Libre opinion - Bénévoles à l'école

Madame la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne,


Vous nous invitez à nous prononcer sur un projet de règlement qui modifierait le calendrier scolaire pour en faire le calcul en heures plutôt qu'en jours. Selon vous, ces changements permettraient la tenue d'activités scolaires la fin de semaine. Est-il possible, madame, que vous soyez si loin de notre réalité?

Je suis enseignant au secondaire et suis en année sabbatique. J'avais grand besoin de cette année pour me refaire une santé. Je n'ai pourtant aucune maladie chronique, aucun syndrome ou quoi que ce soit d'autre. Non, je viens tout simplement de terminer une 14e année à titre d'enseignant au secondaire. Tout simplement. De l'épuisement professionnel? Je n'ai aucun diagnostic à vous offrir. Seulement 14 années au service de votre ministère.

Je n'ai jamais compris la façon de fonctionner de mon employeur. Vous avez gentiment déguisé les bulletins des élèves en y remettant des notes. Ce faisant, vous avez obligé tout votre personnel enseignant à expliquer une deuxième fois en quelques années [aux parents] que les notes qu'ils voyaient sur les bulletins n'avaient rien à voir avec les notes qu'ils retrouvaient sur les leurs alors qu'ils étaient étudiants. Évidemment! Nous enseignons et évaluons des compétences et non des connaissances, comme c'était le cas à l'époque. Vous étiez au courant, dites?

Juste au cas où ça ne serait pas arrivé jusqu'à vos oreilles, les parents ne sont pas plus satisfaits de cette version des bulletins. Il va de soi par contre que ce sont vos enseignants qui encaissent les reproches. Après tout, nous sommes les premiers répondants du système d'éducation. C'est nous aussi qui ramassons parfois à la petite cuillère des enfants qui vivent des choses difficiles, des parents aussi. Dites, dois-je comptabiliser en minutes ou en heures les appels que je fais ou que je reçois en dehors de mes heures normales de travail quand un parent inquiet me contacte?

Comme ballon d'essai, votre proposition est excellente. Vous nous proposez donc de calculer notre tâche en heures. C'est que, des heures, nous en faisons déjà beaucoup, vous savez. Seulement l'année dernière, j'en faisais en moyenne 60 par semaine. Est-ce que ces heures étaient comptabilisées sur une feuille de présence ou dans un registre? Non. N'allez pas croire que je suis en train de me plaindre. Après tout, j'ai choisi ce métier et j'aime beaucoup mes élèves. Il est triste d'avouer par contre que c'est tout ce qui est au-dessus de mon école dans la hiérarchie du système d'éducation qui me répugne.

Je ne comprends pas que les commissaires d'une commission scolaire aient tant de pouvoir quand une infime partie de la population se donne la peine d'aller voter. Je ne comprends pas que le ministère ne me consulte pas quand vient le temps de faire des changements aux bulletins. C'est quand même moi qui les utilise. Je ne comprends pas que le ministère ne me consulte pas pour savoir quels changements nous pourrions apporter pour améliorer nos écoles. Nous sommes près des élèves, des parents et savons comment fonctionne une école. Ne pensez-vous pas que nous sommes les mieux placés pour vous conseiller?

Les activités pédagogiques les fins de semaine sont déjà chose courante. N'allez pas raconter le contraire à la population qui, selon ce qu'on lit sur Internet ou qu'on entend dans les médias, ne veut rien savoir de votre proposition. Ces activités sont en partie compensées, mais jamais totalement, par un aménagement de nos tâches éducatives. Le reste est du pur bénévolat. Eh bien oui. Votre personnel fait du bénévolat. Vous savez pourquoi? Nous avons à coeur d'offrir ce qu'il y a de mieux à nos jeunes. Il y a une très grande dimension affective à l'enseignement, vous savez.

La proposition que vous faites aujourd'hui est encore une fois perçue comme une gifle au visage et n'aura que pour effet une démotivation du personnel. Pourquoi? C'est pourtant évident. Les enseignants, les employés de soutien et les directions donnent tout ce qu'ils ont et, encore une fois, on leur dit que ce n'est pas assez. Finalement, peut-être que la prochaine fois, je n'investirai pas dans une année sabbatique. Je remettrai peut-être tout simplement ma démission!

Merci de l'attention que vous porterez à ma réflexion. Peut-être ce courriel se rendra-t-il jusqu'à vous. Qui sait? Vous n'êtes peut-être pas si loin. On peut rêver...

*****

Luc Gagnon - Enseignant à la polyvalente Mgr Sévigny, Chandler
4 commentaires
  • Louis Fortin - Abonné 9 février 2010 11 h 35

    Travail la fin de semaine?

