Une erreur à ne pas commettre pour Projet Montréal

Des médias, dont Le Devoir, ont annoncé récemment que les deux partis d'opposition à l'Hôtel de ville de Montréal envisagent de se coaliser pour défaire le parti du maire Gérald Tremblay lors des prochaines élections municipales. Le chef de Vision Montréal, Benoit Labonté, et celui de Projet Montréal, Richard Bergeron, ont en effet confirmé qu'ils ont eu des pourparlers informels dans ce but. Aux termes d'une éventuelle alliance électorale, les deux formations se partageraient les districts pour ne pas se nuire en présentant des candidats l'une contre l'autre.

L'étape la plus cruciale avant la conclusion formelle d'une telle alliance serait de mettre au point une plate-forme commune dans laquelle les deux partis devraient trouver un terrain d'entente sur les principaux enjeux. Ce serait probablement là une tâche ardue, car plusieurs dossiers les séparent actuellement, notamment le réaménagement de la rue Notre-Dame, le projet Griffintown, le processus entourant le projet de la gare-hôtel Viger, etc.

Mais le principal obstacle à l'alliance envisagée par les deux chefs proviendrait surtout du fait que l'idéologie qui a jusqu'ici inspiré les deux formations est bien différente. Vision Montréal, qui a été pendant deux mandats au pouvoir sous la houlette de son fondateur Pierre Bourque est un parti conservateur que plusieurs considèrent comme l'émanation du Parti civique de l'autocrate Jean Drapeau.

Par contraste, Projet Montréal est un jeune parti progressiste un peu comme l'était RCM avant qu'il ne prenne le pouvoir en 1984. Défavorisé par le système électoral il a réussi à ne faire élire qu'un conseiller, son chef, lors de sa première tentative aux élections de 2005. Mais il s'est classé avant Vision Montréal lors de la plupart des élections partielles tenues depuis, notamment à la mairie d'Outremont.

Les deux chefs sont aussi bien différents. Benoit Labonté, un membre de l'establishment, est un politicien traditionnel adepte du statu quo qui a d'abord fait ses classes auprès de l'ex-premier ministre Paul Martin. Il a quitté l'administration du maire Tremblay, il y a quelques mois, lorsqu'il s'est aperçu que ce dernier ne le choisirait probablement pas comme son dauphin. Richard Bergeron est un intellectuel bardé de diplômes qui a quitté une carrière confortable de technocrate pour plonger dans l'arène politique afin de réaliser les réformes dont il rêvait. Idéaliste, il n'est pas tellement aguerri pour se défendre contre certaines tactiques politiciennes.

On peut fort bien imaginer ce qui arriverait dans l'éventualité d'une alliance électorale victorieuse. Bergeron serait certes nommé membre du comité exécutif par le nouveau maire Labonté. Mais les principales réformes préconisées par Projet Montréal seraient vite mises de côté. Tout comme le maire Tremblay a oublié après l'élection de 2001 les réformes préconisées par le RCM qui s'était sabordé en faveur de son parti.

C'est d'ailleurs un coup classique dans ce genre de situation qui rappelle l'histoire du pot de fer et du pot de terre du fabuliste La Fontaine. Si l'on remonte dans l'histoire, on se souviendra que c'est la médecine que le chef conservateur Maurice Duplessis avait réservée, après l'élection de 1936, au réformiste Paul Gouin qui, à la suite d'une alliance électorale, lui avait apporté plusieurs dizaines députés de l'Action libérale nationale sur un plateau d'argent. L'Union nationale, qui a dominé la politique québécoise pendant deux générations, venait de naître.

Quoi qu'il en soit, il est plus que temps que M. Bergeron se souvienne qu'il n'a obtenu aucun mandat des instances de son parti pour se livrer à de telles explorations avec M. Labonté. Projet Montréal est un parti démocratique, et c'est à ses membres de décider de son avenir.