La liberté d'un leader

Je souhaite réagir à la lettre publiée dans l'édition du 20 et 21 juin 2009 du Devoir signée par le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté. Voici le mot que je lui ai envoyé avant qu'il ne s'envole vers la station orbitale:

Malgré les percées de l'individualisme dans nos sociétés, l'humanité ne se développera pas sans la coopération et la symbiose de leaders tels que vous, de collaborateurs et de mercenaires passionnés ayant «l'audace d'essayer, la force de caractère de ne pas abandonner et surtout [celle] d'avoir entraîné avec [eux] des millions de personnes» dans des projets culturels et sociaux d'envergure.

À l'instar de nombreux admirateurs, je respecte votre engagement et j'acquiesce à votre réussite. Vous avez réalisé de fabuleux projets en développant une synergie suffisante et nécessaire pour attirer de nombreux rêveurs, créateurs, travailleurs et commanditaires à leur matérialisation. La «grande détermination» et le «travail acharné» que vous y avez mis et encouragés témoignent d'un leadership hors du commun. En tant que Québécois, je suis fier que votre nom ou vos réalisations soient connus et reconnus à travers le monde. Il n'est donc pas surprenant de miser sur votre popularité ou celle de vos projets pour conscientiser la planète entière sur l'un des enjeux cruciaux du siècle, l'eau. C'est une stratégie hautement défendable.

Par contre, votre lettre intitulée «Merci Québec!» présente inopinément un Guy Laliberté qui n'est pas libre. Vous semblez avoir scellé un pacte avec le diable par un apparent parti pris pour le capitalisme. Dans votre texte, tout en défendant l'utilité et les premières réalisations de la fondation One Drop - Goutte de vie, vous faites une certaine promotion du système économique et social qui règne en maître sur Terre.

Vous l'opposez à un modèle «nivelant les ambitions par le bas, encourageant la médiocrité» et blablabla, comme seule option de remplacement. Je crois entendre les détracteurs du socialisme des années de la guerre froide. Est-ce suffisant pour comprendre que vous défendez la société marchande qui vous a permis de réaliser jusqu'ici vos rêves les plus fous? Comme promoteur improvisé de la pérennité d'un système en pleine crise, vous lieriez naïvement les intérêts des magnats de ce monde à ceux des affamés et des exploités du XXIe siècle.

C'est un pacte qui minerait assurément votre crédibilité à transformer en un monde meilleur celui déchiré par la course à la maximisation du profit, à l'accélération du gaspillage, à l'accroissement et à la concentration du capital et des richesses de la planète dans peu de mains.

Dans la station spatiale, pendant l'instant de recueillement suivant la lecture du poème de M. Claude Péloquin, peut-on s'attendre que vous réalisiez que la lutte pour enrayer l'hécatombe annuelle de millions de gorges asséchées doit également comprendre celle de combattre la source de ce problème, c'est-à-dire le système social et économique qui a fait ses preuves depuis 200 ans pour exclure un très large éventail de la population mondiale des jouissances terrestres malgré toutes les promesses d'égalité, de fraternité et de liberté?

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