Petite histoire d'un survivant cambodgien

Il était une fois un Cambodgien appelé 005. Né en 1948 à Siem-Reap, dans le nord-ouest du pays, il avait cinq ans quand la France accorda l'indépendance à son pays. Ses parents purent l'inscrire au lycée, où il en profita pour apprendre le français sous le règne du jeune roi Norodom Sihanouk, lequel céda momentanément le trône à son père, Norodom Suramarit, avant de le reprendre à la mort de celui-ci.

Un peu plus tard, 005 devint instituteur dans sa ville natale à la suite d'une formation adéquate à l'école normale du lieu. Mais la situation économique et politique se détériora en 1970 quand le général Lon Nol, avec l'appui des Américains, évinça le roi Sihanouk, qui virait progressivement à l'extrême gauche, préparant involontairement le terrain aux Khmers rouges de Pol Pot. Quand ceux-ci attaquèrent sa ville en 1975, le jeune enseignant se fit commando pour défendre son lycée contre l'impitoyable envahisseur.

Pol Pot ayant ordonné de vider les villes et de supprimer les intellectuels, 005 se réfugia, avec l'une de ses soeurs, du côté de Battambang, ville située à 70 kilomètres à l'ouest de Siem-Reap, à mi-chemin de la frontière avec la Thaïlande. Il évita ainsi la mort, principalement grâce à la couleur de sa peau, plus foncée que la moyenne, de sorte qu'il réussit à se faire passer pour un paysan illettré, seul passeport valable pour échapper alors à l'insensée tuerie pratiquée par les Khmers rouges. Dès lors, tous les jours, de 19 h jusqu'à 4 h du matin, il travailla à la collecte d'excréments humains destinés à l'engraissement des champs des seuls paysans analphabètes, ce qui lui permit de se procurer du riz, l'essentiel de son alimentation. Toutefois, comme il était célibataire, situation que ne toléraient nullement les suppôts assassins de Pol Pot pour un homme de son âge, il demanda à sa soeur d'organiser en toute hâte son mariage, de sorte que son fils aîné est né sous un régime qui s'employait à supprimer systématiquement toutes les bouches jugées inutiles, les vieillards impotents, les handicapés, les lépreux, etc. Ayant échappé au génocide, 005 pu revenir à Siem-Reap, où il pratiqua le troc pour survivre avec sa famille. Chaque jour à l'aurore, il parcourait plusieurs dizaines de kilomètres à bicyclette avec une lourde charge de riz en direction de l'immense étendue lacustre du Tonlé Sap afin d'échanger sa marchandise aux pêcheurs du lac en retour de divers poissons et fruits de mer qu'il revendait ensuite à la ville.

Pol Pot ayant ordonné de vider les villes et de supprimer les intellectuels, 005 se réfugia, avec l'une de ses soeurs, du côté de Battambang, ville située à 70 kilomètres à l'ouest de Siem-Reap, à mi-chemin de la frontière avec la Thaïlande. Il évita ainsi la mort, principalement grâce à la couleur de sa peau, plus foncée que la moyenne, de sorte qu'il réussit à se faire passer pour un paysan illettré, seul passeport valable pour échapper alors à l'insensée tuerie pratiquée par les Khmers rouges. Dès lors, tous les jours, de 19 h jusqu'à 4 h du matin, il travailla à la collecte d'excréments humains destinés à l'engraissement des champs des seuls paysans analphabètes, ce qui lui permit de se procurer du riz, l'essentiel de son alimentation. Toutefois, comme il était célibataire, situation que ne toléraient nullement les suppôts assassins de Pol Pot pour un homme de son âge, il demanda à sa soeur d'organiser en toute hâte son mariage, de sorte que son fils aîné est né sous un régime qui s'employait à supprimer systématiquement toutes les bouches jugées inutiles, les vieillards impotents, les handicapés, les lépreux, etc. Ayant échappé au génocide, 005 pu revenir à Siem-Reap, où il pratiqua le troc pour survivre avec sa famille. Chaque jour à l'aurore, il parcourait plusieurs dizaines de kilomètres à bicyclette avec une lourde charge de riz en direction de l'immense étendue lacustre du Tonlé Sap afin d'échanger sa marchandise aux pêcheurs du lac en retour de divers poissons et fruits de mer qu'il revendait ensuite à la ville.

D'abord bien accueillie, la présence des soldats vietnamiens devint peu à peu insupportable, ceux-ci se livrant à des exactions pouvant aller jusqu'au pillage et au viol. En 1993, des élections vraiment libres eurent lieu sous la surveillance de l'ONU et le pays, extrêmement mal en point par suite des atrocités commises par les Khmers rouges, put envisager de s'extirper un jour de la misère. L'année suivante, l'Assemblée décréta hors-la-loi le parti de Pol Pot et le Cambodge s'ouvrit désormais au monde extérieur. Le tourisme se développa et c'est pourquoi notre homme quitta sa fonction de policier dès 1995, devinant qu'il pouvait améliorer son sort en mettant à profit sa connaissance à la fois du français et des splendeurs angkoriennes. Il se fit donc guide touristique officiel et on lui attribua en l'occurrence le numéro 005. Ce Cambodgien souple et intelligent se nomme en réalité Yip Khan: c'est lui qui nous guida admirablement lors de notre récent passage à Siem-Reap et à Angkor.

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