Le Bloc, atypique mais indispensable

Après un demi-siècle de révolution tranquille, suivi de l'étrange recul qui s'est produit avec la montée du Parti conservateur et les succès provisoires de l'ADQ, nous voici encore aux prises avec la réaction tous azimuts.

Les bavardages entendus récemment à propos de la prétendue non-pertinence du Bloc sont aussi spécieux qu'irréalistes. Le Bloc, de toute façon, fait éminemment partie du système de défense du Québec. Avec le PQ, il est à la pointe de ce système. Mais il y a plus.

Libéraux et conservateurs ne cherchent qu'à enlever cet obstacle de leur chemin, pour cette raison mais également pour une autre, encore plus large. C'est que le Bloc, à cause de sa position particulière, pratique une critique politique libre. Celle-ci ne se limite pas à la question constitutionnelle. Ce parti est redoutable à d'autres points de vue, et il l'a prouvé. L'histoire des commandites ne fut qu'un exemple de son action indépendante. Les vieux partis voudraient avoir les coudées franches et ne plus devoir compter avec le Bloc, qui est un parti de masse et bien implanté.

Formation essentielle

Le nationalisme souverainiste est une force critique toujours à l'affût des menées des partis réactionnaires, et ce n'est pas uniquement à propos de l'indépendance. Le Bloc est dans la place. S'en débarrasser est le voeu de ses deux gros adversaires.

Quant à nous, il n'est pas question de laisser tomber cette formation essentielle, atypique, fonctionnelle, irremplaçable, seule capable d'entraver, sur le terrain électoral et dans l'enceinte parlementaire, le chemin des grands partis, hostiles au souverainisme et à d'autres intérêts populaires.

La position curieuse et inédite du Bloc sur l'échiquier, une vraie énigme pour la Réaction, dérange. Il fausse la donne des vieux conformismes partisans, il les détraque.

Le fait d'avoir le Bloc aux avant-postes de la politique fédérale est une chance considérable. Il est à l'intérieur de la machine. Il en actionne, pour sa part, comme il l'entend les mécanismes. Cet avantage n'avait jamais existé. Les deux grands partis avaient jusque-là, à Ottawa même, au Parlement et donc aux élections fédérales, le moyen de déjouer le Québec à tour de rôle, sans adversaire directement présent et capable de compliquer leur jeu.

Redouter la majorité

Le souverainisme introduisit une dynamique qui allait enfin troubler ce jeu de dupes, au coeur même de la partie. Déjà, il déstabilisait le pouvoir fédéral. Il fit un grand pas de plus en l'investissant sur son terrain. Il ne faut pas perdre ce moyen et abandonner cette position. Et cela ne concerne pas seulement nos intérêts d'ordre constitutionnel.

Voici un exemple assez étonnant à remarquer. L'un des effets singuliers et nouveaux de la situation créée par l'insolite présence du Bloc au Parlement fut de mettre en lumière les avantages d'avoir là-bas en face de soi un gouvernement minoritaire. L'opposition est alors en mesure de lui tenir la bride et d'infléchir sa politique. Cette notion s'est répandue dans la population. Une bonne partie du public, au provincial d'ailleurs comme au fédéral, redoute maintenant le pouvoir des gouvernements majoritaires, car ils sont sans contrôle. Un gouvernement minoritaire peut moins qu'un autre abuser des situations et pratiquer l'arbitraire. Surtout s'il s'agit de Stephen Harper, il est important de savoir cela.

La clef

Aux élections fédérales toutes prochaines, l'enjeu, très clair, sera donc la marge qui sépare encore les conservateurs d'un pouvoir majoritaire.

Le Bloc, depuis sa remontée récente, est seul capable de compromettre la majorité conservatrice. Cinq ou six comtés, paraît-il, sont en jeu à ce propos. D'où l'importance capitale de ce parti indépendant, que certains prétendent marginal, mais qui est en réalité majeur. Le Bloc, par sa situation, permet un mode de fonctionnement nouveau de la démocratie. Ce dernier est d'une pertinence indiscutable dans la conjoncture actuelle.

Une opposition majoritaire, par la conjugaison ponctuelle des différents partis faisant face au gouvernement conservateur, peut exercer une pression constante sur un pouvoir réactionnaire que, dans le cas, l'on considère à juste titre comme dangereux. Cela, la population commence en effet à le comprendre. La clef, sous ce rapport, c'est le Bloc. La partie se joue ici, au Québec. Sans le Bloc, rien de tel n'est possible.

Le Bloc ne serait pas «pertinent»? Vraiment?