Amnistie internationale pour les droits civils

Dans une entrevue publiée dans Le Devoir du 22 septembre dernier, le professeur Gérald Steinberg livre une attaque injustifiée contre les organisations non gouvernementales (ONG) qui militent pour la défense des droits de la personne en affirmant que celles-ci se sont lancées dans des activités partisanes et idéologiques, surtout contre Israël.

Une telle accusation démontre les faiblesses de la recherche universitaire du professeur Steinberg, et ses propos nous qualifiant de «gauchistes et pacifistes» ne font que confirmer le peu de crédibilité qu'il faut porter à NGO Monitor.

Il est totalement faux de prétendre qu'Amnistie internationale (AI) dénonce les atteintes aux droits de la personne perpétrées par Israël et son armée envers le peuple palestinien sans dénoncer les attaques perpétrées par les groupes armés palestiniens. Dans ses rapports annuels qui décrivent les atteintes aux droits de la personne d'environ 150 pays, AI dénonce les violations commises par l'armée israélienne et par les colons envers le peuple palestinien dans les Territoires occupés.

Ces mêmes rapports qualifient aussi les attaques délibérées contre des civils perpétrées par les groupes armés palestiniens de crimes contre l'humanité. AI a dénoncé à maintes reprises les tirs de roquettes provenant de la bande de Gaza qui sont dirigés vers des villes dans le sud d'Israël.

Le Liban

En ce qui concerne la guerre au Liban en 2006, les rapports et communiqués émis par AI ont dénoncé les atteintes aux droits de la personne commises par les deux parties au conflit, et très tôt après le début des hostilités, AI demandait un cessez-le-feu dans le but de protéger les vies humaines des deux côtés de la frontière. Dans le rapport ISRAËL-LIBAN. En ligne de mire: les attaques du Hezbollah sur le nord d'Israël de décembre 2006, AI décrit en détail les conséquences graves occasionnées par les tirs de roquettes du Hezbollah sur le nord d'Israël, dont la mort de 43 civils (dont sept enfants).

Il est toutefois tout aussi important de mentionner que les victimes civiles sont beaucoup plus nombreuses du côté palestinien que du côté israélien. De plus, les autorités israéliennes portent atteinte aux droits économiques et sociaux des Palestiniens (maisons détruites, limitation des mouvements, accès aux soins de santé limités, etc.)

Des précisions

Quelques autres clarifications s'imposent:

- AI est loin d'être la seule organisation à dénoncer l'utilisation des bombes à sous munitions. Selon l'UNICEF, 40 % des victimes de bombes à sous-munitions sont des enfants qui sont blessés ou tués bien après la fin d'un conflit. En 2008, l'ONU a adopté une convention interdisant ces bombes.

- Israël ne reçoit pas un traitement exceptionnel de la part d'AI, car dans ses rapports et communiqués, elle dénonce les atteintes aux droits de la personne dans la grande majorité de pays du monde y compris la Libye, l'Arabie saoudite, la Syrie, l'Iran, l'Égypte, etc.

- Enfin, le professeur Steinberg démontre son ignorance de l'histoire d'AI qui n'aurait dénoncé l'incarcération des dissidents que dans les pays communistes et qui se chercherait une raison d'être avec la chute du mur de Berlin. Au contraire, AI a toujours dénoncé les atteintes aux droits de la personne commises par les dictatures de droite et de gauche et dans les pays démocratiques. La mission d'AI n'a jamais été politique. Sa raison d'être a toujours été et est encore la défense des droits de la personne dans tous les pays du monde. La pauvreté, la «guerre contre le terrorisme», les conflits, la violence faite aux femmes sont des enjeux qui ne nous laissent pas le loisir de réfléchir à une raison d'être.

Une seule conclusion de l'étude du professeur Steinberg nous agrée: c'est de reconnaître aux ONG comme AI, fondée sur le travail de 2,3 millions de militants, une influence importante. Nous sommes bien conscients que cela requiert des devoirs de transparence et d'indépendance. Ce que nous appliquons avec rigueur et solidarité.