«Pas dans ma cour!» dit l'UQAM

Cette année, le seul festival montréalais qui peut se targuer de n'exclure personne de son territoire se fait lui-même expulser pour des raisons plutôt discutables. En effet, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) refuse d'octroyer la place Pasteur au Festival d'expression de la rue (FER) pour la tenue de sa 13e édition.

Or, au cours des 12 dernières années, le FER s'est toujours tenu à la place Pasteur, située sur la rue Saint-Denis, immédiatement à côté de la sortie de métro Berri-UQAM. Cette place, dont l'administration est aujourd'hui assurée par l'UQAM car elle est située sur son campus, fut léguée à la Ville de Montréal au XIXe siècle par Louis-Joseph Papineau, qui lui décréta alors son statut d'espace public, c'est-à-dire accessible à tous.

Cette place reçut son nom actuel au XXe siècle en l'honneur de Louis Pasteur, homme de science voué à l'amélioration des mesures sociosanitaires et de la santé collective. L'histoire de ce site enchanteur lui confère donc une valeur particulièrement symbolique pour notre événement puisqu'elle s'est enracinée sous un statut d'espace public et qu'elle rejoint de surcroît la mission préventive et sanitaire du festival.

Et parlons-en, de ce festival. C'est le dernier de la saison estivale, celui qui s'impose depuis 1997 après la clôture des grands événements. Organisé par le Collectif d'intervention par les pairs, le Festival d'expression de la rue cible principalement les jeunes en situation de précarité et d'itinérance qui fréquentent le centre-ville de Montréal.

En ouvrant un dialogue, le FER favorise la cohabitation harmonieuse de ces jeunes avec les résidants, commerçants et passants du quartier tout en démystifiant leur culture. Fruit de la collaboration annuelle d'une cinquantaine de partenaires et d'organismes communautaires, le FER offre aussi une tribune importante pour les talents artistiques des plus variés. Parallèlement, cet événement sert de plate-forme pour sensibiliser les jeunes à la prévention des maladies infectieuses et aux méfaits liés à l'utilisation de drogues, le tout en favorisant un développement positif de leur estime de soi.

C'est après 12 ans d'une saine collaboration que l'UQAM refuse délibérément de prêter l'espace. Le Collectif d'intervention par les pairs a rencontré M. Claude Corbo, recteur de l'UQAM, en vue d'en arriver à un compromis, mais le recteur est demeuré inflexible. L'excuse officielle qui fut servie repose entièrement sur la non-disponibilité du terrain de juin à octobre en raison de la tenue des festivités entourant le 40e anniversaire de l'université.

Pourtant, le Festival Juste pour rire nous a confirmé qu'il tiendra encore cette année certaines de ses activités sur le site même de la place Pasteur au cours du mois de juillet. Que cache donc l'excuse du 40e de l'UQAM? Dans une missive qui nous a été envoyée par le recteur le 25 février dernier, celui-ci indique ses motivations réelles pour refuser ledit terrain: «Le rendez-vous festif et stratégique auquel nous sommes conviés en 2009 nous invite à des démarches plus sobres et moins enclines à des polémiques.» On peut alors se demander: «Mais qu'est-ce qui est polémique?» Si l'image que projettent les jeunes de la rue peut sembler dérangeante pour certains, il faut savoir que l'un des principaux objectifs du festival est justement de favoriser une meilleure cohabitation et une compréhension réciproque entre les jeunes et le reste de la population!

De plus, les 12 éditions sans embûche qu'a connues le FER ne peuvent que servir la réputation de l'université. Enfin, pourrait-on penser que l'UQAM a abandonné son statut d'université du peuple, son ouverture et sa mission sociale en préférant que les jeunes marginalisés se retrouvent n'importe où, mais ailleurs que dans sa cour?

Dans les circonstances, il appartient à la Ville de Montréal, l'autre responsable de la place Pasteur, de trouver un lieu de remplacement pour la tenue des activités du FER, à moins que l'UQAM ne daigne sagement revenir sur sa décision. En effet, on est sur le point de démolir une institution communautaire et populaire qui favorise l'inclusion de jeunes justement trop souvent victimes d'exclusion dans de multiples sphères de leur vie. Il n'y a pas à dire: Papineau doit très certainement se retourner dans sa tombe!

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Ont signé ce texte: Catherine Lessard, Evelyne Gauthier, Isabelle Gauvin, Kim Heyhemand, Stéphanie Michaud, Marc-André Savory et Bertrand Hug-Larose (Collectif d'intervention par les pairs); Bernard St-Jacques (RAPSIM); Jean-François Mary (CACTUS-Montréal).

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