Libre opinion - Qui veut du nucléaire au Québec?

Hydro-Québec compte acheter Énergie Nouveau-Brunswick en 2010 pour la somme de 4,75 milliards. Ce faisant, la société d'État québécoise effacera la dette d'Énergie Nouveau-Brunswick et prendra possession du réacteur nucléaire de Pointe Lepreau, un réacteur CANDU actuellement en rénovation. Hydro-Québec en deviendra propriétaire à la fin des travaux, au début de 2011.

Cette rénovation, qui devait durer 18 mois, en nécessitera finalement le double, ce qui occasionne des frais considérables. Chaque jour de retard coûte environ 1 million. 70 % de l'énergie de Pointe Lepreau étant destinée au marché américain, Énergie Nouveau-Brunswick doit acheter de l'énergie ailleurs durant les travaux pour respecter ses obligations.

Il faut aussi considérer qu'aucun réacteur CANDU n'a atteint les 30 ans de fonctionnement prévus. Ils ont tous eu des problèmes techniques. Même les réacteurs qui ont subi des rénovations n'ont jamais retrouvé leur puissance énergétique initiale. Cet aspect est très important, car le gouvernement Charest a annoncé son intention de rénover Gentilly-2 le 19 août 2008, une dépense de 1,9 milliard. Ce réacteur étant identique à celui de Pointe Lepreau, la facture risque d'augmenter, ce qui se répercutera inévitablement sur les finances d'Hydro-Québec. Les coûts liés à l'usage des centrales nucléaires sont toujours prohibitifs.

En outre, on ne mentionne jamais le danger pour la santé humaine et l'environnement des centrales nucléaires. Les réacteurs CANDU émettent continuellement des contaminants radioactifs dans l'air et dans l'eau, des produits cancérigènes et mutagènes qui se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire. Et que dire des accidents nucléaires, beaucoup plus nombreux que ce qui est médiatisé? Vous n'avez pas idée des répercussions sanitaires dramatiques — et économiquement désastreuses — qu'a eues l'explosion d'un réacteur nucléaire à Tchernobyl. Ça dépasse l'imagination. Les réacteurs CANDU comportent des défauts techniques pouvant dégénérer en une explosion de ce type. Je viens d'écrire un livre à ce sujet, et ce que j'ai découvert est carrément stupéfiant.

Rappelons également que les experts n'ont pas encore trouvé la solution miracle pour gérer les déchets radioactifs accumulés, ce qui coûtera une fortune. Ces déchets doivent être confinés dans des réservoirs étanches durant des centaines, voire des milliers d'années pour ne pas compromettre la santé de tous les êtres vivants, y compris celle de nos enfants, de nos petits-enfants et de plusieurs générations suivantes. Quand la rénovation de Pointe Lepreau sera complétée, cette centrale cumulera davantage de déchets radioactifs que la centrale Gentilly-2 à Bécancour.

Et c'est Hydro-Québec qui devra composer avec ce problème et tous les coûts qui lui sont inhérents. Même le démantèlement d'un réacteur nucléaire à la fin de sa vie utile nécessite des fonds considérables et des moyens techniques sophistiqués, compte tenu des rayonnements radioactifs extrêmement dangereux que ses composantes continuent à émettre durant très longtemps. Aucune autre filière énergétique ne comporte ce genre de problèmes compliqués et coûteux.

Quand on songe qu'Hydro-Québec achètera Énergie Nouveau-Brunswick à crédit, ce qui augmentera à la fois la dette du Québec et la facture d'électricité de l'ensemble des Québécois, on se demande à quoi pensent Hydro-Québec et le gouvernement Charest. D'autant plus que cet investissement abaissera les tarifs énergétiques des industries néo-brunswickoises au lieu de servir à stimuler un développement économique durable chez nous (automobiles électriques, tramways et autres transports du futur, par exemple)...

En entendant Thierry Vandal, le p.-d.g. d'Hydro-Québec, vanter les profits que la société d'État devrait engranger dès la première année — en faisant abstraction de la dette cumulée, bien sûr —, j'ai immédiatement pensé à ce qui s'est passé récemment à la Caisse de dépôt et de placements du Québec. On y visait les gros rendements à court terme, vous avez vu les résultats. Il est encore temps de réagir. Je doute que les Québécois approuvent que leur société d'État investisse dans une énergie aussi coûteuse et dangereuse que le nucléaire.

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