Budget fédéral - La crise économique est une occasion de préparer le Canada au XXIe siècle

Pourquoi faut-il toujours revenir à l'asphalte et au béton? Malgré de sérieux désaccords sur les réductions d'impôt, le gouvernement conservateur et les libéraux s'entendent pour dédier la part du lion du programme de relance économique aux projets d'infrastructure — des ponts et des routes —, pour 12 milliards de dollars.

Il va de soi que nous n'avons rien contre les viaducs, ou ceux qui les construisent. Mais un gouvernement responsable, aux prises avec la crise actuelle, ne doit pas endetter les générations futures en misant sur des idées du XXe siècle: mieux vaut investir dans des projets visionnaires, qui contribueront à moderniser le Canada et à améliorer concrètement la vie des citoyens.

Malheureusement, ces projets sont pour le moment absents du budget 2009. Voici donc trois suggestions qui pourraient amorcer un débat sur la question:

Moderniser l'État. De plus en plus de Canadiens maîtrisent les technologies de l'information, mais les gouvernements accusent souvent un retard considérable. Prenons le système de santé: si la confidentialité est bien protégée, la numérisation des dossiers médicaux permettrait de sauver du temps, des vies et beaucoup de frustration. On estime justement le coût de la numérisation à 12 milliards de dollars — pour 6 milliards d'économies annuelles; c'est dire que les 500 millions $ proposés dans la version actuelle du budget sont insuffisants. Une autre idée (plus abordable) pour mettre le pays à l'avant-garde de la nouvelle économie: rendre l'accès à Internet sans fil gratuit dans les villes canadiennes.

Réinventer les métropoles. Bien que les centre-ville se soient embellis dans les dernières années, nos régions métropolitaines ressemblent trop souvent à un assemblage informe d'autoroutes ravagées, de parkings infinis et de centres commerciaux entourés de forêts de poteaux électriques. Un moyen rapide et facile d'investir les fonds publics pour le bien commun ne serait-il pas simplement d'enfouir les fils électriques, comme en Europe, et, comme il y a 100 ans au Canada, d'ériger des parcs municipaux et de planter des arbres le long des rues?

Développer les transports publics. Les autoroutes et les boulevards ne disparaîtront pas de sitôt, mais ils ne représentent plus l'avenir. Il existe aujourd'hui un consensus national sur l'importance de révolutionner la mobilité au XXIe siècle. La crise actuelle représente une occasion sans précédent de lancer le fameux train à grande vitesse, non seulement entre Québec et Windsor, mais aussi entre Edmonton et Calgary (et autres grands centres du pays). Et tant qu'à y être, pourquoi ne pas rouvrir les lignes régulières de train qui ont forgé le Canada, entre Montréal et Sherbrooke, Halifax et Fredericton, ou Vancouver et Prince George? Pourquoi ne pas prolonger les réseaux de métro et les pistes cyclables, mettre en place des systèmes de train léger, et subventionner des parcs de taxis électriques?

Il est vrai que des projets ambitieux comme ceux-ci prennent du temps à mettre en place. Mais nous voyons au moins deux raisons qui les rendent plus profitables que le pavage de routes.

Premièrement, la plupart des projets mentionnés en sont déjà à un stade avancé de planification. Le TGV Québec-Windsor est étudié depuis 20 ans. Mettre en place Internet sans fil gratuit pourrait se faire rapidement et simplement, par un appel d'offres auprès des fournisseurs existants. En général, planter des arbres et enfouir des fils électriques ne devrait pas poser trop de problèmes aux autorités municipales.

Deuxièmement, les retombées des investissements en infrastructures se font sentir bien avant la première pelletée de terre: dès l'étape de planification du projet, des armées d'ingénieurs, de consultants, d'ouvriers et de professionnels doivent se mettre au travail (et gagner un salaire). Il semble du reste qu'on puisse se permettre d'attendre quelques mois pour lancer des projets qui seront plus rentables à long terme que l'élargissement des autoroutes et des parkings.

La crise actuelle offre au gouvernement canadien une occasion en or de faire preuve d'audace et de proposer les projets d'envergure que nos leaders politiques, souvent frileux, hésitent à promouvoir. En tant que citoyens, nous devons insister pour que la richesse collective ne soit pas gaspillée dans des solutions sans imagination tirées des années 30, mais qu'elle serve plutôt à construire des ponts vers l'avenir.

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