Pour un système intégré de contrôle de la qualité

Nous assistons à un débat un peu éclaté sur les contrôles de qualité externes alors que ceux-ci ne sont faits que tous les deux à quatre mois au maximum dans les laboratoires. Le contrôle quotidien de la qualité par des contrôles internes est de loin le plus important pour assurer des résultats de qualité au jour le jour. Tous les laboratoires de biochimie du Québec font quotidiennement de tels contrôles en même temps que les analyses de patients, et ce, depuis plus de 35 ans. On peut ainsi qualifier très précisément la qualité des analyses que nous produisons. Il ne faut pas donner l'impression au public, comme on l'a lu et entendu dernièrement, qu'il n'y a pas de supervision de la qualité dans les laboratoires et que les médecins reçoivent des résultats de qualité douteuse.

Les biochimistes des hôpitaux ont réussi à convaincre le ministère de la Santé, par l'entremise du laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), de la nécessité de prendre en charge la supervision et les coûts de tels contrôles externes de la qualité. Actuellement, ce contrôle est assuré conjointement par le LSPQ et le comité de contrôle externe de la Société québécoise de biologie clinique (SQBC) où siègent des spécialistes en biochimie clinique (biochimistes cliniques et médecins biochimistes). La qualité des analyses de biochimie est donc assurée dans les 145 laboratoires de biochimie du Québec, et ce, autant dans les grands laboratoires d'hôpitaux universitaires, les laboratoires de biochimie dans les hôpitaux régionaux que dans les quelques laboratoires privés du Québec.

Malgré une augmentation de la charge de travail dans les laboratoires de biochimie au cours des années, la qualité globale de ces contrôles externes était, en 2008, de l'ordre de 98,5 % par rapport aux critères de qualité américains (CLIA'88). Il est vrai que nous sommes en situation de pénurie de personnel et que ceci provoque une tendance à procéder à l'embauche de personnel dont la formation n'est pas toujours en lien direct avec les tâches à accomplir, ce qui constitue un risque supplémentaire pour l'intégrité de la qualité analytique. Nous devons toujours faire plus avec moins, mais les spécialistes de laboratoire et les technologistes médicaux travaillent ensemble pour assurer la qualité des analyses de laboratoire avec des équipements qui sont de plus en plus complexes.

Au cours des dernières années, les laboratoires des hôpitaux du Québec ont complété un processus d'agrément. Ce processus exige que des contrôles de qualité internes et externes soient faits sur toutes les analyses produites en laboratoire, dont l'hématologie et la coagulation (clinique d'anticoagulothérapie), la microbiologie et la biochimie. Il est donc pour le moins surprenant de constater que de tels contrôles de qualité externes ne sont pas encore effectués dans tous les laboratoires de pathologie sous la supervision d'un organisme provincial tel que le LSPQ, plutôt que d'acheter individuellement ce service au College of American Pathologist (CAP) dans les quelques laboratoires de pathologie qui le font.

L'Ontario s'est doté d'un système intégré de contrôle de qualité externe (QMP-LS) dans ses laboratoires. Ce système est annexé au processus d'agrément des laboratoires (OLA). Puisque les éléments de base d'une telle structure existent déjà au Laboratoire de santé publique du Québec en biochimie et en microbiologie, le ministère de la Santé devrait profiter de la présente crise pour se doter d'un tel système intégré de contrôle de qualité externe des laboratoires dans les autres spécialités, soit l'hématologie et la pathologie.

Les biochimistes des hôpitaux ont convaincu le ministère du bien-fondé de tels contrôles. Espérons qu'on accélérera le processus pour que l'on n'ait plus à revivre un tel psychodrame à l'avenir, avec toutes les conséquences sur la confiance de la population en général, sur les laboratoires et toute l'insécurité que cela génère.

À voir en vidéo