Libre opinion - Au boulot, les élus !

Au cours des dernières années, pour ne pas dire des dernières décennies, le conseil municipal de Montréal a dormi au gaz émanant du comité exécutif, de la ligne de parti et des exigences du gouvernement du Québec. Il est temps que les conseillers municipaux — particulièrement les 46 conseillers municipaux de Montréal et les 18 maires d'arrondissement qui composent le conseil avec le maire de la ville (65 membres) — remplissent leur devoir, qui est de représenter dignement les citoyens de leur district ou arrondissement au lieu de laisser le comité exécutif ou le gouvernement du Québec prendre toutes les décisions.

Imaginons le réveil du conseil municipal. Nous pourrions voir un conseiller municipal prendre l'initiative de présenter une proposition exigeant du gouvernement du Québec une enquête publique sur la collusion suspectée entre les fournisseurs de la Ville pour augmenter le prix des travaux. Qui oserait voter contre? Un conseiller pourrait proposer une résolution qui créerait un comité du conseil, chargé d'examiner la «gouvernance» de la Ville, les relations entre le politique et l'administratif, entre les fournisseurs et les fonctionnaires, en plus d'examiner les mécanismes internes afin d'assurer une gestion saine permettant aux élus de proposer et d'adopter des projets, tandis que la fonction publique aurait le devoir de les administrer en conformité avec les règlements de la Ville.

Et si le conseil municipal devenait un lieu où les problèmes de citoyens et citoyennes de Montréal étaient réellement examinés au lieu de se limiter au rôle de tampon d'approbation des décisions politiques prises à un niveau supérieur? Les citoyens de Montréal méritent mieux qu'une simple période de questions fort limitée pour présenter leurs revendications ou leurs doléances. Ils paient fort cher pour avoir des représentants «élus» à l'Hôtel de Ville.

La rémunération des élus

En 2008, les 103 élus de Montréal ont reçu une rémunération totale de 8 155 946 $. Est-ce que les citoyens en ont eu pour leur argent? Poser la question, c'est presque y répondre. Un conseiller municipal montréalais reçoit un salaire de 48 851 $, en plus d'une allocation de dépenses de 14 242 $. Le conseil municipal se réunit généralement une fois par mois. Bien sûr, si le conseiller obtient d'autres responsabilités, comme en devenant membre d'une commission ou d'un autre organisme comme le conseil d'agglomération, la Communauté métropolitaine de Montréal, la mairie d'un arrondissement, ou encore un siège au conseil d'administration de la Société de transport de Montréal, quelques milliers de dollars s'ajoutent à sa rémunération.

C'est ainsi qu'en 2008, 48 élus ont été rémunérés plus de 60 000 $, sans compter l'allocation de dépenses. Dix-neuf élus ont fait plus de 90 000 $ en 2008, toujours sans compter l'allocation de dépenses. Ça fait beaucoup d'argent, du moins pour le simple citoyen qui en arrache pour boucler son budget personnel ou familial.

Le vrai pouvoir

Québec annonce des mesures pour encadrer les grandes municipalités. Mais qui, au gouvernement du Québec, connaît les grandes municipalités au-delà du pointage lors des élections provinciales? Les deux derniers ministres des Affaires municipales venaient de petites municipalités (Maria et Thetford Mines). Je doute fort qu'ils aient dû faire face à certains des problèmes particuliers qui minent littéralement Montréal.

Les Montréalais ont une arme contre l'ingérence de Québec dans leurs affaires: le conseil municipal. Encore faut-il que les conseillers se réveillent enfin! Il ne s'agit pas que les conseillers se prennent pour des administrateurs de projets, ce qui fut désastreux dans le passé. Ils doivent toutefois prendre les décisions qui vont permettre à Montréal de se sortir d'une sorte de marasme psychologique et financier et qui vont permettre au personnel de la Ville de travailler en fonction des intérêts des citoyens de la ville, voire de l'agglomération et du grand Montréal (Communauté métropolitaine de Montréal). Cela devrait s'appliquer à toutes les administrations municipales de la région de Montréal (à Laval comme à Longueuil), mais surtout à Montréal, qui doit assumer par sa position de ville centre une forme de leadership tant sur le plan éthique que dans les autres domaines.

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