Le décrochage scolaire : l'urgence d'agir

Le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec a pour mission de regrouper et de représenter les carrefours jeunesse-emploi. Chaque année, ce sont plus de 55 000 jeunes âgés de 16 à 35 ans qui obtiennent de l'aide à l'insertion socioprofessionnelle de l'un ou l'autre des 110 carrefours jeunesse-emploi présents au Québec.

Ce n'est aujourd'hui plus un secret pour personne que l'insertion socioprofessionnelle des jeunes adultes représente un défi important. Il existe une relation directe entre la formation acquise et le chômage ou la précarité professionnelle chez les jeunes adultes. Ainsi, plus le niveau d'éducation est élevé, meilleur est le taux d'emploi. Bien qu'en grande majorité les jeunes finissent par se tailler une place sur le marché du travail, une forte proportion d'entre eux vont malgré tout rejoindre les rangs de l'aide sociale, souvent en raison de leur sous-qualification scolaire et professionnelle.

Encore aujourd'hui, 15 % des Québécois de moins de 30 ans ne possèdent aucun diplôme. Bien que plus marginale, cette statistique prend son importance lorsque l'on considère qu'entre 1990 et 2003, la proportion des emplois ne nécessitant pas de diplôme est passée de 29,5 % à 16,8 %. Dans ce contexte, il apparaît inévitable que plusieurs jeunes de moins de 30 ans ne réuniront pas les conditions nécessaires à l'obtention d'un emploi. Même si les prévisions d'Emploi-Québec font état de 640 000 emplois à pourvoir d'ici peu, il y a fort à parier que des milliers de personnes ne pourront y avoir accès en raison de leur faible taux d'employabilité individuelle. Entre 2003 et 2004, 63,1 % des jeunes de moins de 30 ans qui ont eu recours aux services du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale avaient une scolarité inférieure à une quatrième secondaire.

Cet état de fait devient extrêmement problématique lorsqu'on le place dans le contexte plus large de la transformation démographique à venir au Québec. En effet, au cours des 20 prochaines années, le poids démographique des 15-29 ans continuera de diminuer de façon importante. De plus, considérant qu'il y a 20 ans le Québec comptait huit personnes actives pour chaque retraité et que dans moins de 25 ans ce ne sera plus que deux personnes qui seront actives pour chaque retraité, il devient incontournable pour l'État québécois de consacrer des investissements sans précédent afin d'accompagner ceux qui ont besoin d'aide pour obtenir un diplôme et intégrer le marché du travail.

Forcément, ces éléments nous interpellent tous comme citoyen, cela va sans dire, mais aussi à titre d'organisation vouée au développement de la jeunesse comme le sont les carrefours jeunesse-emploi. Nous croyons qu'il est indispensable, afin de faire fléchir les douloureuses tendances présentées, que la société québécoise fasse de la réussite éducative des jeunes non seulement une véritable priorité nationale, mais une obsession nationale. Cette obsession ayant comme seul objectif de qualifier 100 % des jeunes.

Nous sommes d'avis que l'État ne peut faire cavalier seul en matière de lutte contre le décrochage scolaire. L'ampleur de la tâche est considérable, et les solutions doivent d'abord répondre aux besoins des jeunes eux-mêmes. Il s'agit d'un fléau qui doit être combattu par l'ensemble des communautés locales et régionales, ainsi que leurs composantes que sont, bien sûr, les parents, le milieu communautaire, le milieu des affaires et les milieux politiques locaux.

Tous doivent se concerter pour entreprendre des actions concrètes en faveur de la réussite éducative du plus grand nombre de jeunes. Il y a urgence d'agir, et le gouvernement du Québec doit faire des gestes concrets qui visent le soutien et la mobilisation des communautés qui ont fait le choix de se prendre en main. Les transformations démographiques à venir nous démontrent plus que jamais que le Québec n'a pas les moyens de se priver de sa jeunesse.

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