    En tant que jeune enseignant, je travaille déjà la fin de semaine pour planifier mes cours et ainsi avoir une chance de captiver les jeunes qui disons-le, ne sont pas toujours faciles à intéresser. Ces heures me seront-elles reconnues?

    Lsf
    Enseignant en musique au secondaire

  • 7713 - Abonné 11 février 2010 22 h 14

    Nos heures, notre vie

    En tant qu'enseignante en français en cinquième secondaire depuis plus de vingt ans, je peux parler du bénévolat que les profs font pendant l'année scolaire. En effet, comment arriver à être le bon prof de plus de cent quarante élèves? En commençant tôt, en travaillant le soir et les fins de semaine. La tâche de l'enseignant est complexe. Son salaire et la reconnaissance sociale ne sont pas à la hauteur de ce rôle. Nous sommes épuisés. Nos jeunes sont ce qui nous fait continuer. Nos patrons sont pris dans leur gestion, loin des élèves et des classes. Je serai là encore jusqu'à ma retraite. Je vais tenter de garder un équilibre dans ce système où on fait chacun de son mieux.

  • Donald Bordeleau - Abonné 14 février 2010 01 h 27

    Le défit le plus important du Québec. ÉDUCATION

    Délégué la gestion des écoles à des bénévoles. Il faut enlever les couches de ronds de cuir, de gestionneux et autres pédagogues qui donnent des idées à Madame Courchesne.

    Pour un futur Québec plus instruit:

    La réforme n'est pas en cause, c'est un manque de courage.

    L'année scolaire 2002-03 a produit au Québec 72 384 diplômés du secondaire (environ 39 000 filles). Les filles âgées de 15 à 20 ans sont 86 % à avoir en main leur diplôme d'études secondaires, comparativement à seulement 71 % des garçons du même âge.

    Beaucoup de décisions à prendre en même temps. Le début commence avec les garderies qui assurent un suivi des enfants qui seront à problèmes plus tard. Le bureau coordonnateur doit prendre en charge les cas problèmes pour faire le suivi. Mais malheureusement ce n'est pas le cas. Il offre peu de service, c'est navrant. Ce qui n’est pas corriger au début du cheminement de l’enfant, cela occasionnera la démotivation, la perte de l’estime de soi et les échecs à répétition.

    Depuis 2000, près de 400 millions ont été dépensé inutilement pour contrer le décrochage scolaire. La réussite scolaire ce n'est pas une question d'argent, mais des actions à entreprendre et à poursuivre.


    Piste des solutions

    1. Réduire le nombre des commissions scolaires. Certains vous savez qui est contre l'idée mais il faudra bien un jour y venir. Qui aura le courage pour la réussite des élèves ?

    2. Arrêter d’augmenter les subventions les écoles privées.

    Pas facile de prendre cette décision pour l'élite politique et autre. Dans le but de diminuer la bureaucratie et mettre à pieds toute la panoplie de spécialistes (ronds de cuir ) du ministère qui tire un salaire sans rien foutre que de prendre un café à notre santé et assister à des réunions comme spécialistes ou mentor. Voyez le résultat actuel que cela donne = augmentation du décrochage.

    En 2009, on a augmenté de 5 % les subventions aux écoles privées. Ce n'est pas la bonne direction à prendre pour la réussite scolaire.

    Déléguer l’autonomie aux écoles

    Le gros avantage de l'école autonome, elle peut se tourner de bord rapidement... contrairement à l'ancien modèle où il y a tellement de couches de bureaucratie! Enlever les commissions scolaires, ou presque toute, et donner à l'école (l'établissement) la direction complète: principal, enseignants, employés de soutient... répartition du budget... ce qui peut être très différent d'une école à une autre.

    Dans les commissions scolaires, l'école est toujours considérée comme une simple succursale de la commission scolaire, la décentralisation des responsabilités y reste très limitée et les directions d'école ne sont pas partie prenante de décisions qui concernent leur école et son développement.

    Pour d’autres, alors autant admettre nos limites et offrir des voies "d'évitement" supervisés à ceux qui sont "prêts" à décrocher. Solution pour des élèves du secondaire qu'à ceux du primaire. Laissons à ces jeunes la possibilité d'explorer des métiers, des sports, des occupations tout en valorisant l'effort et l'implication. L'important, c'est qu'ils puissent continuer à apprendre, à acquérir des connaissances.

    De plus , assurer un suivi serré des absences et impliquer les parents pour leur donner des outils pour le bien de leur enfant.

    Présentement cet un état de guerre continuel entre les commissions scolaires et les écoles pour établir les priorités, les budgets et autres, perte d’énergie, démotivation des conseils école.

