Chasse au phoque: l'IFAW répond à Nature Québec et le Parlement euro

Le texte de Nature Québec publié dans la page Idées du Devoir du 12 mars dernier, intitulé «Le phoque du Groenland n'est pas menacé», perpétue les mythes au sujet de la chasse aux phoques. Il ne rend pas service aux lecteurs qui devraient être informés des faits vérifiables pour comprendre pourquoi le plus grand abattage de mammifères marins au monde, la chasse aux phoques commerciale canadienne, est tant décrié à la fois à l'étranger et ici au Canada.

Nature Québec, qui fait par ailleurs un excellent travail en matière de programmes écologiques au Québec, prend position pour la toute première fois de son existence sur ce dossier. Un peu trop hâtivement, au vu de certaines affirmations qui ressemblent davantage aux arguments fallacieux du Conseil canadien de la fourrure ou de Pêches et Océans Canada, qui finance cet organisme.

Le mythe qui rend le phoque du Groenland responsable de tous les maux des pêcheries en général, et du non-rétablissement des stocks de morue en particulier, a la vie dure dans les provinces atlantiques. C'est un bouc émissaire très pratique, mais dépourvu de fondement scientifique. Parmi les nombreuses études portant sur la prédation de la morue ou d'autres espèces par le phoque du Groenland, aucune n'a pu démontrer un quelconque impact sur les stocks de poissons — un fait reconnu depuis un certain temps déjà par les biologistes qui travaillent à Pêches et Océans Canada.

Le prétendu «équilibre écologique» qui justifierait l'abattage de centaines de milliers de bébés phoques est un autre mythe qui a été rejeté par les écologistes dans les années 1930. Il y a par contre une abondante littérature scientifique témoignant du fait que les écosystèmes dans le golfe du Saint-Laurent, comme ailleurs dans cette région maritime convoitée depuis des siècles, ont été vidés par la surpêche et profondément transformés par la surexploitation et l'activité humaine. Une étude récente montre même que la pêche industrielle, pratiquée depuis des décennies, a modifié l'évolution de la morue de façon permanente...

En matière d'abattage sans cruauté, Nature Québec omet de dire que le Fonds mondial pour la nature (WWF) n'a pas d'expertise dans ce domaine — Nature Québec non plus — et réfère ces questions aux organisations spécialisées en bien-être animal, comme le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Son nom est néanmoins régulièrement exploité à des fins de justification de la chasse aux phoques, ce que cet organisme n'apprécie guère. Il faut également souligner que le rapport en question (2005) fait état de 11 recommandations qui devraient être appliquées afin que la chasse soit pratiquée sans cruauté — ce qui n'est pas le cas en 2009, une nuance plutôt importante!

Dans son texte, Nature Québec précise que les chasseurs de phoques sont également des pêcheurs. En fait, ce sont pour la plupart des pêcheurs, qui chassent le phoque entre deux jours à deux semaines par an, pour un revenu d'appoint, et non l'inverse! Le mythe de la dépendance économique a été sérieusement ébranlé depuis que les coûts associés au maintien de la chasse en 2007 et en 2008 (brise-glaces de la Garde-côtière, surveillance de Pêches et Océans, nombreux voyages de délégations en Europe, effondrement du prix des peaux de phoque, inventaires invendus depuis 2007) indiquent que la chasse aux phoques coûte peut-être davantage aux contribuables canadiens qu'elle n'en rapporte aux pêcheurs — sans parler de l'impact économique de divers embargos déjà en cours. Il est grand temps que le gouvernement fédéral et les députés qui représentent ces communautés prennent leurs responsabilités et investissent dans des emplois ayant un avenir plus prometteur. Nous sommes au XXIe siècle! Pour une première prise de position sur ce dossier chaud, Nature Québec devra repasser.

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