La pauvreté comme enjeu électoral

Selon la Banque mondiale, 1,4 milliard d'humains vivent actuellement dans la grande pauvreté, dite aussi pauvreté extrême. Sur notre belle planète, pas moins de 50 000 à 75 000 personnes meurent chaque jour de causes liées directement à la pauvreté.

En effet, plus de 925 millions d'individus ont été confrontés à la faim en 2007, une statistique amplifiée par la crise alimentaire mondiale. Les prix des aliments ont bondi de 12 % en 2006, de 24 % en 2007 et de 50 % durant les premiers mois de l'année 2008. De par le monde, plus de 2,5 milliards d'hommes, de femmes et d'enfants boivent une eau insalubre. De nos jours encore, des centaines de millions de personnes — évidemment des pauvres — n'ont pas accès à des services de santé, privés ou publics. Ainsi, l'Afrique, qui représente 14 % de la population mondiale, absorbe le quart de la charge de morbidité (maladies) mondiale, mais ne dispose que de 1,3 % des professionnels de la santé à l'oeuvre dans le monde pour faire face à la situation.

Nous vivons dans un monde où les inégalités sont tellement criantes que nous, résidants d'un pays où il fait bon vivre, n'avons pas le droit de manifester l'indifférence.

Les pays du Nord semblaient décidés à faire bouger les choses en 2000 lorsqu'ils ont signé, avec les pays du Sud, la Déclaration du millénaire et pris divers engagements, dont celui de réduire la pauvreté sur la planète de moitié d'ici à 2015. Plusieurs pays riches ont réaffirmé l'objectif — pourtant modeste — d'allouer 0,7 % de leur richesse nationale à l'aide au développement, une norme sanctionnée en 1970 par les Nations unies sur recommandation d'un ancien premier ministre canadien, Lester B. Pearson. Quelques pays industrialisés ont réalisé cet objectif. Mais, dans leur ensemble, les pays riches se sont éloignés du 0,7 % depuis l'an 2000. Ils ont fait une fixation sur la question de l'efficacité de l'aide, un enjeu plutôt secondaire par rapport à l'essentiel.

En 2007, le Canada se classait au 16e rang mondial, avec une aide publique au développement équivalant à 0,28 % de sa richesse nationale. Jamais notre pays n'a fait aussi piètre figure parmi les 22 pays les plus riches de la planète. L'aide canadienne aux pays défavorisés baisse depuis les années 1990. Pourtant, Ottawa nage souvent dans les surplus. Cette bonne fortune n'a eu aucun impact significatif sur l'enveloppe de l'aide internationale. Voilà une situation que le Comité de suivi des États généraux de la coopération et de la solidarité internationale a maintes fois déplorée.

À la veille des élections fédérales d'octobre 2008, le Comité de suivi tient à rappeler les engagements que le Canada a pris dans le passé sur la scène internationale en matière d'aide aux pays du Sud. Elle invite le futur gouvernement canadien, quel qu'il soit, à faire de l'aide au développement une de ses grandes priorités. Elle incite donc tous les partis politiques à s'engager d'ores et déjà à consacrer 0,7 % de la richesse nationale canadienne à l'aide publique au développement (APD) d'ici à 2015 au plus tard.

Il ne fait aucun doute dans notre esprit que la population canadienne endossera très majoritairement un programme d'aide internationale nettement plus généreux pourvu que celui-ci soit véritablement axé sur la lutte contre la pauvreté.

Il convient de rappeler l'adoption encore récente par le parlement canadien de la loi C-293, qui fait de la lutte contre la pauvreté dans le monde la seule et unique raison d'être de l'aide canadienne aux pays en développement. Elle obligera le prochain gouvernement fédéral à rendre compte de la bonne utilisation de notre aide, une aide qui, faut-il le dire, n'a pas été utilisée à des fins prioritaires ces dernières années, en particulier en Afghanistan.

Nous tenons à rappeler aussi aux politiciens ainsi qu'au grand public qu'une politique d'aide axée seulement sur la lutte contre la pauvreté a tout avantage à s'appuyer solidement sur les organisations québécoises de la société civile engagées en coopération internationale. Des dizaines d'organisations québécoises à but non lucratif, dont les syndicats, les mouvements des femmes, les mouvements d'économie solidaire, les organisations de coopération internationale, etc., sont résolument engagées dans la lutte contre la pauvreté dans le monde: en agriculture, en commerce équitable, en éducation, en santé, en droits de la personne, en protection de l'environnement, etc.

Elles ont particulièrement à coeur d'améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants. Vu les collaborations étroites qu'elles ont développées depuis longtemps avec leurs partenaires du Sud, et étant donné leur capacité d'instaurer des processus de développement alternatifs, ces organisations sont aptes à faire en sorte que l'aide gouvernementale canadienne profite directement aux communautés dans le besoin. À nos gouvernants de leur apporter tous les soutiens nécessaires!

Notre futur gouvernement se montrera plus généreux envers les pays défavorisés si l'électorat exprime ce voeu haut et fort. À nous, citoyens de ce pays se sentant «responsables aussi du monde», de faire entendre nos voix.