Pâques : le Christ est-il ressuscité ?

Pour tous les chrétiens du monde, c'est la semaine la plus importante de l'année. C'est une semaine sainte, où l'on fait mémoire de l'événement fondateur de ce que nous sommes: la mort-résurrection du Christ. On a beau dire que le Christ est ressuscité, cette année, permettez-moi d'en douter!

J'ai plutôt l'impression que la passion du Christ avec ses souffrances, ses reniements, ses rejets, ses crucifiements, s'éternise; elle n'est toujours pas terminée. Serait-ce que l'évangéliste Marc avait raison de dire, en finale de son évangile, que le message de la Résurrection n'a vraiment pas passé, puisque les femmes qui avaient pour mission de l'annoncer ne dirent rien à personne, parce qu'elles avaient peur (Marc 16,8)? Et pourtant, on ne peut séparer le Vendredi saint du dimanche de la Résurrection; sinon on risque de célébrer la mort pour elle-même, comme une fin en soi, quand on sait que seul Pâques peut lui donner un sens.

Quelle est cette peur qui nous paralyse et qui nous empêche encore aujourd'hui de proclamer haut et fort que le Christ est vivant à travers les hommes et les femmes de notre temps? Cette peur se manifeste, non seulement chez les chrétiens de la base, mais aussi chez ceux qui exercent l'autorité dans l'Église: la peur de la modernité, du relativisme, de l'étranger, du non-croyant; la peur du risque de l'engendrement dans la foi, où le résultat ne nous appartient pas, mais où l'espérance est à son meilleur, et cette peur se traduit souvent par des paroles et des gestes insensés qui choquent, qui scandalisent et qui divisent.

L'accueil par le pape Benoît XVI de quatre évêques intégristes au sein de l'Église, sous prétexte d'unité ecclésiale, en a choqué plus d'un, lorsqu'on sait l'attitude de ce pape envers les théologiens, les exégètes, les évêques, les prêtres, les religieux(ses) et les croyants de tendance progressiste qui relisent l'Évangile et qui l'actualisent dans le monde d'aujourd'hui.

L'excommunication de l'entourage de cette jeune Brésilienne qui a subi un avortement à la suite d'un viol répétitif de son beau-père a scandalisé, partout dans le monde, des croyants qui comprennent difficilement le peu de compassion de certains dirigeants de l'Église. Et ces propos malheureux du pape sur le condom, rapportés par tous les médias, dans l'avion le conduisant en Afrique, ont été la goutte qui a fait déborder le vase pour de nombreux catholiques d'ici et d'ailleurs qui n'en peuvent plus d'entendre ces discours qui méprisent la réalité humaine contemporaine.

Lorsque 30 millions d'Africains souffrent du sida, on peut s'attendre à des paroles de réconfort pour les efforts de tous les intervenants, sur le terrain, qui cherchent désespérément à enrayer cette terrible maladie du sol africain. Il est vrai que le condom n'est pas la solution à cette épidémie; il faut plus que ça. Mais peut-on imposer l'abstinence à toutes les personnes qui sont atteintes du VIH? Lorsque le feu fait rage, ce n'est pas le temps de discourir sur la prévention; c'est le temps d'éteindre l'incendie. Ensuite, on peut parler de responsabilisation et d'humanisation de la sexualité. Qu'on le veuille ou non, le condom est un moyen efficace pour freiner la propagation du sida. Ce n'est plus un contraceptif, c'est un préservatif.

Tous ces événements ont été pour plusieurs des raisons suffisantes pour apostasier ou plutôt pour abandonner l'Église. Je ne suis vraiment pas d'accord avec eux; on ne quitte pas le bateau pendant une tempête. On affronte l'orage et on cherche ensemble des solutions. Personnellement, j'ai quitté la politique pour exercer mon ministère de prêtre, parce que je crois toujours en l'Église catholique, et je sais pertinemment bien que l'Église, ce sont d'abord les croyants de tous les horizons, les chrétiens de la base, les missionnaires, les prêtres et les évêques qui sont solidaires des plus démunis, des pauvres, des opprimés, des marginalisés et des blessés de la vie. Au lieu d'apostasier sa foi, pourquoi ne pas les appuyer? Ce n'est pas en baissant les bras et en démissionnant qu'on peut changer les choses.

Au contraire, il faut rappeler à toute l'Église que le message d'espérance du Christ de l'Évangile doit être annoncé au monde entier. Serions-nous comme ces femmes de l'évangile de Marc qui n'ont rien dit à personne parce qu'elles avaient peur? Si c'est le cas, le Christ ne peut être ressuscité, parce que nous sommes incapables d'en témoigner et de le représenter. Joyeuses Pâques quand même!

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