    Soutien


    3. Dès les garderies et la maternelle offrir du soutien aux parents ayant des enfants qui seront en difficulté d'apprentissage. Par exemple l'orthopédagogie reste une mesure concrète à laquelle on se réfère, mais ses spécialistes sont souvent dépassés étant donné le nombre excessivement élevé d'élèves qu'on leur recommande. Eh bien oui, combattons le décrochage scolaire! En 2008, le gouvernement parle de l’engagement de plus de 1000 spécialiste dans son rapport des comptes publiques. Mais dans la réalité rien n’a changé dans les écoles car un employé sur deux est remplacé lors de son départ.


    4. Une école autonome donc la direction prend charge du projet école en équipe. Assurer un suivi des absences. Intégrer les parents afin de leur fournir des outils pour assurer la réussite de leurs enfants ( ateliers, conférence ).

    Le nombre d'élèves par classe devrait se situer entre 20-22... L'enseignant aurait le temps de connaître et de s'occuper de chacun, après, pourrait intervenir un "spécialiste" si nécessaire!

    5. Intégration de l'ensemble des intervenants auprès des jeunes ( garderies ,maternelles, écoles primaires, écoles secondaires )

    L'administration locale permettrait de sélectionner un personnel qui peut s'adapter au milieu et s'y installer rapidement... au lieu de prendre des années pour avoir une tâche respectable et une permanence: on a vu jusqu'à dix ans pour une personne du milieu...
    Quand un enseignant est intéressé, attaché à son milieu, le travail n'est plus une charge... les absences sont moins fréquentes ( comme les suppléances...)

    L'établissement pourrait établir des liens avec les entreprises du milieu pour des stages avec les élèves qui ont besoin de concret. Il y a des individus qui n'ont pas de secondaire V, mais qui font drôlement la "barbe" à d'autres qui ont un secondaire V, un cégep et peut être plus!...

    6. Assurer une stabilité de la direction de l’école sur une période de 4 à 6 ans. Former des équipes stables.


    Des décisions à prendre maintenant pour la réussite des élèves. Voir ce qui se passe en Finlande au sujet de la fonction d'enseignant, de programme, de matériel et de présence à l'école...
    La réussite ne sera pas une question d’argent, mais des décisions à prendre malgré les lobbys.


    Depuis sept ans, Québec investit des sommes considérables dans cette lutte contre le décrochage, et jamais nous n'avons été soumis à un tel cafouillage. «Instruire, socialiser, qualifier», selon les mots du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), tel est le mandat dorénavant. Pas mal comme principe, me direz-vous. Mais dans les faits, la mission d'enseignement a été reléguée aux oubliettes. Les classes ne sont pas seulement hétérogènes, elles sont devenues de véritables lieux anarchiques.

    Maintenant un décret pour l'enseignement durant la fin de semaine. Un décret pour des écoles religieuses juives, la ministre est tombée sur la tête.

    Cela ne fera aucune différence en éducation, mais sera encore plus bénéfique pour obtenir des votes et payer maintenant les A100,000 $ du salaire caché du premier ministre.

    C'est désolent et triste à la fois pour les nouveaux enseignants ( 1/3 ) qui quittent les écoles après 3 ans. Maintenant dans les années avenir l'on parlera du décrochage des professeurs.

    Triste situation

  • edith Bundock - Inscrit 21 février 2010 10 h 48

    pas la peine...

    nous pratiquons le plus beau métier du monde, je n'en doute pas une seconde mais je n'hésite pas une seconde non plus à décourager quiconque de se diriger dans la profession puisqu'elle ne cesse de représenter de plus en plus un véritable et indéniable danger pour la santé mentale et physique de ceux et celles qui l'exercent.

    je sais... seuls ceux qui le vivent le croient vraiment et c'est cela qui empire notre sentiment de découragement et d'impuissance.

    croyez-moi, je suis de ceux et celles qui "menacent" de démissionner, qui "pète sa coche" occasionnellement (de plus en plus souvent) de manière à laisser s'échapper la vapeur accumulée. je suis aussi de ceux et celles qui ne pourront jamais s'arrêter.

    mais je le répète, je n'hésite pas une seconde à décourager ceux et celles qui songent à joindre les rangs. ma fille est une jeune femme brillante, généreuse et sensible qui n'a pas eu besoin que je lui fasse de discours. elle a été et est témoin de ce que nous vivons, de ce que nous affrontons et de combien il est nous est impossible d'abandonner. elle ne deviendra pas enseignante.

    je me sens comme la grenouille dans un chaudron d'eau mise à bouillir, vous connaissez cette histoire? je m'habitue lentement...

    bientôt je ne réagirai plus.

    pas la peine...