    Depuis le début du fonds en 1983, le Fonds a fait une moyenne de rendement annuel de...3,5%

  • Philippe Labossiere - Inscrit 10 février 2010 11 h 16

    La FTQ et l'éthique..

    On voit ce que la FTQ fait avec ce bas de laine de 7 milliards..
    Accurso, monopole des grues dans la construction avec les Grues Guay, etc..
    La FTQ toute puissante a très peu d'éthique et les contribuables québécois continuent à subventionner par le biais des impôts le Fonds..Quand allons-nous arrêter ? 15 milliards, 20 milliards ? Il est devenu trop gros et cela doit cesser..mais la FTQ est trop puissante et nos politiciens trop peureux..alors n'y compter pas!


    On le voit avec le scandale dans la construction..la FTQ n'en veut pas de commission d'enquête..et le PQ fait semblant d'en vouloir une..

    Ce sont les contribuables du Québec qui paient les généreuses déductions fiscales au Fonds! L'argent ne tombe pas du ciel..le gouvernemnt pourrait utiliser ces millions en Éducation..

    La FTQ utilise le Fonds comme bras financier de la FTQ et en particulier la FTQ Construction..cela n'est pas sain pour l'économie du Québec!

    Parlez-en aux petites PME qui ont laissé le Fonds entrer dans leur cie..
    Plusieurs le regrettent..et ont perdu le contrôle de la cie..

    Le Fonds est devenu une bête hors de contrôle pour une petite économie comme la nôtre..
    Le président de la FTQ Michel Arsenault est mort e rire..et nous payons!