Pub-choc ou panneau porno?

Ce matin-là, la future maman d'un petit garçon et belle-mère d'une préado que je suis avait décidé de partir plus tôt pour pouvoir admirer les arbres bourgeonnants et respirer l'air printanier. Pour me rendre à mon lieu de travail, il me faut traverser le parc La Fontaine, à Montréal: j'étais ravie à l'avance de pouvoir profiter de cette renaissance annuelle à travers le discret vert tendre qui se montrait le bout du nez et la folie des vélos qui recommençait.

Arrivée au coin des rues du Parc-Lafontaine et Duluth, le sourire aux lèvres, je déchantai: le spectacle verdoyant fut brutalement remplacé par un panneau publicitaire sur le flanc d'une camionnette. Il s'agissait d'une pub d'American Apparel, avec son paradis des jeunes printemps désincarnés... Toutes les techniques de méditation apprises au fil des ans ne m'ont pas permis de retrouver la légèreté de coeur qui m'habitait pourtant ce matin-là.

Cette fois, ça allait trop loin: sur la publicité, la jeune personne — une très jeune fille, plus précisément — trônait à quatre pattes, une blouse retroussée au-dessus de ses fesses nues et un vague crochet venant du plafond semblant la retenir. J'ose le dire: l'omniprésence d'une sexualité débridée me fait douter de l'équilibre mental de notre société!

Qu'on me comprenne bien: il ne s'agit là ni de puritanisme ni d'un excès de pudeur. Je suis tout à fait prête à accepter une forme de sensualité illustrée dans les médias, bien que je trouve que cela manque trop souvent d'originalité et de nuance. Je crains cependant que l'on ne soit plus capables de faire la distinction entre sensualité, érotisme et pornographie. J'ajouterais qu'on nous soûle presque exclusivement de très, très jeunes filles «subtilement» consentantes à une forme ou une autre d'humiliation.

La présence d'une sexualité aux allures perverses ne se limite pas aux panneaux publicitaires. Elle est présente dans les kiosques à revues, les vidéos des chanteurs et chanteuses pop, la mode, les émissions télé, les films, les vitrines de magasins et de bars... et j'en passe. Sans oublier le Web, source intarissable des joies de l'humiliation sexuelle! Cette omniprésence du sexe a-t-elle une influence sur le commun des mortels? Dans un tel contexte de banalisation de la sexualité où la femme a malheureusement le mauvais rôle, il est difficile de se rappeler que nous avons encore le choix d'une sensualité ou d'un érotisme qui s'exprime et se satisfait dans un rapport respectueux et égalitaire.

Cette personne qui consomme de la porno, et de manière de plus en plus involontaire, comment vit-elle son quotidien? Quel regard jette-t-elle sur sa collègue, une femme politique ou une passante dans la rue? Et comment peut-on protéger notre propre intimité et s'y retrouver dans nos désirs? Ce qui effraie aussi, c'est ce qu'absorbent les enfants, les garçons comme les filles. Qu'apprennent-ils? Grandissent-ils avec l'idée de soumettre leurs petites amies d'un côté ou de s'humilier pour plaire de l'autre? «Faire l'amour» semble être un concept dépassé.

Pour en revenir à l'adolescente d'American Apparel qui m'a fait verdir d'horreur, non seulement l'affiche avait des allures de pornographie de bas étage, mais je ne donnais pas 18 ans à cette petite. Souffre-t-on de schizophrénie? D'un côté, c'est la chasse aux loups, les pédophiles, et de l'autre, on excite nos hormones printanières à coups de prépubères!

Réagissons! Quand donc le monde de la publicité va-t-il se réveiller? Femmes si présentes dans le monde des médias, où êtes-vous? Et vous, les hommes, j'ose espérer que vous en avez marre d'être dépeints ou interpellés comme des prédateurs tordus et irrespectueux. Qu'est-ce qui nous fait gober et endosser ces abus dans un silence passif?

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