Libre opinion - Inquisition et ostracisme à la Maison Théâtre

Le 24 décembre dernier, nous offrions en cadeau de Noël à notre fils aîné un billet pour aller voir le spectacle Baobab à la Maison Théâtre le mercredi 30 décembre 2009, à 15h. Nous nous faisions une fête de cette sortie en famille. Favoriser une petite incursion dans le monde de la musique africaine à notre fils nous enchantait. Également, lui permettre jeune de s'éveiller au monde du théâtre est une perspective intéressante pour nous.

Tous les jours, nous faisions le décompte avec lui du nombre de jours restants avant la pièce. Le jour même, nous nous sommes rendus avec enthousiasme à la Maison Théâtre. Ayant eu notre deuxième garçon le 9 décembre, mon conjoint et moi trouvions que cette sortie allait nous faire un grand bien et nous permettre de pénétrer un bel univers rempli de musique et de poésie.

Or, en entrant dans la Maison Théâtre, me voyant avec mon bébé naissant dans un sac ventral, un employé m'interpelle et me dit que je ne pourrai pas assister à la pièce, car mon bébé n'a pas l'âge requis. Je reste bouche bée. Cet employé va chercher un homme qui semble avoir plus de pouvoir au sein de cette organisation. Commence alors l'inquisition.

Mis à la porte

Cet homme me demande avec une attitude fermée et un ton réprobateur si je suis allée voir leur site Internet. À ma réponse affirmative, il me dit que j'aurais dû y lire à deux endroits écrits en grosses lettres que les enfants qui n'ont pas l'âge requis pour la pièce ne devraient pas être présents. Je n'en crois pas mes oreilles. Je lui réponds que c'est un nourrisson. Je lui dis que je ne peux pas m'en séparer, car il est un bébé naissant et je l'allaite. Je lui explique qu'il dort 20 heures sur 24 et ne se réveille que pour être allaité. J'ajoute que s'il dérange, ce que je voyais impossible, je promettais de sortir de la salle. L'homme à l'attitude fermée n'a fait que répéter que je devais partir. Je lisais la tristesse et l'inquiétude dans le visage de mon fils aîné.

J'ai dû quitter la Maison Théâtre et ne revenir que 50 minutes plus tard. Nous encourageons l'allaitement au Québec et la vie de famille. Voilà que dans un lieu qui peut favoriser les rapprochements familiaux, j'en suis exclue parce que j'allaite un adorable nourrisson d'à peine trois semaines. Mon nourrisson a, comme prévu, dormi durant toute la durée du spectacle et même plus. Si j'avais pu assister en Afrique à un spectacle du même genre, jamais on ne m'aurait chassée des lieux.

Une personne de l'assistance m'a dit que, l'an dernier, elle avait assisté à ce même spectacle au Jardin botanique et elle avait vu trois femmes présentes allaiter leur bébé durant la représentation. Une de mes belles-soeurs me disait dernièrement que Julie Snyder, marraine de l'allaitement au Québec, précisait en entrevue récemment que jamais une femme qui allaite ne devrait être expulsée d'un lieu public. Eh bien, Mme Snyder, sachez qu'on nous met à la porte à la Maison Théâtre.

J'ai porté plainte à la Maison Théâtre afin que les employés et dirigeants en place fassent preuve d'un meilleur jugement à l'avenir dans l'application de leurs règlements. Je souhaite ainsi que, dorénavant, d'autres femmes qui allaitent ne vivent plus jamais ce que j'ai vécu à cet endroit.

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Marie-Josée Boileau - Montréal

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