L'autre stratégie jeunesse

Le gouvernement libéral a dévoilé vendredi, dans un certain anonymat médiatique, sa Stratégie d'action jeunesse 2009-14, qui comprend entre autres des mesures en éducation, en santé, en environnement et pour stimuler l'entrepreneuriat. L'objectif poursuivi par ces mesures est bien entendu d'atteindre des résultats durables en investissant aujourd'hui dans la jeunesse québécoise.

Dans le rapport, on peut d'ailleurs lire que la stratégie jeunesse constitue un «message d'espoir». Si on peut se réjouir de plusieurs des initiatives qui y sont mises de l'avant, on ne peut s'empêcher de s'interroger quant au véritable avenir que la stratégie du gouvernement actuel offre à la relève québécoise.

En effet, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, déposait une semaine auparavant un budget qui, dans le meilleur des scénarios, comporte des déficits annuels de quatre milliards, et qui portera la dette publique québécoise à environ 150 milliards. Ce déficit annoncé est basé sur un scénario de rêve où la récession se résorberait rapidement, où l'on couperait dans les dépenses et où nous trouverions six milliards de dollars provenant de compressions ou de sources de revenus qui à ce jour ne sont pas déterminées. L'endettement du Québec, qui était déjà le pire au Canada, va exploser.

Si au moins ce déficit s'expliquait par des dépenses bénéficiant aux victimes de la crise économique et aux générations suivantes. Une analyse rigoureuse du budget démontre plutôt que les fonds seront affectés à des dépenses courantes qui s'envoleront en fumée et qu'on se sert de la crise économique pour cacher un déficit structurel lié entre autres au vieillissement de la population.

Le budget donne ainsi l'impression que notre gouvernement, ne voulant déplaire à personne, a décidé de ne rien enlever à qui que ce soit, sauf aux générations futures, bien sûr, car celles-ci semblent silencieuses. À titre d'exemple, le poste de la santé occupe désormais à lui seul 44 % de notre budget et est en hausse de 5,1 % par rapport à l'an dernier, soit une hausse de 1,5 milliard.

Cette augmentation ne constitue que l'accroissement naturel des coûts du système et n'y apportera donc aucune amélioration substantielle. Rappelons que la santé représentait 30 % du budget lors de l'exercice 1980-81 et que le problème de l'accroissement des coûts en santé est à l'ordre du jour public depuis au moins cinq ans, sans qu'aucune réforme majeure n'ait été effectuée. La stratégie budgétaire du gouvernement relève plus de la peur de déplaire que d'une volonté de stimuler l'économie en temps de crise.

Ce déficit budgétaire s'additionne à d'autres héritages déficitaires pour la relève: un régime de retraite publique insuffisamment capitalisé, un régime de la CSST déficitaire, un fonds d'amortissement des régimes de retraite constitué d'emprunts plutôt que généré à même les revenus courants, un régime d'assurance automobile déficitaire, alouette! Sommes-nous les seuls à lire dans le budget que le service de la dette nous coûte plus de six milliards de dollars par année et que ce paiement annuel atteindra neuf milliards dans cinq ans? Comment pourrons-nous, une fois les boomers retraités, assumer ce fardeau alors que notre population active sera réduite?

Quant au fonds des générations, soyons clairs: le versement annuel vaut à peine 20 % du déficit annuel, et le fonds total représente moins de 2 % des 150 milliards de dette qui nous attendront.

La stratégie budgétaire et la stratégie jeunesse du gouvernement violent un principe fondamental: la nécessité d'ajuster la croissance des dépenses publiques à celle de la richesse. On choisit plutôt de consommer maintenant et de payer plus tard, en sachant pertinemment que c'est une autre génération et un autre gouvernement qui écoperont de la facture. Ce pelletage budgétaire dans la cour des plus jeunes sera sans aucun doute la mesure la plus durable de la stratégie jeunesse entreprise par notre gouvernement.

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